Pourquoi le chiffrage des programmes est une imposture

A moins de deux mois de la présidentielle, la plupart des candidats ont dévoilé le chiffrage de leur programme. Mais la plupart du temps, ce chiffrage arrive pour servir de caution à des postures idéologiques très différentes.

L’heure est au chiffrage des programmes. Le chiffre comme label de sérieux. Il y a, à ce moment, un double présupposé. Premièrement, la formalisation des propositions a atteint un degré de précision qui permet d’y adosser un coût. Deuxièmement, elles ont reçu la caution d’économistes crédibles. L’empoignade politique va soudainement se parer des habits de la rigueur et de la technicité. Et les médias s’empressent de mettre en scène le match des programmes, qui se transforme alors en match des millions et des milliards.

Ce rituel du chiffre est utile parfois. Il suffit de prendre la mesure de l’impact qu’a eu la querelle des chiffres autour du nombre des fonctionnaires à supprimer, dès les primaires de la droite. Il est clair que le chiffrage a révélé la dureté de l’objectif des 500.000 fonctionnaires en moins endossé par François Fillon, au regard du flux naturel des départs à la retraite. Surtout si l’âge est décalé à 65 ans comme le préconise le candidat. Il est clair aussi que, concernant le revenu universel, certains chiffrages à plus de 400 milliards, même s’ils sont débattus, tendent à dégriser les esprits, et obligent ses partisans à en préciser les modalités crédibles.

Mais croire que le chiffre garantit un basculement de la subjectivité vers la rationalité est plus que jamais une illusion. Car cette campagne, même si elle peut donner l’impression d’être indigente sur le plan des idées, est tout sauf cela. Rarement les postures idéologiques n’ont été aussi typées. Fillon, candidat de l’électrochoc de l’offre, a face à lui son antimatière en Mélenchon, champion de l’électrochoc de la relance budgétaire. Deux postures idéologiques fortes, qui rejouent l’éternelle partie Hayek versus Keynes. Le premier part de l’hypothèse que la France est exclusivement malade de son déficit de compétitivité. Le second que tout relève de la demande.

Deuxième partie frontale : Macron candidat de la société de la fin du salariat… face à Hamon, candidat de la fin de l’emploi.  L’hypothèse de l’un n’a rien à voir avec celle de l’autre. Le premier projette une société où le travail prolifère, si on sait le libérer de son carcan réglementaire. Le second le voit se raréfier sous l’emprise des robots. Deux philosophies du progrès technique qui changent tout concernant la manière de concevoir la fiscalité du capital, l’un voulant l’alléger pour favoriser la transition numérique, l’autre l’alourdir.

Le chiffre arrive alors pour servir de caution à ces différents paris. Mais cela ne retire rien au fait que la présidentielle reste d’abord un concours de croyances.

L’analyse complète en vidéo d’Olivier Passet, de Xerfi Canal:

Source : challenges.fr