Ex-militant FN, le parti de Marine Le Pen m’a déçu. La dédiabolisation n’est qu’une façade

Où s’arrêtera le Front national ? À la faveur de la stratégie de « dédiabolisation » menée par Marine Le Pen et de l’affaiblissement du PS et de l’UMP, le FN apparaît comme une menace politique grandissante. Stéphane P., 33 ans, a rejoint le FN en 2010, séduit par la ligne patriote du parti. Une formation politique qu’il vient de quitter,
après de multiples désillusions. Témoignage.

A used poster of French far-right party Front National (FN) glued on a tree is pictured on March 13, 2015 in Paris. The poster reads in French "France's first party." AFP PHOTO / JOEL SAGET
A used poster of French far-right party Front National (FN) glued on a tree is pictured on March 13, 2015 in Paris. The poster reads in French « France’s first party. » AFP PHOTO / JOEL SAGET

« Dédiaboliser » le Front national, tel est le credo de Marine Le Pen depuis son arrivée à la tête du parti. Dans les médias, elle s’efforce de présenter un discours plus « modéré » que celui de son père, axant son argumentation sur la République et ses valeurs, le patriotisme et la laïcité.

Militant FN, j’ai découvert à mes dépens que sa « stratégie de dédiabolisation » était surtout du vent.

La ligne de Marine Le Pen m’a séduit

Entre le FN et moi, l’histoire débute dès 1998. Mais je ne suis alors qu’un sympathisant du Front. Ainsi, en 2006, je suis séduit par Nicolas Sarkozy, et je décide alors d’adhérer à l’UMP. Mais très déçu par la politique menée et les affaires qui ont été révélées pendant son mandat, je ne m’y suis pas éternisé.

Courant 2010, je me suis alors redirigé vers le FN, où Marine Le Pen incarnait déjà une ligne plus « modérée » que celle de son père, pour qui j’ai voté en 2002 par patriotisme, même si un certain nombre de ses déclarations me gênaient, telles celles sur les chambres à gaz, sur les attentats du 11 septembre 2001 ou sur les homosexuels.

Athée, laïc, favorable au droit à l’avortement, plutôt ouvert sur les questions sociétales, j’étais gêné par la présence de certains catholiques intégristes au FN. Mais cette formation est selon moi, avec « Debout la France », le seul parti patriote en France, le seul pour qui la « Nation » n’est pas un concept dépassé, le seul qui défend la souveraineté et l’identité françaises et qui dénonce l’immigration massive et ses conséquences.

C’est pour cette raison que je me suis tourné vers ce parti. Et c’est avec un certain enthousiasme que j’ai vu l’arrivée de Marine Le Pen. Elle était pour moi l’espoir de voir émerger un FN plus modéré, un FN laïc et débarrassé de ses éléments d’extrême-droite.

En 2014, j’ai choisi de m’impliquer davantage en politique lors de la campagne des municipales, dans une ville des Hauts-de-Seine, bien décidé à défendre la ligne patriote, laïque et modérée défendue sur les plateaux de télévision par Marine Le Pen.

« Il faut bouter l’islam hors de France »

J’ai rejoint une liste FN-Rassemblement Bleu Marine alors que je n’avais été qu’un simple sympathisant pendant des années. J’ai tracté, j’ai recherché et convaincu des gens de rejoindre notre liste, et j’ai écrit ou co-écrit certains tracts ou articles.

Mais au contact de certains cadres ou militants, j’ai rapidement vu que derrière les beaux discours de Marine Le Pen, le FN n’avait pas vraiment changé dans le fond. Que les voix modérées et nuancées, comme la mienne, restaient insuffisamment représentées. Les discours complotistes, la croyance en un « lobby juif » qui tirerait les ficelles dans l’ombre, les propos homophobes, les propos hostiles à l’islam voire aux musulmans (propos du type « Il faut bouter l’islam hors de France »), la volonté de régir la loi française par la religion catholique, sont encore trop présents.

Notre tête de liste pour les municipales, Monsieur B., nourrissait une véritable obsession pour l’islam et les musulmans. Une obsession qu’il ne cache pas, se livrant sur son blog à des amalgames et à des reproches, notamment celui de ne pas manifester contre les crimes commis contre les chrétiens d’Orient. Il consacre la plus grande partie de son temps à écrire ou relayer des articles contre l’islam, au détriment de ses mandats de secrétaire de section et de conseiller municipal.

Ce discours ne l’a pas empêché d’être nommé secrétaire de section puis d’être investi par le FN aux élections municipales (mars 2014), aux élections du Comité central du FN (novembre 2014) et aux élections départementales (mars 2015)

On ne punit que les « dérapages » les plus médiatisés

Ce qui m’a le plus déçu au FN, ce ne sont pas les propos publics non conformes au discours « officiel » de la direction actuelle du FN. C’est la passivité et la tolérance à l’égard de ces propos.

La direction fait mine de les découvrir lorsqu’ils sont médiatisés, alors qu’elle prétend étudier minutieusement les candidatures des représentants de son parti aux élections. Dans ce cas, comment est-il possible que certains élus ou responsables du FN tiennent publiquement et à répétition des propos hostiles aux musulmans, aux juifs ou aux homosexuels ? Comment se fait-il que ces personnes soient nommées à des postes importants ou investies à des élections alors que la direction du FN a connaissance de leurs propos ?

J’ai adressé différents courriers à la direction du FN, à Marine Le Pen et Nicolas Bay notamment, pour signaler des comportements et des propos que j’estimais inacceptables. J’ai été ignoré. Ma démarche était pourtant bienveillante : il s’agissait de défendre le parti contre des propos qui pourraient lui porter préjudice. Mais je me suis vite rendu compte que la direction laissait sciemment des gens tenir des propos qui vont à l’encontre de son discours officiel, pourvu qu’ils ne soient pas trop médiatisés.

On ne punit que les « dérapages » les plus médiatisés (cf. cas d’Aymeric Chauprade), qui menacent de ternir l’image du FN. Pendant ce temps, certains cadres de moindre importance ou certains militants parlent de « complot juif », de « pédales », etc., en toute impunité.

Mon passage au FN ? Une grande désillusion

J’ai écrit à cinq dirigeants du FN et j’ai envoyé plusieurs relances. Aucun n’a pris la peine de me répondre. Certains membres de la fédération où je militais m’ont traité de « carriériste » et de « fouteur de merde ». J’ai également été menacé par certaines personnes. J’ai donc choisi de quitter le FN. Ma carte d’adhérent est arrivée à expiration en septembre 2014 et je ne l’ai pas renouvelée.

Désormais, je ne suis affilié à aucun parti et je ne suis candidat à rien. Ce passage par le FN a été pour moi une grande désillusion. Je conserve une rancune envers une direction qui n’écoute pas ses propres militants, qui tolère les excès les plus graves dans son « arrière-boutique », qui fait preuve de laxisme et d’une légèreté criante dans son recrutement pour les élections afin de « faire du chiffre ». Le FN se targue aujourd’hui d’être le parti ayant le plus candidats aux élections départementales. Mais à quel prix ?

Je témoigne aujourd’hui parce que je pense que les gens ont le droit de savoir quel parti est vraiment le Front national. Il me semble nécessaire de mettre ce parti face à ses contradictions et ses mensonges, et je souhaite que d’autres personnes ne commettent pas la même erreur que moi.

Finalement, le FN ne vaut pas beaucoup mieux que les autres partis.

Source : leplus.nouvelobs.com