Deutsche Bank: Lehman Brothers, le retour?

« La crise des subprimes vient se rappeler à notre mauvais souvenir dans cette déconfiture », s’inquiète Guy Verhofstadt

Septembre 2008, la banque d’affaires américaine Lehman Brothers est déclarée en faillite, entraînant la finance américaine et mondiale dans un maelström inédit depuis les années 1930. Huit ans plus tard, restructurées et assainies, les grandes banques américaines d’investissement disputent à leurs homologues européennes la première place sur le marché européen. Comment cela est-il possible ? Comment les établissements venant du pays d’où la crise financière est venue peuvent-ils aujourd’hui tailler des croupières à leurs concurrents ? Tout simplement parce que la recapitalisation publique des banques et la nouvelle réglementation outre-Atlantique encadrant dorénavant les activités bancaires et financières ont été faites dès 2010 alors que l’Union bancaire européenne demeure dans les limbes.

C’est dans ce contexte déjà peu glorieux que le monde financier européen vit depuis quelques semaines sur un volcan dont l’éruption pourrait déstabiliser toute l’économie déjà fragile du continent. Deutsche Bank, établissement centenaire ayant pignon sur rue aux quatre coins de la planète, dont le bilan pèse environ 12 % du PIB de l’UE, est au bord du défaut de paiement. Son cours a fondu de moitié en un an, le stress test organisé par la BCE au début de l’été l’a remisée en queue de peloton et le FMI l’a classée parmi les banques les plus « dangereuses » du monde. Ce canard boiteux de la finance a du reste été éjecté de l’Euro Stoxx 50, dont elle était un des piliers depuis vingt ans.

Déconfiture. La crise des subprimes vient se rappeler à notre mauvais souvenir dans cette déconfiture. Acculée, la Deutsche Bank tente de négocier une amende avec la justice américaine pour avoir vendu des produits structurés viciés dans les folles années 2000. Un arrangement en vue fait souffler les marchés, mais ne rassure pas les investisseurs sur la solidité du modèle économique. C’est que la vénérable institution de Francfort revient déjà de loin. Le fameux « sauvetage de la Grèce » était d’abord le sauvetage de la Deutsche Bank, première bénéficiaire du programme de rachat de dettes pourries par la BCE.

La tentation est grande de ricaner sur les vertueux banquiers allemands pris sur le fait de gestion calamiteuse d’actifs comme de vulgaires italiens ! Sauf que Deutsche Bank n’est pas que la créancière douteuse du capitalisme rhénan. Grande pourvoyeuse de liquidités sur le marché européen, sa réputation désormais entachée menace tout le fonctionnement bancaire de l’UE et mine la confiance des investisseurs. Il ne s’agit donc pas d’une affaire germano-allemande, comme le prétend Berlin, mais d’un risque systémique.

L’Union bancaire visait à parer aux risques, en responsabilisant financièrement l’actionnariat bancaire, et à sécuriser les dépôts des épargnants. J’avais souscrit à ce projet en 2012 quand il nous a enfin été présenté, car il exemptait le contribuable. Je constate qu’entre-temps les nationalisations bancaires américaines ont été compensées par 180 milliards de dollars d’amende sur les loups de Wall Street alors que les recapitalisations et le nettoyage des bilans bancaires européens ne sont toujours pas achevés. Une nouvelle « feuille de route » pour l’Union bancaire a été lancée en juin avec un vague agenda. Je crains que Deutsche Bank n’accélère la réflexion dans la douleur. Comme d’habitude.

 

Source : lopinion.fr