Les banques privées doivent dégraisser pour survivre à la consolidation

Un grand nombre de banques privées présentent un problème de rentabilité qui fait peser une menace sur leur survie, estime KPMG qui prône une réduction jusqu’à 30% de la masse salariale.

bp

Un grand nombre de banques privées opérant en Suisse présentent un problème de rentabilité qui, pour certaines, fait peser une menace sur leur survie, estime KPMG qui prône une réduction jusqu’à 30% de la masse salariale. La consolidation dans le secteur a connu un ralentissement en 2016, selon l’étude annuelle publiée jeudi par la société de conseil et l’Université de Saint-Gall.

« Tant que les banques privées ne seront pas prêtes à baisser massivement leurs frais de personnel, cette situation ne s’améliorera pas », a lancé en conférence de presse Christian Hintermann, responsable des services de conseil financier auprès de KPMG. L’année dernière, le ratio coûts/revenus des banques privées passées à la loupe par le géant du conseil s’est fixé à 84,4%.

Ce niveau est « le plus mauvais jamais atteint », selon M. Hintermann. « C’est la conséquence d’un recul des recettes et d’une base de coûts pas suffisamment réduite pour compenser cet effet ». KPMG reconnaît les efforts fournis par les différents établissements dans ce domaine, mais affirme qu’ils ne sont pas assez « radicaux ».

Le virage numérique et les solutions de conseil automatisés, malgré le poids de l’investissement qu’ils nécessitent, constituent une autre solution qui permettrait d’alléger les charges fixes. Le cabinet de conseil préconise également, pour une petite portion de banques, de devenir un acteur de niche ou de chercher des économies d’échelle.

Reflux d’argent

Les difficultés rencontrées par les banques privées en Suisse au cours de l’année dernière se reflètent tout particulièrement sur la masse sous gestion. Les établissements ayant participé à l’étude ont accusé un reflux d’argent cumulé de 43 mrd CHF, ce qui représente 3% des avoirs totaux. La collecte a connu des hauts et des bas depuis 2010, mais elle s’était – jusqu’ici – toujours révélée positive (+21,3 mrd en 2015).

Le repli en 2016 est à mettre sur le compte de la réorientation stratégique des grandes et moyennes institutions financières, qui ont réduit certains segments de clientèle. L’entrée en vigueur au 1er janvier 2017 de l’échange automatique de renseignement en matière fiscale (EAR) constitue un autre facteur.

La marge des revenus opérationnels, soit le rapport entre les produits d’une banque et les avoirs gérés en moyenne, a reculé à 89 points de base (pb), un plancher historique. En comparaison annuelle, la baisse atteint 8 pb. En 2010, cet indicateur s’élevait à 108 pb.

Sur cette période de sept ans, le nombre de banques affichant une marge des revenus opérationnels égale ou supérieure à 100 pb est passée 39% de 57%.

La réduction des produits nets des commissions, liée à la prudence des clients, et la concurrence accrue ont contribué à cette lente érosion. La régularisation des portefeuilles a également pesé sur les marges. « Il y a davantage de clients déclarés, (une catégorie avec laquelle) les banques gagnent moins d’argent« , analyse Christian Hintermann.

L’étude démontre par ailleurs que la croissance des avoirs gérés repose à 73% sur des activités de fusions/acquisitions depuis 2010. En tout, 90% de cette progression est imputable aux grandes banques privées.

Le bilan s’avère médiocre du côté du rendement des fonds propres, qui ont oscillé dans une fourchette comprise entre 7% et 10%. Ce niveau est inférieur à celui escompté par les analystes de marché, souligne KPMG.

Acquisitions plus criblées

Dans les opérations d’intérêts, les recettes ont repris une pente ascendante grâce à l’augmentation du taux directeur de 25 points de base par la Réserve fédérale américaine (Fed) en décembre 2015.

La consolidation au sein des banques privées demeure un thème de premier plan, même si la cadence a ralenti l’année dernière. Après une année 2015 marquée par neuf reprises de banques privées, le nombre de transactions a reculé à deux. Selon KPMG, les établissements ont défini plus étroitement leurs segments de clientèle cible, ce qui a restreint les velléités d’acquisition. Le nombre de banques privées en Suisse a reculé à 112 au premier semestre 2017, contre 114 en 2015 et 163 en 2010.

La tendance devrait se poursuivre ces prochaines années, malgré un recul assez net des banques les plus vulnérables, baptisées « weak performers », car certaines ont fermé boutique depuis 2015. « La situation des banques de cette catégorie s’est nettement péjorée », souligne M. Hintermann.

Des disparités régionales existent entre les places zurichoise, genevoise et luganaise. La principale concerne les entrées nettes d’argent, qui se sont avérées positives du côté tessinois, où le processus de régularisation des avoirs non déclarés est terminé.

L’étude annuelle menée par KPMG et l’Université de Saint-Gall porte sur 85 banques privées (sur 114) opérant en Suisse.

Source : Bilan