Google révèle nos recherches secrètes

Les milliards de recherches formulées en ligne en disent long sur les craintes secrètes et questions taboues des internautes. Un ex-data scientist de Google a analysé et synthétisé ces données.

Google révèle nos recherches secrètes

Cet ancien data scientist de Googleet désormais contributeur au New York Times – est convaincu que l’analyse des recherches des internautes révèle leurs questions les plus taboues, leurs opinions les plus embarrassantes. Véritable divan du XXIe siècle, Google « permet aux gens d’admettre des choses qu’ils n’admettraient nulle part ailleurs », écrit l’ancien de Google dans son livre « Everybody Lies: What the Internet Can Tell Us About Who We Really Are », dont des extraits ont été publiés cette semaine sur le Guardian.

Les études d’opinion traditionnelles comportent davantage de biais, selon le diplômé de Harvard en économie, qui cite en exemple une enquête datant de 1950 sur les habitants de Denver. Celle-ci avait montré que le pourcentage de personnes déclarant avoir voté ou avoir donné à un organisme de charité était bien plus élevé que les chiffres réels. Les questionnaires étaient pourtant anonymes.

« Maladie mentale, sexualité humaine, avortement, religion, santé. J’ai passé quatre ans à analyser les données anonymes de Google pour les Etats-Unis. (…) Je suis maintenant convaincu que les recherches de Google sont l’ensemble de données le plus important jamais recueilli sur la psyché humaine », affirme Seth Stephens-Davidowitz.

Compilation de ses résultats les plus significatifs :

Sur la sexualité, « les gens se mentent même à eux-mêmes »

Le thème central traité par le data-scientist est celui de la sexualité, selon lui parmi les plus abordés en ligne. Sur ce sujet intime, « les gens mentent à leurs amis, amoureux, médecins et même à eux-mêmes », indique-t-il. Selon Google, la principale plainte au sein des couples mariés est ainsi le manque rapports sexuels. Les recherches pour « mariage sans sexe » sont trois fois plus fréquentes que « mariage malheureux » et huit fois plus fréquentes que « mariage sans amour ». Les plaintes sont également partagées entre maris et épouses.

Ce sujet génère une « énorme anxiété », souligne le data scientist, qui précise que « les hommes posent plus de questions sur leur organe sexuel que sur n’importe quelle autre partie du corps ».

Quelle proportion d’hommes américains sont homosexuels ?

L’apparence physique n’est pas un sujet de préoccupation uniquement féminin, d’après les recherches de Stephens-Davidowitz à partir de Google AdWords. Les hommes sont 42 % à s’intéresser à leur forme physique et leur beauté, 33 % à chercher à perdre du poids et 39 % à faire des recherches sur la chirurgie esthétique.

L’auteur américain affirme également que les requêtes Google permettent de déduire quelle proportion d’hommes américains sont homosexuels. « Les enquêtes représentatives nous disent qu’il y a 2 ou 3 % d’hommes homosexuels, et qu’il y en a beaucoup plus dans des Etats tolérants que dans les États intolérants », note-t-il, soupçonnant un biais en la matière. D’après ses analyses, cette proportion serait en fait de 5 %.

De nombreux propos haineux

Le Big Data de Google se révèle un bon « sérum de vérité » quant aux préjugés, poursuit Seth Stephens-Davidowitz. Les utilisateurs formulent des requêtes accolant « afro-américains » et « grossier », ou « juifs » et « mauvais », ou encore « homosexuel » et « maléfique ». L’auteur a été particulièrement frappé de découvrir que le mot « nigger » (« nègre ») est inclus dans 7 millions de recherches chaque année.

Les requêtes haineuses impliquant le mot « musulman » sont également nombreuses, se multipliant même à une fréquence alarmante dans les heures qui ont suivi la tuerie de San Bernardino, note-t-il : « Dans l’ensemble, les Américains cherchaient la phrase « tuer les musulmans » à peu près à la même fréquence qu’ils cherchaient « recette de martini » et « symptômes de la migraine » ».

« Mon fils est-il surdoué ? », « Ma fille est-elle en surpoids ? »

Dans la catégorie des préjugés, d’autres peuvent être plus insidieux et avoir un impact tout aussi important : ceux des parents envers leurs propres enfants. A la question « est-ce que mon enfant est… », le mot arrivant à la suite est le plus souvent « surdoué », rapporte le data scientist.

Mais, ajoute-t-il, « les parents sont deux fois et demi plus susceptibles de demander « est-ce que mon fils est surdoué ? » que « est-ce que ma fille est surdouée ? » ». Pourtant dans les écoles américaines, les filles sont 9 % plus susceptibles que les garçons d’être intégrées dans des programmes pour surdoués.

Les préoccupations principales des parents américains à l’égard de leurs filles sont liées à l’apparence. Ceux-ci sont une fois et demi plus susceptibles de se demander si leur fille est belle que si leur fils est beau. De même, la question « est-ce que ma fille est en surpoids ? » est posée deux fois plus souvent que « est-ce que mon fils est en surpoids ? », alors même que l’obésité concerne aux Etats-Unis environ 28 % des filles contre 35 % des garçons.

Source : lesechos.fr