La Deutsche Bank, bombe à retardement au coeur de l’Europe

Le cours boursier de la principale banque allemande s’est effondré. Angela Merkel aurait indiqué cet été qu’elle n’entendait pas la sauver, mais aurait-elle vraiment le choix en cas d’accident ?

A display showing the German Stock Market Index DAX is pictured at the stock exchange in Frankfurt, Germany, on September 26, 2016, after shares in Deutsche Bank, Germany's biggest lender, hit a record low. Shares in Deutsche Bank, Germany's biggest lender, hit a record low on Monday after reports at the weekend that Berlin had refused state aid for the embattled lender. / AFP PHOTO / DANIEL ROLAND

Le 6 juillet dernier, un gourou des marchés obligataires Jeff Gundlach, fondateur de la société d’investissement DoubleLine Capital déclarait à l’agence Reuters, lugubre :

« Les banques sont en train de mourir et les décideurs politiques ne savent pas quoi faire… Attendez que l’action de la Deutsche Bank passe sous les 10 et les gens vont commencer à paniquer. »

On y est presque. Lundi, l’action, qui avait dépassé 100 euros en 2007, est tombée à 10,5 euros, après une chute de 6% dans la journée. Les Allemands, qui pendant des mois ont pointé du doigt la fragilité des banques italiennes, prennent conscience qu’ils sont assis sur une bombe à retardement made in Germany. Ce qui ne laisse pas de surprendre : l’Allemagne n’est-elle pas la patrie de la vertu financière et des comptes bien tenus ?

La Deutsche Bank, naguère considérée comme l’institution bancaire la plus solide d’Europe, pourtant, va tranquillement vers le mur, et les décideurs politiques ne savent toujours pas quoi faire. Les Etats-Unis lui ont donné le coup de pied de l’âne en exigeant d’elle une amende de près de 14 milliards de dollars (soit 85% de sa valeur boursière !), pour le rôle qu’elle a joué dans le scandale du financement immobilier de 2008. Mais son cours boursier n’a pas attendu cette terrible annonce pour chuter : il a été divisé par trois en un an. Le montant des actifs à risque de la banque est estimé à 400 milliards d’euros – pour un bilan de 1.500 milliards.

Merkel sur une ligne dure

En février, le patron de la Deutsche Bank John Cryan, un Britannique, avait annoncé que celle-ci était « aussi solide que le roc » (une sortie qui avait plutôt eu pour effet d’inquiéter les investisseurs), avant d’annoncer cinq mois plus tard une baisse du produit net bancaire et des profits. Entre-temps, en juin, le FMI avait déclaré que la Deutsche Bank représentait un risqué bien plus élevé que les autres, du fait de son imbrication dans le système financier global.

Ce week-end, le magazine « Focus » a ajouté une dose de chaos au chaos, en indiquant que, selon des sources proches du gouvernement, la chancelière ne comptait pas aider la banque dans ses négociations avec le Département de la justice américain, et excluait tout sauvetage gouvernemental de celle-ci. Comment pourrait-elle défendre le contraire, alors que l’Allemagne proteste à l’idée que le gouvernement italien puisse venir en aide à ses banques malades, à commencer par la Banca Monte dei Paschi di Siena ? Alors qu’elle a laissé les banques grecques dérailler –qu’on se souvienne des distributeurs automatiques de billets qui avaient été fermés en 2015 ?

Cohérente, la prise de position de la chancelière a cependant de quoi rendre fébriles tous les partenaires de la Deutsche Bank, sans parler de ses actionnaires. Et la défiance, en matière de banque, est un poison terrible, comme on l’a constaté en 2008 avec la faillite de Lehman Brothers et de quelques autres. Une banque a besoin de se refinancer auprès d’autres banques : celles-ci ne doivent donc jamais lui tourner le dos, par crainte d’une faillite.

Too big to fail ?

Dans le scénario optimiste, ce qui se prépare, c’est un test grandeur nature de la nouvelle méthode européenne de sauvetage dite de « bail in », en vigueur depuis le 1er janvier : plutôt que d’intervenir avec l’argent du contribuable (« bail out ») on impose désormais aux créanciers des établissements en difficulté d’éponger les pertes :  en convertissant leurs créances en actions ou alors en en effaçant une partie. Evidemment, essuyer les plâtres du « bail in » aurait été plus simple avec une petite banque.

Mais chacun s’interroge aujourd’hui : que se passera-t-il si, malgré une tentative de « bail in », la Banque menace de s’effondrer effectivement ? Si le mot d’ordre « too big to fail » (trop grosse pour qu’on la laisse faire faillite) ne s’applique plus, ne peut-on pas imaginer un scénario de faillites en chaîne ? La numéro deux, la Commerzbank, est également considérée comme fragile… Sans parler des banques italiennes, françaises.

Le sujet est au cœur du mauvais fonctionnement de la zone euro. Si la Deutsche Bank connaissait un accident, il n’affecterait pas seulement le crédit de la chancelière allemande, c’est l’ensemble de l’économie européenne qui subirait le choc. Aussi, si la fébrilité croît sur les marchés, personne ne prend encore vraiment au sérieux l’idée que les autorités allemandes et européennes puissent laisser complètement tomber la Deutsche Bank, si celle-ci ne parvenait pas à faire face à l’amende américaine.

Source : tempsreel.nouvelobs.com