Le cannabis améliorerait la vision nocturne

Il y a 25 ans, un pharmacologue avait observé en Jamaïque que les pêcheurs qui fumaient du cannabis avaient la capacité de voir dans le noir. On sait désormais pourquoi : le cannabis rend les cellules de la rétine plus sensibles à la lumière.

52c7db6d13_98078_cannabis-nuitEn 1991, un chercheur, West, avait observé des pêcheurs jamaïcains capables de diriger leurs bateaux dans des récifs coralliens dangereux malgré l’obscurité nocturne. Or, ceux-ci fumaient du cannabis ou en ingéraient sous une autre forme. Cette observation avait été confirmée en 2002 avec une petite étude qui a testé l’effet du cannabis et de sa substance psychoactive (le THC) sur la vision de nuit. Un volontaire a eu du THC et trois autres du cannabis. Les mesures ont montré que le cannabis (ou le THC) améliorait la vision nocturne.

Ici une recherche parue dans eLife révèle les mécanismes cellulaires de ce phénomène. L’étude a porté sur un organisme modèle : le crapaud Xenopus laevis. Au niveau cellulaire, chez les vertébrés, le cannabis se fixe sur un récepteur appelé CB1, qui est plus présent dans la rétine que dans le cortex visuel. C’est pourquoi on peut penser que les effets du cannabis sont dus à son action sur les cellules de la rétine.

Dans une première expérience, les chercheurs de l’université McGill à Montréal ont appliqué un cannabinoïde synthétique à des préparations de tissu de l’œil du crapaud. Avec des microélectrodes, ils ont mesuré la réaction des cellules rétiniennes à la lumière et ont trouvé que le cannabinoïde rendait les cellules plus sensibles, grâce à l’inhibition d’une protéine (NKCC1). Comme les crapauds ont tendance à éviter des points sombres qui se déplacent, les chercheurs ont exploité ce comportement dans une autre expérience. Dans l’obscurité, ils ont observé qu’ils évitaient plus les points s’ils avaient eu du cannabinoïde, ce qui confirme que la sensibilité à faible luminosité était améliorée.

Ces résultats pourraient permettre  des applications pour des patients souffrant de maladies de l’œil comme le glaucome.

Interview : le cannabis, une substance anticancérigène ?  En France, la question du cannabis reste sensible puisque, selon les estimations, plus de 4 millions de personnes âgées de 12 à 75 ans en auraient déjà consommé. Ce stupéfiant fait l’objet de nombreuses études aux conclusions contradictoires. Futura est parti à la rencontre de Paul Hofman, directeur du laboratoire de pathologie de Nice et chercheur pionnier dans la détection du cancer du poumon, pour en savoir plus sur cette substance.

Source : futura-sciences.com