Le deep web, bientôt dernier espace de liberté sur internet ?

Le projet de loi sur le renseignement prévoit de surveiller les communications des internautes. Il pourrait ainsi les pousser vers la partie cachée de celui-ci, où tout est permis…

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Les étudiants de l’Institut européen de journalisme (IEJ Paris) ont réalisé une série d’articles autour de la loi sur le renseignement, dans le cadre de leur formation, en partenariat avec « l’Obs ». C’est le cas de celui-ci.

Ici du cannabis en vente ligne. Là de faux passeports. Plus loin, des armes automatiques ou un hacker qui loue ses prestations. Bienvenue sur la face cachée du web, ce qu’on appelle le « deep web ».

Bien loin des sentiers battus de l’internet, cette partie immergée de l’iceberg n’est pas indexée par les moteurs de recherche tels que Google ou Yahoo. Il s’agit d’un réseau parallèle auquel il est impossible d’accéder autrement que via des réseaux décentralisés comme Tor. L’anonymat y résonne comme un mantra pour ses utilisateurs.

Le deep web représente 90% du contenu total d'internet
Le deep web représente 90% du contenu total d’internet

La population qui fréquente ces terres est extrêmement variée. On y trouve aussi bien des activistes que des criminels, des curieux que des informaticiens. Ils viennent échanger des informations, des services ou des produits, en toute discrétion. Une sorte de Far West 2.0, où liberté et anarchie coexistent dans un cocktail explosif.

Or cette plateforme pourrait devenir prochainement le centre des pires cauchemars des autorités. Avec ses mesures de surveillance du net, le projet de loi sur le renseignement pourrait pousser toujours plus d’internautes à quitter la surface du web pour communiquer à l’abri des grandes oreilles étatiques. Direction les « darknets », des réseaux privés pour communiquer incognito.

Le deep web pourrait ainsi devenir l’eldorado des criminels en tout genre, qui souhaitent s’organiser secrètement, mais aussi d’internautes lambdas soucieux de préserver leur vie privée.

Surveillance impossible

Dans cet espace, la surveillance est quasi-impossible. Damien Bancal, expert en cybersécurité et responsable du site spécialisé Zataz, explique :

Ce sont des adresses qui sont impossibles à retrouver, à moins d’en connaître l’existence. Et même en sachant qu’elles existent, on ne peut y accéder sans connaître le mot de passe. »

Tel une hydre, la plupart des sites disposent de copies « miroir ». C’est le cas de Silk Road, vedette du marché noir du deep web, fermé par le FBI en 2013 puis réouvert quelques semaines après.

Pour l’instant, les terroristes n’utiliseraient que peu le darknet. « Ils ont besoin de communiquer à la masse, c’est pour cela qu’ils investissent d’abord les réseaux sociaux », affirme Damien Bancal. Mais face à une surveillance massive des réseaux internet classiques, la donne pourrait changer.

Eldorado pour les terroristes ?

« Le projet de loi poussera les activités de délinquance vers l’utilisation systématique du darknet », estime Philippe Aigrain, co-fondateur de la Quadrature du Net. « Il y aura une augmentation des usages du chiffrement et de l’anonymisation et ils seront impossibles à retrouver. »

Damien Bancal abonde :

La cybersurveillance ne changera rien. Les criminels ont appris depuis longtemps à se servir de l’informatique et des outils qui permettent de rester discret. »

Les conséquences pourraient donc être les mêmes qu’après la loi Hadopi, sur la lutte contre le téléchargement illégal : les pirates s’étaient alors réfugiés sur le deep web pour continuer à télécharger en toute discrétion. En 2010, les services français s’étaient ainsi fait remonter les bretelles par leurs homologues américains sur cette incitation à la discrétion, qui rend « plus difficile » la surveillance des terroristes qui se terrent.

 

Source : nouvelobs.com