« L’augmentation de la puissance des cyclones est causée par le changement climatique »

Le cyclone Irma s’est abattu sur les Antilles mercredi 6 septembre, ravageant notamment les îles de Saint Martin et de Saint Barthelemy. Les climatologues restent prudents, mais prévoient que l’intensité des cyclones va continuer à croître avec le changement climatique. Entretien avec la chercheuse Christelle Barthe.

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Après Houston et le cyclone Harvey, les Antilles subissent les vents et pluies dévastatrices de l’ouragan Irma. Après s’être renforcé dans la journée de mardi 5 septembre, se classant en catégorie 5, soit la plus élevée sur l’échelle de Saffir-Simpson, il a traversé mercredi les îles Saint Barthelemy et Saint Martin, l’oeil du cyclone passant précisément sur ces deux îles françaises.

Se déplaçant à une vitesse de 24 km/h, Irma est accompagné de vents d’une rare violence pouvant atteindre 300 km/h ainsi que de rafales allant jusqu’à 350 km/h et qui font de cette tempête un phénomène puissant et sans précédent. Les dégâts sur les îles sont immenses et l’on dénombrait jeudi matin sept morts et vingt-trois blessés, un bilan sans doute incomplet.

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Nous avons interrogé Christelle Barthe, chargée de Recherche au CNRS au Laboratoire de l’atmosphère et des cyclones, sur les causes d’un tel cyclone destructeur.

Reporterre – Peut-on distinguer l’impact du changement climatique du cycle naturel des cyclones ?

Christelle Barthe – Il reste très difficile de distinguer l’impact du changement climatique de la variabilité naturelle du phénomène et il est actuellement impossible d’attribuer le changement climatique à un cyclone en particulier. En effet, les scientifiques et climatologues ont très peu de recul sur les cyclones tropicaux car ils ne disposent de données fiables que depuis une trentaine d’années. Même si tous s’accordent à dire que le réchauffement climatique a bien un impact sur l’activité cyclonique, il reste compliqué d’établir avec précision la nature de cet impact.

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Saint Martin après le passage du cyclone

Doit-on s’attendre à une augmentation de la fréquence et puissance des cyclones dans les prochaines années ?

S’il apparaît que la fréquence et le nombre de cyclone restent stables (environ 90 par an dans le monde) et ne sont à priori pas amenés à évoluer, on constate une augmentation de la puissance et de l’intensité des cyclones, et elle est en partie causée par le changement climatique. Cela est dû au fait que les températures des océans qui se réchauffent, ce qui favorise et alimente l’activité cyclonique.
Les scientifiques prévoient une augmentation des vents cycloniques de 10 % et une augmentation des précipitations associées aux cyclones de 20 %.
C’est donc une augmentation des cyclones à forte intensité, comme Harvey et Irma qui est attendue dans les prochaines années.

Lorsque les cyclones touchent terre, leur intensité diminue généralement, mais cela n’a pas été le cas pour Harvey. Pourquoi ?

Lorsque le cyclone Harvey a atteint les côtes de Houston, son intensité a bien diminué et il a été rétrogradé au stade de tempête tropicale. Mais sa vitesse de déplacement étant très lente, environ 16 km/h, il est resté stationnaire au-dessus de Houston provoquant trombes d’eau, inondations et nombreux dégâts.

L’enchaînement rapide du cyclone Harvey avec le cyclone Irma est-il normal ?

Là aussi les scientifiques manquent de recul, mais l’enchaînement des cyclones Harvey et Irma n’est pas une première. On se souvient des cyclones Katrina et Rita qui s’étaient également succédés en août et septembre 2015. Ils ne sont pas non plus inhabituels dans la mesure où ils empruntent tous deux la route classique des cyclones. Irma appartient à la famille des cyclones dits « cap-verdiens » : il s’est formé au large des côtes africaines avant de puiser son énergie en traversant l’Atlantique où la température de l’eau est actuellement de 29 °C.

Même si les climatologues n’attribuent pas directement ces cyclones et leur succession au changement climatique, leurs recherches tentent de comprendre et d’expliquer pourquoi ces cyclones se sont développés et pourquoi certains ont une tendance à s’enchaîner. Les données arrivent petit à petit, ce n’est qu’en comparant ces enchainements de cyclones à ceux des années à venir que l’on pourra déterminer s’ils sont causés par le changement climatique ou s’ils font partie du cycle naturel des cyclones.

 

Peut-on prévoir la trajectoire d’un cyclone et son intensité ?

L’intensité d’un cyclone reste très compliquée à prévoir. Sa trajectoire par contre, est plus facile à définir. Depuis une vingtaine d’années, les prévisions de trajectoires de cyclones tropicaux ont largement progressé, grâce aux modèles de prévision numérique. Aujourd’hui, la position d’un cyclone est prévue 24 heures à l’avance avec une erreur moyenne inférieure à 100 km.

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Source : Fanny Dollberg pour Reporterre