Comprendre l’affaire Bygmalion

Les clés d’une affaire au cœur du financement de la dernière campagne présidentielle de l’UMP, en 2012.

affaire Bygmalion
Depuis le retour de Nicolas Sarkozy sur la
scène politique le 21 septembre dernier, l’affaire Bygmalion n’en finit pas de rebondir. Après la mise en examen, le mercredi 1er octobre, de deux co-fondateurs et d’un cadre de la société, c’est au tour de trois anciens cadres de l’UMP, dont l’ex-directeur général adjoint Eric Cesari, d’être placés ce jeudi matin en garde à vue.Depuis le 5 mars dernier, les magistrats et les policiers enquêtent sur un système présumé consistant pour Event and Co, filiale de la société de communication Bygmalion, à facturer indûment à l’UMP des dépenses qui auraient dû entrer dans le compte de campagne de Nicolas Sarkozy pour l’élection présidentielle de 2012, à hauteur de 10 à 11 millions d’euros, et qui lui aurait permis de dépasser ses frais de campagne. Trois juges financiers parisiens ont été désignés pour instruire une information judiciaire ouverte pour faux et usage de faux, abus de confiance et tentative d’escroquerie.

Retour sur une affaire qui a éclaté il y a 8 mois de cela, en février dernier

Event & Cie, a empoché de l’UMP « au moins 8 millions d’euros » sans appel d’offres

Le 27 février 2014, peu avant les élections municipales de mars 2014, « Le Point » accuse Jean-François Copé d’avoir utilisé l’argent du parti pour « sponsoriser » Bygmalion, une société fondée par deux de ses amis intimes, Guy Alvès et Bastien Millot.

Selon l’hebdomadaire, de janvier à juin 2012, l’UMP, le parti de Nicolas Sarkozy, président de la République et alors candidat à sa succession, a réglé près de 20 millions d’euros de factures à Bygmalion, via Event & Cie.

Dans le détail, 5,6 millions d’euros correspondaient à des prestations liées à des meetings de campagne pour la réélection de Nicolas Sarkozy. Et 12,7 millions d’euros ont été facturés pour l’organisation de 55 conventions.

Le hic, selon « Le Point », c’est que l’on ne retrouve pas trace de l’existence de ces « conventions »... Et que  Bygmalion a longtemps employé Jérôme Lavrilleuxbras droit du patron de l’UMP et directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012.

«Certains organes de presse» aux «méthodes dignes de l’Inquisition»

Le 3 mars, le président de l’UMP, Jean-François Copé, conteste les révélations du « Point » et annonce une plainte en diffamation. Dans un discours solennel, il dénonce les méthodes de certains médias et son « lynchage public » en exigeant la transparence financière de tous les partis et de la presse.

Une enquête préliminaire sur d’éventuels « faux » , « abus de biens sociaux » et « abus de confiance »

Deux jours plus tard, le 5 mars, à la suite des révélations du » Point », le Parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire sur d’éventuels « faux»,  « abus de biens sociaux » et « abus de confiance » , confiée à la police de Nanterre. Des soupçons pèsent sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy, dont les dépassements auraient pu être maquillés dans ces factures.

55 conventions thématiques douteuses pour 12,7 millions d’euros, selon « Libération »

Le 14 mai, « Libération »  révèle à son tour que l’UMP a versé 20 millions d’euros à Bygmalion pour des prestations douteuses. Le quotidien confirme les accusations du « Point » et détaille les prestations facturées par Bygmalion.

Le parti, assure-t-il, aurait payé les factures relatives à quelque 80 événements dont « 55 conventions thématiques » pour près de 13 millions d’euros entre janvier et juin 2012.  Or, agenda à l’appui, le député UMP Pierre Lellouche « conteste formellement » avoir participé à une conférence sur le crédit du 14 mai 2012, facturée 299.000 euros à l’UMP par Event & Cie, où son nom apparaît pourtant comme principal intervenant. Le parlementaire porte plainte pour usurpation d’identité.

D’autres factures d’événements fantômes s’accumulent, comme cette convention Salle Gaveau,  à Paris sur « La France avec les printemps africains – regards croisés », facturée 680.950 euros, qui a réuni à peine 200 personnes. Une autre sur le terrorisme, facturée 300.000 euros, se résume à un rapport de quatre pages.

Enfin, un événement sur les retraites, facturé 299.000 euros, selon le secrétaire national de l’UMP  en charge du sujet, Arnaud Robinet n’a jamais existé : « Il n’y en a pas eu » , assure-t-il. Jean-François Copé finit par admettre avoir des « interrogations » et promet, le 18 mai, de « dire exactement ce qu’il en est » sur l’affaire… après le scrutin européen du 25 mai.

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 On parle de «l’affaire Bygmalion», c’est plutôt l’affaire des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy

Au lendemain des élections européennes, le 26 mai, l’affaire Bygmalion prend soudainement une autre ampleur.

Me Patrick Maisonneuve, l’avocat de la société éponyme dénonce dans une conférence de presse  une « affaire des comptes de campagne » de Nicolas Sarkozy, évoquant un système mis en place « à la demande de l’UMP » pour dissimuler des dépenses liées aux meetings du président-candidat en 2012.

Evoquant des « fausses factures » puis de « vraies fausses factures », il estime à « plus de dix millions d’euros » les sommes litigieuses. Selon l’avocat, en clair, Bygmalion aurait été contraint de facturer à l’UMP des prestations réalisées au bénéfice de la campagne de Nicolas Sarkozy. « C’était ça ou ils n’étaient pas payés « , a résumé l’avocat, qualifiant le stratagème présumé de « chantage économique ».

Des accusations qui changent la cible des attaques : désormais, ce ne sont plus Jean-François Copé et ses amis qui sont visés, mais Nicolas Sarkozy et son équipe de campagne.

Je n’ai pas eu le courage de dire stop

L’affaire s’emballe alors avec l’aveu à demi-mot de Jérôme Lavrilleux, directeur de cabinet de Jean-François Copé et cheville ouvrière de la campagne présidentielle.

Peu après la conférence de presse de l’avocat de Bygmalion, très ému, la gorge serrée, le directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy confirme sur BFMTV une grande partie des propos de l’avocat de la société qui organisait
les meetings de Nicolas Sarkozy et reconnaît que les sommes en jeu, de l’ordre de 11 millions d’euros, « ont été indûment facturés à l’UMP » en lieu et place des comptes de campagne de Sarkozy.

Jérôme Lavrilleux, qui explique les difficultés à boucler des comptes de campagne avec « seulement 22 millions d’euros », soutient à plusieurs reprises qu‘il n’a jamais discuté de ces questions avec Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy.

« Je n’ai en ce qui me concerne eu aucune responsabilité dans cette campagne et je n’ai strictement rien à me reprocher », Bastien Millot, le 1er octobre

Placés en garde à vue le lundi 29 septembre, trois anciens dirigeants de Bygmalion, dont les cofondateurs Bastien Millot et Guy Alvès sont mis en examen le 1er octobre pour complicité de faux et d’usage de faux dans l’affaire des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012.

Franck Attal, l’ex-patron de la filiale événementielle de Bygmalion Event and Cie, est mis en examen pour faux et usage de faux. Devant le juge d’instruction, Guy Alvès a confirmé un maquillage des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy, a fait savoir Me Patrick Maisonneuve. Il a reconnu l’existence d’un « dispositif (…) aux termes duquel l’UMP prenait en charge de façon irrégulière des frais de campagne de Nicolas Sarkozy » lors de la présidentielle de 2012, a précisé l’avocat.

Le 2 octobre, l’étau se resserre un peu plus autour de l’ex-chef de l’Etat.Trois anciens cadres de l’UMP sont placés en garde à vue dans l’enquête sur les fausses factures présumées :  Eric Cesari, surnommé « l’oeil de Sarkozy » à l’UMP,  l’ex-directrice des affaires financières du parti Fabienne Liadze et son ancien directeur de la communication Pierre Chassat.

Source : Sud Ouest