L’interdiction totale de la cigarette verra-t-elle le jour en France?

Jugée utopique cette idée est cependant régulièrement défendue dans le débat public…

cigarette

Une mesure radicale pour en finir définitivement avec un fléau sanitaire. Selon un sondage publié ce mardi, 27 % des Français jugent que l’interdiction du tabac serait la mesure la plus efficace pour faire baisser ostensiblement la consommation de cigarette dans notre pays.

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Cette proposition, si elle prête à sourire, s’invite pourtant régulièrement dans le débat public. Ce qui prouve qu’elle n’est pas si saugrenue que ça. En 2006, des journalistes de 20 minutes avaient déjà imaginé ce scénario dans un film fiction.

Plus sérieusement, en 2011, l’économiste Jacques Attali, a plaidé pour une interdiction de la production, de la distribution et de la consommation de tabac et de cigarette . « Pourquoi on ne traite pas avec la même sévérité que le Mediator un produit totalement inutile, à la nocivité aujourd’hui avérée, consommé chaque jour par 1,3 milliard de personnes dans le monde et qui fait chaque année 5 millions de morts, soit plus que le sida et le paludisme réunis ? », s’interrogeait-il dans Le Figaro.

Une proposition qui a même fait l’objet d’un amendement

Rebelotte en 2012, quand le docteur Martine Pérez a elle aussi soutenu cette solution dans un livre au titre choc Interdire le tabac, l’urgence*. «  Un tiers des cancers et un tiers des cas de mortalité prématurée sont dus au tabac. Le fait de le prohiber inciterait les 30 % d’adultes fumeurs à se sevrer. On a bien interdit le bisphénol pour des raisons sanitaires, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas interdire le tabac qui est plus dangereux », explique-t-elle à 20 minutes.

 

L’an dernier, le député Jean-Louis Touraine a aussi défendu un amendement à la loi Santé, par lequel il souhaitait interdire la vente de cigarettes à toutes les personnes nées après le 1er janvier 2001. Une manière de prohiber le tabac à partir de cette jeune génération. « En visant ceux qui ont aujourd’hui 14 ans, on touche une catégorie de la population qui a priori n’a jamais fumé et n’est donc pas dépendante. Avec cette prohibition qui s’appliquera à leur majorité, on les invite à poursuivre leur vie sans acheter un seul paquet », expliquait-il au Figaro. Un amendement finalement retiré, mais qui avait remis l’idée au goût du jour.

Arriver à une consommation quasi nulle

Car pour les défenseurs de la prohibition du tabac, l’idée n’est pas utopique. D’autant qu’une partie des Français n’y sont pas rétifs : « On a tous un proche qui est mort à cause du tabac. Les gens sont désormais conscients du danger et sont prêts à des mesures fortes en matière de lutte contre le tabac », affirme Martine Pérez. Mais si s’approcher du zéro tabac en France n’est pas impossible selon elle, elle ne s’imagine pas que l’on puisse décréter l’interdiction de fumer du jour au lendemain.

« Pour arriver à une consommation quasi nulle, il faut prendre une série de mesures intermédiaires, comme la plus forte pénalisation de ceux qui vendent du tabac aux mineurs, l’interdiction de la cigarette dans tous les lieux publics, y compris à l’extérieur, l’interdiction de fumer en prison, l’augmentation du prix des paquets… », énumère-t-elle. Certains pays comme la Suède, la Finlande, l’Irlande et la Nouvelle-Zélande ont d’ailleurs renforcé la législation anti-tabac et affiché leur volonté d’arriver d’ici quelques décennies à devenir un pays sans tabac.

Mais pour certains militants de la lutte contre le tabac, cette interdiction est totalement irréaliste. « C’est une fausse bonne idée. La prohibition entraînerait des ventes illicites de tabac, mais ne ferait pas disparaître les consommateurs », affirme ainsi Clémence Cagnat-Lardeau, directrice de l’Alliance contre le tabac. « D’ailleurs aucun pays n’a interdit le tabac, sauf le Bhoutan, qui en a interdit la vente. Mais c’est une dictature alors que nous sommes en démocratie », poursuit-elle. Dans le même esprit, le philosophe Raphaël Enthoven défendait à l’occasion
du lancement du « Moi(s) à sans tabac », dans une chronique sur Europe 1 le droit « de se nuire » au nom de la liberté.

Par ailleurs, une interdiction totale du tabac mettrait en péril l’activité des buralistes et couperait l’Etat de revenus substantiels. Difficile à imaginer… « Au lieu de se pencher sur cette solution illusoire et d’aller trop vite, il vaut mieux continuer les actions qui sont déjà menées, comme l’accompagnement des fumeurs vers le sevrage ainsi qu’il est proposé pendant le mois sans tabac, l’augmentation du prix de la cigarette, la mise en place du paquet neutre… », conseille pour sa part Clémence Cagnat-Lardeau.

*Interdire le tabac, l’urgence, Dr Martine Perez, éditions Odile Jacob, 2012, 17,90 euros.