L’Internet quantique sera chinois

Avec la transmission quantique d’une information sur 1203 kilomètres précisément, l’Empire du milieu ouvre la voie aux communications ultrasécurisées du futur.

L’Internet quantique

La Chine vient de réussir un exploit technologique que l’Europe et les États-Unis tentent d’accomplir depuis longtemps : la transmission quantique de l’information sur une grande distance, soit 1203 km, quand le précédent record n’était que de 100 km ! Cette réalisation ouvre la voie à un des défis des prochaines décennies : transmettre de l’information de manière inviolable. Et ce, grâce aux lois de la physique quantique qui s’applique à l’infiniment petit. Le travail de Jianwei Pan, de l’université de Sciences et Technologies de Chine, a suscité beaucoup d’enthousiasme : il va permettre  » le développement futur de l’Internet quantique « , a souligné dans la revue Science Anton Zeilinger, physicien de l’université de Vienne (Autriche), un des pionniers du domaine.

TRANSMISSION. Pour comprendre, il faut rappeler que l’intrication quantique est un étrange phénomène imaginé par Albert Einstein et ses collaborateurs Boris Podolsky et Nathan Rosen : deux particules émises simultanément se comportent par la suite comme un système unique. De ce fait, elles conservent des propriétés quantiques corrélées. Ainsi, une mesure effectuée sur l’une permet de déduire l’état de l’autre, même si elle se trouve à des milliards de kilomètres. Toute interception du message – par exemple, un détournement de ces particules – change la mesure et devient visible. Une paire de photons intriqués constitue toutefois un objet très fragile : à la moindre perturbation, elle perd son caractère quantique. D’où la nécessité, normalement, de la maintenir dans l’intimité très contrôlée des laboratoires ou au sein de fibres optiques.

Mais l’équipe chinoise a réussi son tour de force… dans l’atmosphère. Le satellite Micius, lancé en août 2016, passe chaque nuit pendant cinq minutes au-dessus de la Chine. Le jour, les photons du Soleil perturberaient le signal. À bord, un système de laser et de cristal envoie six millions de paires de photons intriqués par seconde. Après la traversée de l’atmosphère et de ses turbulences, seule une paire parvient au sol, un photon au récepteur de Delingha, l’autre à Lijiang, distants de 1203 km. Et comme prévu par la théorie, une mesure sur l’un a permis de connaître l’état de l’autre. C’est donc bien une transmission quantique sur cette distance qui a été réalisée.

Restent quelques étapes supplémentaires

Pour établir l’Internet rapide et infalsifiable, il faudra cependant franchir quelques étapes supplémentaires. D’abord, celle de la téléportation quantique de l’information. L’astuce est de conserver un des deux photons intriqués à bord du satellite tandis que l’autre atteint le sol. Il suffit alors qu’un troisième photon se trouve intriqué avec celui au sol pour que ses propriétés quantiques apparaissent simultanément sur le photon à bord du satellite. Puis, comme le message est crypté, il faut aussi une « clé » unique qui permette de traduire le message reçu par chaque utilisateur. L’équipe chinoise s’y est déjà attelée et devrait annoncer ses résultats très prochainement.

Source : sciencesetavenir.fr