L’ABE veut une « bad bank » européenne pour les créances douteuses

L’Union européenne doit créer une structure de défaisance pour traiter les centaines de milliards d’euros de créances douteuses des banques, a déclaré lundi Andrea Enria, le président de l’Autorité bancaire européenne (ABE), évoquant une initiative « urgente et réalisable ».

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Si les banques italiennes sont les plus pénalisées par l’accumulation des créances douteuses, leur encours global avoisinant 276 milliards d’euros, dix pays de l’UE affichent un ratio de créances douteuses moyen de 10%, alors qu’il est inférieur à ce seuil aux Etats-Unis.

Dans un discours prononcé lundi à Luxembourg, Andrea Enria a esquissé la méthode qui pourrait permettre selon lui de décharger les banques d’une partie de leurs prêts à risque, en recourant à une « société de gestion d’actifs ».

Les prêts repris par cette structure seraient valorisés sur la base de leur « valeur économique réelle », un prix estimé différent de leur valeur de marché, et la structure aurait trois ans environ pour les céder à ce prix.

« Si cette valeur n’est pas atteinte, la banque doit assumer la totalité de la perte. Une recapitalisation est réalisée par le gouvernement national au titre d’aide d’Etat, avec toutes les conditions qui y sont liées », a dit Enria.

Il a ajouté que des mesures plus radicales s’imposaient désormais car l’ABE a mis au jour des « failles de marché » dans les efforts entrepris pour traiter le problème.

Il a cité parmi ces « failles » le manque de données aisément accessibles et comparables sur les créances douteuses et la rareté des acheteurs potentiels.

Le président du Mécanisme européen de stabilité (MES), Klaus Regling, a salué la proposition de l’ABE, dans laquelle il voit une initiative « valable » susceptible d’améliorer la stabilité financière dans l’UE.

« Il est probablement nécessaire que le secteur public joue un rôle », a-t-il dit, ajoutant que la nouvelle structure devrait se fixer pour objectif d’acquérir pour 250 milliards d’euros de créances douteuses.

Il a ajouté que le projet de l’ABE ne prévoyait aucune mutualisation des risques entre les Etats membres, ce qui est selon lui « un avantage du point de vue politique ».

L’Allemagne, première économie d’Europe, s’oppose à toute forme de partage des risques bancaires de peur que le contribuable allemand ne soit à terme contraint de financer le sauvetage d’une banque étrangère.

Selon les statistiques de l’ABE, outre l’Italie, la Grèce, Chypre, le Portugal et la Slovénie figurent pari les Etats membres dans lesquels le ratio de créances douteuses est le plus élevé.

(Huw Jones; Marc Angrand pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat)

Source : usinenouvelle.com