les 9 mensonges du FN pour appâter les gogos

Florian Philippot, le vice-président du Front national, était l’un des invités de « Salut les terriens » ce samedi soir sur Canal Plus. Face à lui, Edwy Plenel, mais également un expert en démographie, qui a réfuté une à une les thèses du FN sur l’immigration. Notre chroniqueur Thierry de Cabarrus raconte comment ses arguments ont mis Florian Philippot KO.

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Enfin. Je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire de soulagement (et aussi de satisfaction) en commençant ce billet sur la prestation ratée de Florian Philippot dans l’émission de Thierry Ardisson, « Salut les terriens » (vidéo partie 2).
Vous avez bien lu, prestation ra-tée !

Samedi soir, en effet, et à ma connaissance pour la première fois depuis qu’il nous est apparu voici quelques mois à la télévision, lisse, brillant, furtif (et d’autant plus dangereux), comme un missile lancé à l’assaut de nos faiblesses et de nos peurs par Marine Le Pen, le vice-président du Front national a enfin été mis KO sans la moindre contestation possible.

Face à Plenel, un match nul

Face à lui, il y avait certes l’ombrageux et malin Edwy Plenel, le patron du site d’investigation Médiapart, et l’on saura gré à l’animateur d’avoir réussi son casting, provoquant comme il fallait s’y attendre, quelques beaux échanges musclés capables de maintenir l’attention du téléspectateur grâce à une mise en scène intelligente et explosive.

C’est ainsi que Plenel a porté une ou deux attaques, violentes mais desquelles Philippot s’est sorti à chaque fois avec les honneurs, comme par exemple, quand le journaliste nous a expliqué que le FN n’avait « pas changé » et que « sous le capot », le moteur était le même, il y avait l’extrême-droite. Ce à quoi le politique lui a répondu avec un sens impressionnant de la répartie que « sous la moustache », le journaliste non plus n’avait pas changé, évoquant son sectarisme et son côté procureur.

Match nul, balle au centre. Edwy Plenel est certes un débatteur de qualité mais prévisible et face à Florian Philippot  qui manie la rhétorique comme personne, ce n’était pas gagné.

Donc, il fallait trouver un autre type de contradicteur pour parvenir à faire dévier de sa course et pousser à s’autodétruire Philippot le missile bleu marine lancé à l’assaut de nos intelligences et de nos cœurs. Ce fut fait et j’y reviendrai.

En juin dernier, la première manche

Ce n’était pas gagné d’avance d’autant que c’était la deuxième manche d’un combat commencé quelque six mois plus tôt à « Salut les terriens ». En juin dernier, en effet, le vice-président du Front national était parvenu, avec pour seules armes son sourire, ses mots, son physique avenant, à contrer les attaques particulièrement violentes de personnalités pourtant connues pour leur intelligence, leur finesse et leur peu de goût pour les thèses du FN.

Jugez plutôt, il y avait sur le plateau Jean-François Kahn, le journaliste fondateur de « Marianne » réputé pour sa verve, la réalisatrice et comédienne engagée Julie Delpy l’élue socialiste de Marseille Samia Ghali et l’humoriste Mathieu Madénian.

Tous paraissaient n’avoir qu’un seul but, dévorer tout cru du Philippot, sans pour autant avoir pris la précaution de se préparer pour un combat qui allait se révéler plus difficile que prévu.

Alors, ils avaient multiplié les erreurs et les attaques frontales ; ils s’étaient ligués en meute, mordant à belles dents Philippot qui avait eu beau jeu de jouer les victimes et finalement, s’en était assez bien tiré. Au point que j’en avais voulu personnellement à Thierry Ardisson de donner le sentiment au téléspectateur de servir ainsi la soupe au représentant du Front national.

Une arme de destruction massive

Car Florian Philippot est devenu en quelques mois l’arme de destruction massive du nouveau Front national. Marine Le Pen, qui l’a recruté pour son intelligence, sa culture et son côté bien propre sur lui destiné à charmer les téléspectatrices de plus de 50 ans (prêtes à entendre n’importe quelle horreur pourvu qu’elle soit proférée avec distinction), lui a donné une mission qu’il remplit avec un talent certain.

En tant que nouveau vice-président du FN, il écume les plateaux de télévision et les studios de radio avec un seul objectif, contribuer à la banalisation du parti par tous les moyens de sa rhétorique impeccable sans jamais rien céder sur les thèses d’extrême-droite qui sont, finalement et toujours, quoi que la fille en dise, le fond de commerce de la petite entreprise familiale des Le Pen.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça marche. Avec sa voix douce, son regard honnête et son côté bien propre sur lui, Florian Philippot est devenu ce que les animateurs de télé appellent avec une certaine irresponsabilité un « bon client », un bateleur de foire nouveau style, en cravate et joli costume, capable d’un sourire ou d’un bon mot de retourner une situation périlleuse ou d’inverser les rôles en devenant le « gentil » d’une saynette télévisuelle alors que sur le papier, il avait tout du « méchant » de la pièce mise en scène par les Ruquier, des De Caunes et autres Ardisson.

Face à Philippot, un expert démographe

Cette fois, pour la deuxième manche de ce match de catch, Thierry Ardisson avait décidé qu’il ne se ferait pas rouler dans la farine comme la fois précédente. Soucieux cependant d’assurer le spectacle et donc l’audience, le Roger Couderc du paf avait bel et bien organisé un combat entre à ma gauche, Edwy Plenel, le journaliste engagé à la moustache (et l’œil) qui frise quand il dégaine et à ma droite (ou plutôt à mon extrême-droite) Florian Philippot « le bourreau de Forbach« .

Il y a eu du sang mais pas de mort. Heureusement, il y avait « un match dans le match » et c’est de celui-ci que le représentant du Front national est sorti perdant. Car Ardisson avait eu la bonne idée d’inviter François Gemenne, un spécialiste incontesté de l’immigration.

Aussitôt, le vice-président du FN s’est retrouvé en difficulté, quand l’expert en flux migratoires, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) et à l’Université de Liège (FNRS/CEDEM), professeur à Sciences-Po Grenoble et Bruxelles, a opposé les vrais chiffres de l’immigration aux insinuations et aux mensonges du FN.

Les 9 mensonges du FN enfin révélés

1. Les immigrés « nous envahissent » ? Faux, ils sont nécessaires à notre démographie et juste en nombre suffisant. Ils étaient 267.000 en 2011 pour 200.000 Français qui quittent notre territoire chaque année.

2. Les immigrés n’ont « jamais été aussi nombreux » ? Faux, ils étaient 7% de la population en 1981, ils ne sont plus que 6% aujourd’hui.

3. Les expulsions « ont ralenti » sous François Hollande ? Faux, il y a eu 38.000 reconduites à la frontière en 2012 avec Manuel Valls et 8000 chaque année seulement sous François Mitterrand.

4. Les immigrés « servent le grand patronat » ? Faux, les immigrés économiques ne représentent que 10% de l’ensemble et ne pèsent pas sur les salaires.

5. Les « salaires baissent » à cause des immigrés ? Faux, ils augmentent de +0,27% grâce à eux.

6. La prochaine immigration sera « asiatique » ? Faux, d’une part parce que les frontières de ces pays sont fermées au Nord et au Sud, d’autre part parce que les Asiatiques n’ont pas les moyens d’immigrer.

7. La France « championne d’Europe » de l’immigration légale ? Faux, le Royaume-Uni a accueilli en 2011 550.000 immigrés, l’Allemagne 500.000, l’Italie 385.000 et la France, 267.000.

8. Les immigrés « prennent le travail des Français » ? Faux, 60.000 sont des étudiants, 90.000 sont des épouses ou des enfants qui viennent dans le cadre du regroupement familial, 20.000 sont des réfugiés humanitaires et 20.000 des réfugiés économiques.

9. Peut-on ramener le nombre des immigrés de 200.000 à 10.000 comme le prétend le FN ? Impossible, il faudrait que la France sorte de l’Europe et rompe tous les accords internationaux. Dans ce cas, la France serait tellement isolée que les Français non plus ne pourraient plus émigrer.

 

Une démonstration implacable, face à laquelle la rhétorique de Florian Philippot n’a rien pu faire.

Source : Le Nouvel Observateur