Charlottesville : depuis 2001, l’extrême droite américaine a commis les trois quarts des attentats

Donald Trump est vivement critiqué pour son silence et ses ambiguïtés après l’attaque d’un suprémaciste blanc à Charlottesville. Pourtant, il lui aurait fallu lire un seul rapport.

Il fallait plutôt compter sur la fille pour donner les mots justes. « Il n’y a pas de place dans la société pour le racisme, la suprématie blanche et les néonazis. Nous devons tous nous réunir comme des Américains, et être un pays UNI », écrit Ivanka Trump dans une série de tweets dimanche 13 août au matin.

Le père, lui, est resté bien ambigu après l’attaque de Charlottesville. Donald Trump a préféré renvoyer les manifestants d’extrême droite et contre-manifestants antiracistes dos à dos samedi 12 août en dénonçant la « violence venant de diverses parties ».

« Comparez ces têtes de cul aux Nazis »

Le président est vivement critiqué pour ces commentaires, y compris chez les républicains. Le sénateur de Floride, Marco Rubio, a notamment demandé à « entendre le président décrire les événements de Charlottesville pour ce qu’ils sont, une attaque terroriste menée par des suprémacistes blancs ».

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Dans un retournement de l’histoire inédit, Mike Godwin, l’inventeur du point Godwin, qui stipule que « plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1″, s’est fendu d’un tweet explicite à propos de l’attaque de Charlottesville :

Traduction : « Je vous en prie, comparez ces têtes de cul aux Nazis. Encore et encore. Je suis avec vous. »

Nationalisme et théories du complots

Et pourtant, il aurait été facile pour Donald Trump de dénoncer l’attaque de Charlottesville. Et surtout, de se rendre compte de l’ampleur des actes terroristes menés par des suprémacistes blancs. Il lui aurait suffi de lire un rapport du gouvernement américain à destination des membres du Congrès.

Ce rapport, intitulé « Contrer la violence extrémiste », a dénombré 85 actes terroristes sur le sol américain entre le 12 septembre 2001, au lendemain du 11-Septembre qui avait fait près de 3.000 morts, et le 31 décembre 2016. Et sur ce total, il est possible d’observer que 62 attaques sont le fait de… l’extrême droite. 23 actes terroristes sont le fait de l’islamisme radical. Le gouvernement américain a caractérisé l’extrême droite selon plusieurs critères. Ces membres :

  • sont « violemment nationalistes » ;
  • sont « antimondialisation » ;
  • sont « méfiants de l’autorité fédérale » ;
  • sont « adeptes des libertés individuelles (notamment la possession d’armes) » ;
  • « croient aux théories du complot qui impliqueraient des menaces à la souveraineté nationale ou aux libertés individuelles » ;
  • « croient que leur mode de vie est menacé » ;
  • « croient à la nécessité qu’il faut se préparer à une attaque en soutenant les paramilitaires et en s’entraînant ».
Actes terro USA
La carte du rapport américain sur les violences extrêmistes aux Etats-Unis.

La carte du rapport américain sur les violences extrémistes aux Etats-Unis. (Rapport du GAO)

Des « meurtres insensés »

Selon le décompte du rapport américain, ces 62 actes terroristes de l’extrême droite américaine ont fait 109 victimes. Les actes de terrorisme motivés par la mouvance radicale islamique ont fait 119 morts.

Et le rapport de détailler les attaques, une à une. Dont celles qui ont fait le plus de morts :

  • Le 8 juillet 2003, à Meridian dans le Mississipi, un suprémaciste blanc tue 6 de ses collègues dans une usine de Lockheed-Martin.
  • Le 5 août 2012, à Oak Creek dans le Winsconsin, un néonazi tue 6 personnes dans un temple Sikh.
  • Le 17 juin 2015, à Charleston en Caroline du Sud, le suprémaciste blanc Dylan Roof tue 9 Afro-Américains dans une église.
  • Le 1er octobre 2015, à Roseburg dans l’Oregon, un suprémaciste blanc tue 9 personnes dans une université.
  • le 27 novembre 2015, à Colorado Spring dans le Colorado, un survivaliste antigouvernement tue 3 personnes dans un centre du planning familial.
  • Et le 12 août 2012, à Charlottesville, un suprémaciste blanc fonce sur une manifestation anti-extrême droite. Une femme meurt.

Au lendemain de l’attaque de Dylan Roof contre une église noire à Charleston, Barack Obama avait dénoncé des « meurtres insensés ».

« Nous devons admettre le fait que ce type de violence n’arrive pas dans d’autres pays développés, cela n’arrive pas avec la même fréquence. Et nous pouvons faire quelque chose. A un certain moment, le peuple américain va devoir affronter cette réalité […] nous devons être capables de faire évoluer notre façon de penser sur les violences par armes. »

Et d’enchaîner :

« Ce n’est pas la première fois que des églises noires ont été attaquées et nous savons que la haine entre religions et entre races représente une réelle menace pour notre démocratie et nos idéaux. »

Pas sûr qu’on puisse attendre de Donald Trump le même discours. Encore plus avec Steve Bannon à la Maison-Blanche.