Comprendre l’affaire Fillon en quatre points

Emploi de sa femme et de ses enfants, collaboratrice embauchée par un ami, chèques détournés au Sénat… L’affaire Fillon en quatre points.

Au cœur de nombreux soupçons d’emplois fictifs et de détournement d’argent public depuis le 24 janvier, François Fillon parle d’une « erreur » tout en assurant que « les faits évoqués sont légaux et transparents ». Mais des zones d’ombre demeurent, au point que la justice a ouvert le 24 février une information judiciaire.

Retour sur les affaires qui suivent le candidat Les Républicains à la présidentielle en quatre points.

Ce qui est reproché à François
Fillon

Emplois fictifs. François Fillon a embauché sa femme Penelope comme assistante parlementaire de 1988 et 2013, pour une rémunération totale de plus de 800 000 euros, ainsi que ses deux enfants au même poste de 2005 et 2007, pour une rémunération totale de 57 084 euros, d’après le Canard Enchaîné. Problème : il est reproché à Penelope Fillon et aux enfants du couple de ne pas avoir réellement exercé ces emplois.

VIDEO. Toutes les fois où Penelope Fillon disait ne pas travailler pour son mari

D’autant qu’en 2012 et 2013, la femme de François Fillon était également journaliste pour « La Revue des deux mondes », un magazine appartenant à un ami de l’ex-Premier ministre, Marc Ladreit de Lacharrière. Elle y aurait touché 100 000 euros, sans qu’aucune preuve de son travail ne soit fournie là non plus. Ce même Marc Ladreit de Lacharrière a recruté en mars 2015 Alexia Demirdjian, une responsable de la campagne numérique de François Fillon, à la Fondation Culture et Diversité sans qu’aucune trace de son travail ne soit trouvée, selon Mediapart.

VIDEO. Qu’est-ce qu’un emploi fictif ?

Fonds détournés au Sénat. Des parlementaires reversaient à leur groupe la part non dépensée de leurs enveloppes destinées à rémunérer leurs assistants. Entre 2003 et 2014, cet argent a été directement donné à des sénateurs, parmi lesquels François Fillon, qui aurait touché 21 000 euros étalés sur sept chèques, selon Mediapart et le JDD.

Conflit d’intérêts. Fondateur du cabinet de conseil « 2F Conseil », à travers lequel il aurait touché 750 000 euros entre 2012 et 2015, François Fillon reste flou sur les clients de cette société. De fortes suspicions de conflits d’intérêts entre ses activités privées et la conduite des affaires publiques pèsent sur les contrats passés avec des clients qui pourraient notamment être russes. Du côté des clients connus, l’assureur Axa, dont l’ancien patron a soutenu François Fillon, a versé à cette société 200 000 euros entre mi-2012 et mi-2014.

L’information judiciaire est également ouverte pour trafic d’influence et manquements aux obligations de déclaration à la Haute Autorité sur la transparence de la vie publique.

Où en est l’enquête

Les investigations se concentrent sur les emplois occupés par Penelope Fillon au motif de détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits. Les enquêteurs tentent de déterminer si elle a bien occupé son poste d’attaché parlementaire ainsi qu’à « la Revue des deux mondes » où son nombreuse travaillées aurait été minimisé pour permettre son emploi à l’Assemblée. L’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales n’ont collecté jusqu’à présent que de maigres preuves du labeur de Penelope Fillon. Les enquêteurs s’interrogent également sur une possible rémunération d’assistants parlementaires locaux, censés travailler à la mairie, sur les fonds de la collectivité locale alors que Penelope Fillon a dit travailler chez elle, indique Mediapart.
Le 24 février, l’enquête a été confiée à trois juge d’instruction dans le cadre de l’ouverture d’une information judiciaire. Les magistrats instructeurs désignés ont désormais la possibilité de convoquer le candidat à l’Elysée à tout moment en vue d’une éventuelle mise en examen ou d’un placement sous le statut intermédiaire de témoin assisté. Mais le calendrier, extrêmement serré, rend peu probable une telle hypothèse avant le scrutin.

Ce que risque François Fillon

Détournement de fonds public. S’il est prouvé que Penelope Fillon a été rémunérée pour un travail qu’elle n’a pas réalisé, son mari François risque jusqu’à 10 ans de prison et une amende d’un million d’euros. Les sommes détournées peuvent également être remboursées.

Abus de bien social. Cela concerne le propriétaire de « La Revue des deux mondes » Marc Ladreit de Lacharrière, qui pourrait écoper de cinq ans de prison et 375 000 euros d’amende si les sommes versées à Penelope Fillon ne correspondent pas à son travail.

Recel de ces délits. Le recel désigne le fait de bénéficier du produit d’un crime ou d’un délit en connaissance de cause. Par conséquent, s’il est prouvé que Penelope Fillon savait qu’elle touchait des rémunérations pour des emplois fictifs, elle pourrait être condamnée à cinq ans de prison et 375 000 euros d’amende.

L’information judiciaire est également ouverte pour trafic d’influence et manquements aux obligations de déclaration à la Haute Autorité sur la transparence de la vie publique.

 

Comment se défend François Fillon

Après avoir parlé de « misogynie » de la part du Canard Enchaîné, qui a le premier révélé les soupçons d’emplois fictifs, François Fillon a qualifié d’« erreur » l’embauche de sa famille. Toutefois, en expliquant que son fils a aidé lors de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, le candidat à l’Elysée ne s’est pas rendu service puisque cela s’apparente à du financement illicite de campagne électorale.

L’ancien Premier ministre assure que les faits reprochés sont légaux et se tourne vers la campagne présidentielle sans répondre au fond des faits qui lui sont reprochés.

Source : leparisien.fr