Colgate, Nestlé… achètent de l’huile de palme produite par des enfants

Vos glaces Magnum, votre shampoing Dove ou votre lessive Ariel contiennent-ils de l’huile de palme produite par des enfants ?

Nestlé

Après le scandale écologique, le scandale humanitaire ? On connaissait les dégâts environnementaux causés par la production d’huile de palme (déforestation, incendies, pollution…). Mais dans un rapport explosif publié ce mercredi, Amnesty International confirme que cette industrie exploite également des enfants et des femmes à des coûts dérisoires en Indonésie.

« Les plus grandes marques agroalimentaires et ménagères du monde » s’approvisionnent dans ces plantations du producteur singapourien d’huile de palme Wilmar, dénonce l’ONG.

9 multinationales impliquées

« Des grandes sociétés comme Colgate, Nestlé et Unilever assurent les consommateurs que leurs produits sont composés ‘d’huile de palme durable’, c’est-à-dire qui prévient la déforestation, respecte l’environnement et les populations locales, alors qu’il n’y a ‘rien de durable dans l’huile de palme produite en faisant travailler des enfants et en ayant recours à des travaux forcés’. »

Au moins neuf multinationales sont impliquées : Nestlé, Unilever, Kellogg’s, Colgate-Palmolive, Elevance, AFAMSA, ADM, Procter & Gamble, Reckitt Benckiser.

Vous achetez les produits Nestlé ? Vous financez l’esclavagisme !

L’ONG a interrogé 120 employés de plantations de palmiers à huile, travaillant à Kalimantan et à Sumatra, deux grandes régions. Et leur constat est accablant : des enfants âgés de 8 à 14 ans viennent quotidiennement y aider leurs parents, et transportent, par exemple, des sacs pesant de 12 à 25 kilos, au détriment de leurs cours. Un adolescent explique à Amnesty International :

« J’aide mon père tous les jours depuis environ deux ans. Je regrette d’avoir quitté l’école. J’aurais voulu devenir enseignant. »

Des femmes y travaillent aussi dans des conditions déplorables. Payées 2,30 euros par jour dans les cas extrêmes, elles subissent des pressions de leurs chefs d’équipe. « Si je n’atteins pas mon objectif, ils me demandent de continuer à travailler, mais je ne suis pas payée pour les heures supplémentaires », explique l’une d’elles.

15739674

Ouvriers dans une plantation de Pelalawan, sur l’île indonésienne de Sumatra. (Adek Berry/AFP)

Outre leur grande précarité, les travailleurs des plantations Wilmar mettent aussi leur santé en danger. Amnesty dénonce des « tâches très difficiles physiquement, comme l’utilisation de lourds outils manuels pour couper des fruits sur des arbres de 20 mètres de haut ».

Certains de ces ouvriers sont aussi directement exposés au paraquat, « un pesticide hautement toxique, encore utilisé dans les plantations malgré son interdiction par l’Union européenne et même par Wilmar ».

Des consommateurs floués

Glaces Magnum, dentifrices Colgate, produits cosmétiques Dove, soupes Knorr, confiseries KitKat, shampooings Pantene, lessives Ariel ou encore nouilles instantanées Pot Noodle… la liste des produits phares de ces multinationales contenant de l’huile de palme est longue.

« Il n’est pas normal que neuf sociétés réalisant ensemble un chiffre d’affaires de 325 milliards de dollars en 2015 soient incapables d’agir face au traitement épouvantable d’ouvriers de l’huile de palme qui gagnent une misère », insiste Meghna Abraham, directrice de recherches à Amnesty International, auprès de « l’Obs ». Seema Joshi renchérit :

« Elles montrent un manque de respect total pour les consommateurs et consommatrices qui pensent faire des choix éthiques à la caisse. »

Pour cette experte de la responsabilité des entreprises en matière de droits humains, ces multinationales doivent urgemment « préciser la provenance des matières premières des produits vendus dans nos supermarchés ». « Les consommateurs et consommatrices voudront savoir quels produits sont liés à des atteintes aux droits humains et lesquels ne le sont pas », estime-t-elle.

L’Indonésie dispose pourtant d’une législation stricte selon laquelle la plupart des abus constatés peuvent constituer des délits, mais les textes de loi y sont, en réalité, peu appliqués. Amnesty demande donc aux entreprises concernées de révéler lesquels de leurs produits, phares ou non, contiennent de l’huile de palme produite par des enfants ou des adultes exploités.

Source : nouvelobs.com