Jusqu’à 3.000 jihadistes enrôlés par Daesh pourraient revenir en Europe

D’après un rapport remis au commissaire de l’UE à la sécurité et publié le 31 juillet dernier, plus de 5.000 Européens ont rejoint Daesh en Syrie ou en Irak de 2011 et 2016. Parmi eux, 1.200 à 3.000 personnes pourraient revenir sur le territoire européen, dont 460 enfants en France.

3.000 jihadistes

Le 31 juillet dernier, le réseau européen Radicalisation Awareness Network (RAN), créé par la Commission européenne en 2013, a publié un rapport sur le retour dans leur pays d’origine des jihadistes étrangers enrôlés par Daesh. En France, l’existence de ces « revenants » n’est plus un mystère, en particulier depuis la parution du livre du même nom, écrit par le journaliste David Thomson et lauréat du Prix Albert Londres 2017. Mais le rapport du RAN, relayé par nos confrères du Figaro dans l’édition de ce jeudi, dresse un portrait mondial de ce phénomène, et présente de nouveaux chiffres concernant l’Europe et la France en particulier.

On y apprend qu’au total, plus de 42.000 combattants étrangers venant de plus de 120 pays ont rejoint les rangs de l’organisation terroriste entre 2011 et 2016. Près de 5.000 d’entre eux venaient d’Europe. Les départs ont connu un pic en 2015 et ont depuis baissé. En 2016, ils ont été particulièrement peu nombreux vers la Syrie.

Une augmentation progressive plutôt que des retours massifs

Mettant l’accent sur les récents revers connus par Daesh dans la zone irako-syrienne, le document pointe tout d’abord la possibilité que le nombre de ces retours augmente dans les mois ou les années à venir.

« Si le « califat » de Daesh est défait militairement ou s’écroule, le nombre de combattants étrangers enrôlés rentrant en Europe (spécialement en Autriche, en Belgique, au Danemark, en France, en Finlande, aux Pays-Bas, en Suède et au Royaume-Uni) devrait augmenter », peut-on lire.

Le taux de retour actuel de ces combattants terroristes est de 20 à 30%, précise le rapport, avec des différences par pays. Au Danemark, en Suède ou au Royaume-Uni, près de la moitié sont par exemple revenus.

460 enfants pourraient revenir en France, dont la moitié a moins de 5 ans

Si le développement de ce phénomène est difficile à quantifier, la plupart des pays européens concernés seront confrontés à une augmentation lente mais progressive de ces retours, plutôt qu’à un phénomène de masse au même moment. De 1.200 à 3.000 revenants pourraient revenir en Europe, selon les estimations, parmi lesquel beaucoup de femmes et d’enfants, âgés de moins de 18 ans.

Comme le souligne le rapport, citant les services français, environ 460 enfants résidant dans la zone irako-syrienne sont susceptibles de revenir en France. La moitié d’entre eux aurait moins de 5 ans et un tiers serait né sur le territoire contrôlé par Daesh.

A propos des revenants eux-mêmes, le rapport s’attache à distinguer différents profils et les rôles remplis par chacun auprès de Daesh. Les hommes ont ainsi plus de chances de revenir avec une expérience de combat, d’avoir été exposés et impliqués dans des atrocités, et d’avoir tenu différents rôles dans les territoires occupés par Daesh. Les femmes, elles, se distinguent par leur importance au sein de la famille et dans l’éducation de futurs soldats. Elles peuvent avoir été guidées par une volonté de prise de pouvoir (empowerment) et avoir eu un rôle dans la construction du califat. Elles sont souvent impliquées dans le recrutement et l’endoctrinement, notamment des enfants.

De sévères traumatismes

Les enfants sont quant à eux victimes d’un intense endoctrinement idéologique, scolaire et social. Les petits garçons sont recrutés dès l’âge de 9 ans pour combattre et se livrer à des activités violentes, tandis que les filles sont souvent poussées à rester à la maison auprès de leur mère, pour apprendre à soutenir leur futur mari. Filles et garçons souffrent de traumatismes sévères à leur retour.

Parmi eux, certains ont quitté l’Europe avec leur famille ou seuls afin de vivre au sein de l’organisation terroriste. D’autres sont nés dans les zones de conflit et ont ensuite voyagé vers l’Europe. Certains sont nés sur le sol européen d’un ou de deux parents impliqués dans une activité terroriste. Les enfants sont alors comptabilisés comme revenants du fait du statut de leur(s) parent(s).

Le retour de ces enfants, pré-adolescents et adolescents soulève de nombreux défis. L’accent doit être mis sur un processus de normalisation et de resocialisation, engagé le plus tôt possible après leur retour. Le rapport préconise également de développer les recherches sur les traumatismes et l’endoctrinement de ces enfants, et de former des professionnels destinés à travailler spécifiquement auprès d’eux.

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Pour quelles raisons reviennent-ils?

Comme l’explique ensuite le document, les raisons poussant ces combattants et leur famille à revenir dans leur pays d’origine sont multiples. Certains sont envoyés ou se rendent d’eux-mêmes sur place afin d’y mener des attentats, comme Abdelhamid Abaaoud, impliqué dans les attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis. D’autres, non repentis, souhaitent vivre dans de meilleures conditions matérielles. Certains sont capturés et renvoyés de force dans leur pays. Quelques-uns, enfin, sont pris de remords ou déçus par leur expérience au sein de l’organisation terroriste.

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Les combattants actuels, plus violents et aguerris

Les auteurs du rapport distinguent enfin deux générations de revenants. La première est constituée de ceux déjà rentrés, en majorité des hommes, « davantage enclins à la désillusion, moins violents et relativement libres de quitter les territoires contrôlés par les terroristes ». La deuxième est composée de combattants actuels. Des hommes « plus aguerris et engagés idéologiquement », qui « ont dû échapper à la surveillance de Daesh et peuvent revenir avec des objectifs violents: s’en prendre aux citoyens européens ».

Source : BFMTV