L’entreprise belge New Fusion a implanté une puce… sur ses employés

Une puce sous-cutanée pour chaque employé pour entrer dans les locaux professionnels et allumer son ordinateur. C’est ce que vient de mettre en place l’entreprise belge New Fusion. Une initiative qui soulève de nombreuses controverses.

Depuis le 3 février 2017, l’entreprise belge New Fusion, spécialisée dans la technologie et le marketing digital, s’initie à l’implant sous cutané de puces RFID (Radio Frequency Identification) auprès de ses salariés. Huit d’entre eux ont fait l’objet de cette expérience sur la base, officiellement, du volontariat. La fonction de cette puce ? Ouvrir les portes de la société sans clé ni badge, ou encore d’allumer les ordinateurs sans mot de passe. C’est une technique de radio-identification qui mémorise et récupère des données. Elle contient un numéro d’identifiant : il est lu par un lecteur à distance via un signal radio, puis est relayé vers un ordinateur central.

L’implant de la puce a été effectuée… par un tatoueur !

Ce système n’est pas nouveau puisque dès 1998, le cybernéticien britannique Kevin Warwick s’était fait implanter une puce dans le bras pendant neuf jours. Elle transmettait un signal d’identification à l’ordinateur du bâtiment de l’université où il travaillait. Cela lui permettait d’ouvrir les portes, d’éteindre ou d’allumer les lumières sur son passage. Et en Suède par exemple, un complexe de bureaux high-tech à Stockholm donne cette possibilité d’identification depuis 2015 aux salariés des entreprises locataires pour passer les portillons de sécurité, utiliser les photocopieurs et même payer leurs consommations à la cafétéria. Mais c’est une première en Belgique. Fait étonnant pour une innovation, l’opération aurait été effectuée non pas par un médecin, mais par un tatoueur !

Au delà des éventuels risques infectieux, cette mesure a de quoi inquiéter. D’un point de vue sécurité informatique tout d’abord : les tenants et aboutissants de cette technologie implantable ne sont pas encore connus ni maîtrisés. En guise de démonstration, Mark Gasson, informaticien britannique, avait ainsi en 2010 inoculé un virus à son propre implant électronique sous la peau, afin de mettre en garde la communauté scientifique contre les dangers potentiels de ces puces.

Des questions liées au respect de la vie privée

Surtout cela soulève de nombreuses questions éthiques et juridiques, notamment sur la protection des données personnelles et l’intégrité physique. La loi belge du 8 décembre 1992 relative à la protection de la vie privée à l’égard des traitements de données à caractère personnel, dispose que cette protection peut être écartée notamment « lorsque la personne concernée a indubitablement donné son consentement« . Cela semble être le cas puisque selon le porte-parole de New Fusion, les employés sous implants ont tous donné leur accord.

Mais pour l’avocat et membre de la Ligue flamande des Droits de l’Homme, Raf Jespers *, cet argument ne tiendrait pas devant la Cour européenne des droits de l’Homme au nom de la protection de la vie privée (article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme) : « Une ingérence à ce droit n’est possible que si d’une part elle est prévue par une loi, ce qui n’est pas le cas en l’espèce. D’autre part, si elle s’avère nécessaire dans une société démocratique. Pour mesurer cette nécessité, il faut regarder si cette ingérence n’est pas disproportionnée par rapport au but recherché et donc la comparer avec les méthodes déjà existantes. Or, les badges classiques et smartphones permettent déjà d’identifier les employés et de récolter des données pour les entreprises. La RFID offre peu de bénéfices en comparaison de ses effets sur la vie privée et la protection des données personnelles. Elle aurait même plutôt tendance à accroître des risques sans avantage commensurable pour les performances ou la sécurité nationale. Et en tant qu’implant sous-cutané, c’est même l’intégrité physique qui est en cause ». Cette mesure pourrait donc facilement être considérée comme disproportionnée.

* Raf Jespers est par ailleurs l’auteur de « Souriez, vous êtes fichés, Big Brother en Europe » éditions Couleur livres, 2013, 224 pages.

Source : sciencesetavenir.fr