Je vis dans 1000 m2 de bureau place Vendôme : une colocation hors du commun pour 201 euros

Proposer des logements immenses, en plein coeur de Paris, à des prix dérisoires ? C’est l’idée de Camelot, une société qui gère des locaux vacants. À 25 ans, Rémi Saugeron en avait assez de dépenser des sommes astronomiques pour payer son minuscule studio. Aujourd’hui, il vit dans des bureaux vides place Vendôme, avec 20 colocataires. Et il ne regrette pas son choix.

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Originaire du sud de la France, je me suis installé à Paris il y a quelques mois, après avoir obtenu un CDI en tant qu’enseignant en activité physique adaptée.

En arrivant, j’ai posé mes affaires dans un petit appartement trop cher à mon goût. Très vite, j’ai ressenti le besoin de partir à la recherche d’un logement plus original et surtout plus accessible.

C’est par hasard, en tapant des mots-clés dans un moteur de recherche, que j’ai appris qu’il était possible de vivre dans les bureaux vides en plein Paris, pour un loyer plutôt dérisoire : 201 euros par mois.

 

J’habite avec 20 personnes

Enthousiaste, j’ai déposé un dossier auprès du gérant
– un groupe spécialisé dans la gestion de locaux vacants – et à ma grande surprise, j’ai été accepté. En décembre dernier, je m’installais donc dans des bureaux vides situés à deux pas de la place Vendôme.

Dans ce quartier cher et prisé, il y a beaucoup d’hôtels de luxe. D’ailleurs, de l’extérieur, on pourrait croire que l’immeuble coquet dans lequel j’habite en est un. Mon environnement est donc plutôt agréable.

Quand on rentre dans le bâtiment, on comprend rapidement qu’il ne s’agit ni d’un hôtel, ni d’un immeuble lambda.

On se retrouve dans un petit hall de service, derrière lequel il y a des escaliers de secours. Il faut monter les marches pour comprendre ce qui se cache dans ce bâtiment : environ 2500 m2, répartis sur sept étages. Quatre de ces étages sont des lieux de vie. Les 21 personnes qui y habitent se partagent donc 1000 m2.

 

Murs blancs et néons au plafond

Moi, je vis au premier étage de ce bâtiment avec deux autres personnes, dans un espace qui doit faire 150 m2. À notre disposition, il y a une douche, un coin toilette avec un évier et un petit espace commun.

Nous avons aussi chacun notre chambre : la mienne fait environ 20 m2. La première fois que je l’ai vue, j’ai été un peu surpris car j’ai tout de suite ressenti l’ambiance « bureau » : des murs blancs, des néons au plafond et des étagères un peu partout. J’arrivais dans un carré vide, dans lequel tout était à faire.

Pour me sentir bien, j’ai aménagé ma chambre à ma façon, en y ajoutant un lit, bien évidemment, mais aussi un bureau, des rideaux et en décorant les murs pour égayer le tout.

Comme chaque locataire a organisé son propre espace et a créé son petit nid, j’ai fini par oublier que je vivais dans des bureaux. Aujourd’hui, je m’y sens vraiment chez moi.

 

Une grande colocation

C’est au deuxième et au quatrième étage du bâtiment que tout se passe, car c’est là que se trouve les principaux espaces communs : une grande cuisine d’environ 70 m2 et un immense salon d’environ 90 m2.

Nous y partageons parfois des repas ou des moments conviviaux. Finalement, nous vivons dans une grande colocation, car nous sommes obligés de nous organiser, en réalisant un planning pour les tâches ménagères ou pour la cuisine par exemple.

Par chance, nous ne sommes pas confrontés aux inconvénients de la colocation : l’espace est tellement grand qu’on ne se marche jamais dessus. Nous avons chacun notre intimité et c’est très plaisant.

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Une des deux cuisines où se retrouvent les 20 colocataires (DR).

 

On peut nous demander de partir à tout moment

La particularité de ce logement, c’est que nous ne sommes pas locataires, mais « résidents temporaires ». Cela signifie qu’on peut nous demander de partir à tout moment, si les bureaux devaient à nouveau accueillir une entreprise. Dans ce cas, nous aurions un à deux mois pour quitter les lieux.

C’est pour cela que le profil de mes colocataires est assez similaire au mien : ce sont tous de jeunes actifs, avec des solutions de repli. Nous devons donc joindre à notre dossier une lettre d’un proche acceptant de nous accueillir en cas de départ. Pour ma part, c’est un ami qui a accepté de m’héberger en cas de départ précipité.

Pour cette raison, il n’y a que quelques étudiants qui vivent avec nous, car en période d’examens, il serait difficile de leur demander de partir.

 

J’y resterais bien plusieurs années

En choisissant ce mode de vie, on se soumet à certaines règles. Dans les bureaux, nous n’avons pas le droit d’organiser de fêtes, nous ne pouvons pas fumer ni allumer de bougies

Nous devons aussi prévenir le gestionnaire des bureaux si l’on accueille un proche plus de trois jours, ou si l’on quitte les lieux plus de cinq jours. Enfin, nous n’avons pas le droit de faire de double des clés.

Malgré ces quelques contraintes, il y a de réels avantages à vivre dans des bureaux. Le premier, c’est bien évidemment le prix. 201 euros pour vivre près de la place Vendôme, c’est un véritable luxe. Dans un logement classique, j’aurais payé 500 euros minimum pour un petit studio mal situé.

À mes yeux, le seul point négatif, c’est qu’il s’agit d’un logement temporaire, car je me verrais bien rester plusieurs années dans cette colocation hors du commun.

 

Source : nouvelobs.com