Le combat tranquille d’un paysan pour la liberté des semences

Jean-Luc Danneyrolles a fait de son « Potager d’un curieux » un lieu de conservation de la diversité des variétés potagères. Ni les enquêtes de gendarmerie ni la Répression des fraudes ne l’ont privé de son sourire désinvolte ni fait dévier de son rêve de grainier.

liberté des semences

« Pour moi, il n’y a pas d’amende ni de déconstruction, c’est cool. Le procureur m’a juste demandé de régulariser deux bricoles. » Jean-Luc Danneyrolles, 54 ans, sourit. Il est soulagé après trois années d’incertitude. Le verdict de la conciliation judiciaire vient de tomber. Depuis une lettre de dénonciation, l’artisan semencier de graines anciennes était sous la menace. En cause, des constructions non déclarées. Mais, finalement, ni sa yourte, ni sa serre, ni son poulailler, ni sa cuisine extérieure, ni sa cabane perchée dans l’arbre ne doivent être rasés. Il doit juste remplir quelques déclarations de travaux. Et construire une phyto-épuration aux normes dans un délai de quatre ans. Ensuite, « mon dossier sera bouclé », sait-il du substitut du procureur. En cette matinée printanière, sous sa serre, il repique des dracocéphales de Moldavie, sème des cyclanthères à feuilles digitées avec le cœur encore plus léger qu’à l’accoutumée.

Le Potager d’un curieux est un endroit sorti d’un rêve. Celui de conserver la diversité des variétés potagères. Tout y est coloré, des panneaux signalétiques indiquent aussi bien la direction de la Fête du haricot que celle d’une Salle des fêtes fantasmée. Les plantes poussent sur des restanques en pierre sèche sur lesquelles trône la bâtisse qui abrite les semences. Au centre du lieu de vie, un chêne monumental héberge une cabane et ombrage une immense table prête à accueillir des rassemblements festifs.

 

Le site existe depuis plus de 30 ans, mais il a beaucoup changé. Il a totalement été réinventé en 2012. Alors que Jean-Luc revenait d’un voyage initiatique en Espagne, il a ouvert les portes de son terrain. « Il y avait des artistes, des squatteurs, des mecs en désintox, des anars », accompagnés de caravanes et de camions. « Ça ressemblait à une Zad. C’était même un peu trop, j’ai dû freiner et demander à des gens de partir », confirme-t-il, sans regretter une période « nécessaire pour faire sauter la chape de plomb » du Luberon, « ce mouroir à vieux mondialisé ». C’est à cette période que la fameuse lettre de dénonciation arrive sur le bureau du procureur, suivie de l’enquête de gendarmerie. « Ils m’ont embêté sur le fait qu’il y avait du monde : travail illégal, enfance en danger, etc. » Il aura fallu des mobilisations citoyennes, des articles de presse, l’organisation d’un événement in situ pour la défense de l’habitat libre pour que l’étau se desserre. Maintenant, pour ses constructions en tout cas, Jean-Luc Danneyrolles ne sera plus ébranlé. Reste que son activité d’artisan semencier est toujours dans une zone grise de la loi.

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