Disparition de la mer d’Aral : les causes d’un désastre écologique

Il y a 50 ans, la mer d’Aral était le quatrième plus grand lac de la planète. Aujourd’hui, pour la première fois depuis 600 ans, toute une partie du bassin est à sec.

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La mer d’Aral est en fait… un lac. Un lac salé d’Asie centrale, à cheval sur le Kazakhstan et l’Ouzbékistan. En 1960, ce lac alimenté par les fleuves Amou-Daria et Syr-Daria était le quatrième plus grand au monde. Sa surface s’étendait alors sur 67 300 km2, soit l’équivalent de deux fois la Belgique ! De nombreuses villes prospéraient autour de ses rivages, notamment grâce à la pêche. Aujourd’hui, avec la diminution de la surface de la mer d’Aral, on ne compte désormais qu’environ 4 000 tonnes de poisson pêchées chaque année, contre plusieurs centaines de milliers dans les années 1950, et de nombreux villages ont été abandonnés.

 

POURQUOI LA MER D’ARAL S’EST-ELLE ASSÉCHÉE ?

En 1960, les Soviétiques ont décidé de cultiver les vastes steppes du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan. Objectif : transformer les steppes désertiques en champs de coton et de blé. Ils ont alors détourné une partie des fleuves pour irriguer leurs cultures et ont ainsi privé la mer d’Aral de 20 à 60 km3 d’eau, chaque année. En 1970, la mer d’Aral avait déjà perdu 9/10e de sa surface. Résultat : son taux de salinité a grimpé et des millions de poissons sont morts suite à l’assèchement.

À gauche, une image de la Mer d’Aral prise en 2000. Une réduction était déjà notable par rapport à l’étendue de la Mer dans les années 1960 (ligne noire). Des conditions climatiques extrêmes en 2014 ont causé l’assèchement quasi complet de la zone (image de droite).

LA MER D’ARAL VA-T-ELLE DISPARAÎTRE POUR DE BON ?

Peut-être sur la zone ouzbèque. En août 2000, deux étendues d’eau importantes subsistaient encore : l’une au nord, au Kazakhstan, et l’autre au sud, en Ouzbékistan. En 2014, à la même période, le lobe sud a presque complètement disparu. Pourquoi ? Drainé à l’épuisement pour l’irrigation des cultures de coton*, tributaire de sécheresses de plus en plus sévères et de la montée des températures, le lac n’est plus inondé par les pluies et la fonte des neiges qui ruisselaient autrefois du massif Pamir.

Au Kazakhstan, toutefois, le lac se porte de mieux en mieux. Son niveau est monté de six mètres depuis 2005, grâce au projet de restauration financé par la Banque Mondiale. Le taux de salinité de la partie nord de la mer Aral a aussi baissé, favorisant de nouveau la vie aquatique.

 

QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES DE CET ASSÈCHEMENT ?

Les vingt-huit espèces endémiques de poissons du lac ont disparu, tuées par les quantités colossales de pesticides accumulées au fond du bassin.

Avec l’évaporation de l’eau, ces pesticides tapissent désormais le lit desséché de la mer d’Aral. Entraînés à plusieurs kilomètres des rivages par de violentes tempêtes de sable, ils ont également contaminé les populations alentour. Dans cette région, le taux de mortalité infantile est l’un des plus élevés au monde, les cancers et les cas d’anémies sont en constante augmentation.

 

* En 2011, l’Ouzbékistan était toujours le deuxième exportateur mondial de coton. 2 millions d’hectares y sont encore cultivés.

Source : nationalgeographic.fr