Fin des 35 heures, de l’ISF… ce que le Medef attend très vite de Macron

Le président du Medef presse Emmanuel Macron d’aller vite sur la suppression de l’ISF, du compte pénibilité de la retenue à la source. Il souhaite aussi la fin des 35 heures et se félicite du recours aux ordonnances.

Pierre Gattaz ne cache pas sa joie face à l’élection d’Emmanuel Macron. Pour le président du Medef, l’arrivée d’un « président de 39 ans, pro-européen et pro entreprise est une bonne nouvelle ». D’autant plus qu’il n’a pas du tout apprécié la tonalité de la campagne électorale « dont les débats ont été très inquiétants ». Seuls deux candidats trouvaient grâce à ses yeux : Emmanuel Macron et François Fillon. « Les autres ne proféraient que des mensonges, n’avaient pas de programme économique et avaient une totale méconnaissance de l’entreprise »…

Suppression de l’ISF, fin des 35 heures et du compte pénibilité, tout de suite

Le président du Medef est donc rassuré du résultat final mais inquiet sur l’état de la France. Et, bien entendu, il veut profiter de cette nouvelle ère politique pour pousser ses pions. Ainsi, l’organisation patronale a des idées très arrêtées sur les mesures qu’il conviendrait de prendre très rapidement « afin de libérer l’économie et de redonner confiance ».

Pour Pierre Gattaz, le mouvement des réformes doit se décomposer en deux temps : des mesures immédiates puis des mesures de fond qui méritent davantage de concertation. Mais quand on rentre dans le détail, ces mesures préconisées par le Medef ne collent pas toujours tout à fait avec les vœux d’Emmanuel Macron. On sent même poindre une amicale pression…

D’abord il demande la suppression immédiate des « usines à gaz », comme le prélèvement à la source car « les entreprises ne sont pas des collecteurs d’impôts » et le compte personnel pénibilité « qui est juste impossible à appliquer ». On notera qu’Emmanuel Macron vient de commander pour juin un audit sur le prélèvement à la source et qu’il avait annoncé durant sa campagne qu’il supprimerait le compte pénibilité pour l’inclure dans une sa future réforme globale des retraites avec l’institution d’un régime par points, la pénibilité pouvant donner droit à des points supplémentaires.

Bien entendu, Pierre Gattaz demande aussi la suppression immédiate des 35 heures et souhaite que toute latitude soit donnée aux entreprises pour fixer la durée du travail, sans borne légale. Concrètement cela signifierait que le seuil de déclenchement des heures supplémentaires varierait d’une entreprise à l’autre. Emmanuel Macron, dans son programme, n’évoquait pas la disparition pure et simple des 35 heures mais désirait plus de souplesse pour les entreprises..

Le Medef favorable au recours aux ordonnances, contrairement à  la CFDT

Sur l’ISF aussi, le président du Medef ne veut pas de demi-mesure, il milite pour sa disparition immédiate. On sait qu’Emmanuel Macron, lui, veut limiter cet ISF au patrimoine immobilier.

Enfin, un dernière vague de réformes « rapides » doit concerner le plafonnement des indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif ; l’inversion de la hiérarchie des normes avec la prédominance de l’accord d’entreprise; l’instauration d’une instance unique de représentation du personnel et une baisse des du coût du travail sur « tous les salaires et pas seulement les plus bas ». Sur les trois premiers points, Emmanuel Macron est parfaitement en phase avec le Medef, puisqu’il compte, officiellement dès cet été, légiférer sur ces questions. En revanche, il est exact que dans le programme de campagne du président, il était prévu une transformation du Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) en baisses pérennes des prélèvements sociaux des entreprises avec un coup de pouce pour les seuls bas salaires.

Bien entendu, pour mener vite et bien ces réformes, Pierre Gattaz estime que « les ordonnances sont un bon outil qui préserve le dialogue puisqu’il doit y avoir une loi d’habilitation et une loi de ratification ». Le président du Medef s’oppose frontalement sur ce point avec Laurent Berger le secrétaire général de la CFDT qui, dans un entretien au quotidien « Les Echos » prévient le président :

« Le temps de la concertation est indispensable. Si Emmanuel Macron veut passer à la hussarde, ça ne marchera pas. Il se trompe s’il croit que légiférer par ordonnance dès la rentrée lui permettra d’éviter un conflit social ».

Emmanuel Macron devra donc choisir entre les deux voies proposées…

Par ailleurs, parmi les réformes de fond qui prendront plus de temps, Pierre Gattaz évoque la baisse des dépenses publiques, la réforme de la formation professionnelle, de l’enseignement et de l’apprentissage ainsi que… la réforme du marché du travail. On aurait cru que le Medef faisait une priorité de ce dernier point, avec sa vieille idée d’instituer un « contrat de travail agile ». Mais, en fait, ce que l’organisation appelle une « réforme de fond du marché du travail », c’est l’institution d’un véritable système de « flexisécurité » à « la danoise » où, en échange d’un risque d’accélération du turn-over, les salariés sont accompagnés et formés pendant les périodes de transition entre deux postes. Un dispositif encore dans les limbes mais dont on voit les prémices avec l’instauration du compte personnel d’activité (CPA).

 Gattaz favorable à l’intervention de l’Etat dans l’assurance chômage

Enfin, et ce n’est pas le moindre des sujets, Pierre Gattaz se retrouve en phase, du moins en partie, avec Emmanuel Macron sur la question de l’assurance chômage. Le président du Medef se dit « pas contre » le fait que l’Etat intervienne provisoirement dans la gestion de l’assurance chômage pour mener quelques réformes de fond que les partenaires sociaux ne parviendraient pas à mener via la négociation.

Du reste, au Medef, comme d’ailleurs chez certains syndicats, CFDT en tête, on reconnaît qu’un dialogue sera de toute façon nécessaire avec l’Etat pour régler un certain nombre de problèmes financiers qui participent au déficit (environ 4 milliards d’euros par an) de l’assurance chômage. De fait, la question de l’indemnisation du chômage des travailleurs français frontaliers relève de l’Etat. Tout comme le financement de Pôle emploi. Actuellement, l’Unedic (l’organisme paritaire qui gère l’assurance chômage) doit verser annuellement 10% de ses recettes (soit un peu plus de 3 milliards d’euros) à Pôle emploi. Pour les partenaires sociaux, cette quote-part est trop élevée et l’Etat doit davantage assumer ses responsabilités.

Reste qu’Emmanuel Macron a déjà mis un peu d’eau dans son vin. Au départ, il évoquait une « nationalisation » pure et simple de l’assurance chômage – et non pas provisoire comme semble le souhaiter Pierre Gattaz – ensuite, il a davantage parlé d’un « tripartisme » dans le pilotage du dispositif… Reste que dans son programme, Emmanuel Macron mentionnait aussi l’instauration d’un bonus/malus sur les cotisations chômage des entreprises en fonction de l’importance du recours aux CDD courts. Il n’est pas certain que le Medef soit totalement en phase avec le nouveau président sur ce point-là…

En tout état de cause, il est indéniable que l’organisation patronale regarde plutôt avec un œil bienveillant les intentions d’Emmanuel Macron, et ce n’est que justice tant ils partagent de nombreux points de vue. Mais il ne faudrait pas non plus que le Medef soit trop gourmand et trop impatient pour éviter d’amplifier les crispations qui ne vont pas manquer de se produire.

Source : latribune.fr

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