La charge de Nicolas Sarkozy contre le «pouvoir médiatique»

Devant un parterre d’avocats, l’ancien président a évoqué le traitement médiatique de l’affaire Woerth. L’occasion d’établir, par allusions, une comparaison avec les tracas judiciaires de François Fillon.

«Tribunal médiatique», «instruction médiatique», «peine médiatique»… Lundi 20 mars, face à 300 ténors du barreau de Paris, Nicolas Sarkozy a brossé le portrait d’une justice soumise au «pouvoir médiatique». Venu remettre la Légion d’honneur l’avocat Jean-Yves Le Borgne, Nicolas Sarkozy ne s’est pas présenté comme «ancien président» mais «comme avocat, simplement», rapporte Valeurs Actuelles. Pour saluer le travail de celui-ci, Nicolas Sarkozy a choisi d’évoquer la période où Jean-Yves Le Borgne était avocat de l’ancien ministre Eric Woerth. Ce dernier avait été contraint de démissionner du ministère du Budget, en 2010, avant d’être blanchi par la justice, en 2015, dans l’affaire dite Woerth-Bettencourt. «Voilà une affaire qui aura fait couler beaucoup de mauvaise encre. Eric Woerth était coupable. La chose était entendue. Elle avait été tranchée par certains observateurs. Eric Woerth était coupable. La chose était jugée avant même d’être instruite», s’est souvenu Nicolas Sarkozy.

«Qui aura suffisamment de courage pour écrire le J’accuse qui manque à notre siècle?»

Avec l’exemple Woerth, Nicolas Sarkozy a dit vouloir remettre de la «perspective» dans «l’actualité», marquée par les affaires de François Fillon. L’ancien président a apostrophé l’assemblée: «Qui arrêtera l’instrumentalisation des procédures par le pouvoir médiatique?». «Qui aura le courage de dénoncer la peine médiatique qui s’abat sur celui qui, parfois, n’a même pas été encore entendu par la justice elle-même?» «Qui aura suffisamment de courage pour écrire le J’accuse qui manque à notre siècle?».

Seconde charge de Nicolas Sarkozy: le secret des sources journalistiques. Pour lui, ce principe est «devenu par la loi, non plus un simple précepte déontologique mais un principe de droit alors que dans le même temps le secret professionnel des avocats peut faire, à tout moment, l’objet d’une perquisition voire d’un interrogatoire dans le cadre d’une garde à vue». «Comment prétendre, et à bon droit, obtenir d’un côté la sanctuarisation du métier de journaliste et refuser, à l’avocat, au médecin, au prêtre lui-même, le respect du secret professionnel ou de la confession», a t-il questionné.

Entre autres affaires judiciaires, Nicolas Sarkozy a été renvoyé début février en procès, avec treize autres protagonistes, dans le cadre de l’enquête sur Bygmalion et ses dépenses lors de la campagne présidentielle de 2012.

Source : Libération