Epidémie de rougeole en Italie: l’exemple d’une couverture vaccinale insuffisante

Comme la France en 2010/2012, l’Italie a été touchée par une forte recrudescence du nombre de cas de rougeole durant les huit premiers mois de l’année 2017. Un exemple type de couverture vaccinale insuffisante.

rougeole en Italie

4475 cas de rougeole ont été enregistrés en Italie durant les huit premiers mois de l’année 2017 selon les données publiées dans le dernier bulletin hebdomadaire du journal européen d’épidémiologie, de prévention et de contrôle des maladies infectieuses Eurosurveillance. Une recrudescence d’ampleur comparable à celle qu’a connue la France entre 2010 et 2012. Les auteurs établissent notamment que 20 des 21 régions que compte l’Italie sont touchées par cette flambée épidémique. En cause, « la part grandissante au fil du temps d’individus susceptibles à la rougeole dans la population du fait d’une baisse continue de la couverture vaccinale », selon les chercheurs du département des maladies infectieuses de l’Institut supérieur de la santé à Rome. 3 décès sont à déplorer, tous survenus chez des enfants non vaccinés (16 mois, 6 et 9 ans) et deux cas d’encéphalite chez un adulte de 37 ans et un enfant d’un an.

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Concrètement, tous les âges sont touchés, mais les plus de 15 ans concentrent 73,7% du nombre total de cas rapporté. En revanche, ce sont bien les enfants de moins d’un an et entre 1 et 4 ans où la proportion de cas au regard du nombre d’individus total est la plus forte : 541 cas pour 1.000.000 d’enfants de moins d’un an et 267 cas pour 1.000.000 de 1 et 4 ans. Loin devant les 152,7/1.000.000 dans la tranche des 15-39 ans par exemple (voir tableau ci-dessous).

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Nombre de cas détaillés par tranches d’âge (nombre, pourcentage, et incidence sur chaque tranche en 1/1.000.000)

Les auteurs du rapport précisent que le statut vaccinal était connu pour 93,4% des individus concernés : 88,3% d’entre eux n’avaient jamais été vaccinés contre la rougeole, tandis que 6,5% n’avaient reçu qu’une seule dose (sans rappel donc) et que 1,6% des cas était vacciné. À noter que 64% des cas de contagion sont d’origine intrafamiliale.

Schéma type d’une couverture vaccinale insuffisante

Le déficit de la couverture vaccinale en Italie est la principale cause de cette recrudescence selon les auteurs. Alors que l’OMS préconise un taux de 95% d’individus vaccinés pour une prévention efficace dans une population donnée, l’Italie, qui a maintenu un taux à environ 90% jusqu’en 2013, a vu sa couverture décliner ces dernières années. Depuis 2015, elle stagne ainsi à 85%. Le même schéma a pu être observé en France lors de la flambée épidémique de 2010-2012 où la couverture vaccinale était descendue à 61% de la population. Depuis, elle n’a cessé de croître dans l’Hexagone pour atteindre un taux – toujours insuffisant – de 78,8% en 2015.

Ces chiffres alarmants ne sont toutefois pas une surprise. L’Organisation mondiale de la santé avait communiqué en juillet 2017 son inquiétude quant à la circulation persistante du virus dans la zone Europe. « Les flambées épidémiques de rougeole sévissant actuellement dans la Région européenne de l’OMS ont causé 35 décès au cours de ces 12 derniers mois. La toute dernière victime est un garçon de 6 ans en Italie, où plus de 3 300 cas de rougeole et 2 décès ont été notifiés depuis juin 2016. Plusieurs autres pays ont également signalé des flambées épidémiques. Selon les autorités nationales de santé publique, celles-ci sont à l’origine de 31 décès en Roumanie, de 1 décès en Allemagne et d’un autre au Portugal », rapportait ainsi l’OMS. Le docteur Zsuzsanna Jakab, directrice régionale de l’OMS pour l’Europe expliquait alors : « Nous sommes particulièrement préoccupés par le fait que, malgré l’existence d’un vaccin sûr et efficace à un prix abordable, la rougeole reste l’une des principales causes de mortalité chez les enfants du monde entier, et que l’Europe n’est malheureusement pas épargnée. Collaborer étroitement avec les autorités sanitaires de tous les pays européens concernés par ce problème est notre priorité pour lutter contre les flambées épidémiques et maintenir une couverture vaccinale élevée dans l’ensemble de la population. »

Source : sciencesetavenir.fr