Moi enseignante, je voterai Macron pour défendre l’école publique

Plus de projet d’établissement, plus d’enseignement des langues et des cultures d’origine… Place à l’autorité et à l’uniforme! Bienvenue dans la nouvelle école de la « France aux Français » de Marine Le Pen.

Après le Parlement européen, la présidente du Front National s’en prend à l’éducation, aux « folies pédagogiques », aux « dogmes » selon lesquels « l’élève créerait son savoir ». Sans surprise, le collectif Racine veut d’ailleurs « instaurer le cours magistral à tous les niveaux », dévitalisant ainsi l’enseignement de toute créativité. Plus de projet d’établissement, plus d’enseignement des langues et des cultures d’origine… Place à l’autorité et à l’uniforme! Bienvenue dans la nouvelle école de la « France aux Français » du XXIème siècle.

Le 04 avril 2017, à Montrouge, le ton est donné! « Vers le Haut », mouvement réunissant à la fois des syndicats, la fondation catholique reconnue d’utilité publique des Apprentis d’Auteuil, l’Union Nationale des Associations Familiales, l’Institut Télémaque ou encore la Fédération « Entreprendre pour Apprendre », ont organisé les « Etat généraux » de l’Education Nationale.

Marine Le Pen pouvait-elle se permettre le luxe de ne pas venir écouter les différentes parties prenantes de l’Education?

Tous les candidats à l’élection présidentielle avaient été sollicités préalablement. Tous ont répondu présents à l’appel et se sont fait représenter. Enfin presque tous sauf deux: le Front National et Debout la France. Coïncidence d’autant plus étrange à postériori.

Ainsi, le père de Florian Philippot, membre actif du parti extrémiste, à la tête de Racine, collectif d’enseignants du public et du privé, n’a même pas daigné répondre à cet appel. Quant à Alexis Villepelet, directeur de projet pour la campagne de Nicolas Dupont-Aignan, pourtant annoncé, ne s’est même pas présenté.

Franchement, Marine Le Pen pouvait-elle se permettre le luxe de ne pas venir écouter les différentes parties prenantes de l’Education?

Emmanuel Macron a choisi de lutter contre les inégalités sociales en redonnant les mêmes chances à tous les élèves.

Il est permis d’en douter à l’analyse des propositions de ce parti d’extrême droite sur les questions d’Éducation et de Culture, très préoccupantes à la fois pour les enseignants, les élèves, les parents, les entreprises et plus globalement pour le monde associatif.

« Une École plus juste? »

Le candidat d’En Marche, Emmanuel Macron a choisi de lutter contre les inégalités sociales en redonnant les mêmes chances à tous les élèves, avec notamment plus de moyens financiers et humains en crèche, en maternelle et en primaire, plus particulièrement dans les Réseaux en Éducation Prioritaire (REP et REP +).

La candidate du Front National a choisi de « mettre le voile » sur les zones d’éducation prioritaire.

La candidate du Front National a choisi bien au contraire de « mettre le voile » sur les zones d’éducation prioritaire. Pas de moyens supplémentaires, pas de réduction des effectifs par classe… RIEN.

D’ailleurs, d’autres mesures de son programme relèvent de la même obsession conservatrice. Le Front National souhaite en effet assurer la transmission des connaissances en consacrant la moitié du temps d’enseignement au français, à l’écrit comme à l’oral tout en supprimant « l’enseignement des langues et cultures d’origine » (ELCO). Des études démontrent pourtant les bienfaits de l’apprentissage des langues dès la primaire, en ce qu’il permet de développer la mémoire et l’intelligence multiple.

Côté université, Marine Le Pen souhaite défendre la langue française en abrogeant les dispositions de la loi Fioraso qui permettent de restreindre l’enseignement en français dans les universités. Encore une mesure au titre de l’intérêt partisan et non de l’intérêt général, sachant que cette mesure a joué un rôle non négligeable dans l’attrait d’étudiants chinois dans nos facultés?! Toujours fidèle à son principe de priorité nationale? Priorité nationale, pourtant inapplicable d’un point de vue constitutionnel.

Aux antipodes de ce projet, Emmanuel Macron a rappelé, lors de son meeting du 1er mai, qu’il souhaitait « rassembler » les Français et que « la confession musulmane n’était pas un ennemi ». Aussi a t-il ajouté « l’émancipation repose sur l’école, elle doit en effet passer dans le travail, par le travail ». L’heure n’est plus à la séparation mais au rassemblement. Faute de quoi, cela risquerait de conduire notre pays dans une véritable guerre civile.

Il est grand temps de réaliser à quel point les Français parlant arabe, ou désireux de l’apprendre, constituent une valeur ajoutée pour notre pays.

Au collège, Emmanuel Macron souhaite rétablir les classes bilangues en 6e, ainsi que les sections européennes, et instituer un « véritable enseignement du grec et du latin ». Tous les Français ne devraient-ils pas être bilingues? A l’heure de la mondialisation, cela favoriserait une meilleure intégration dans le monde du travail. De plus, les langues régionales comme le basque ou le breton ne font-elles pas également partie de notre culture française?! Marine Le Pen est nationaliste certes mais pas régionaliste. C’est bien elle finalement qui semble oublier un pan essentiel de notre culture française.

Il est grand temps de réaliser à quel point les Français parlant arabe, ou désireux de l’apprendre, constituent une valeur ajoutée pour notre pays. Enseigné comme deuxième ou troisième langue, l’arabe pourrait constituer un atout économique et commercial majeur. Mais d’où peut bien venir le tropisme de Marine Le Pen sur l’enseignement de la langue arabe?

« Garantir la liberté de scolariser ses enfants dans les écoles privées hors contrat », voilà un autre point dangereux de son programme. Madame Le Pen s’en prend indirectement à l’école publique, gage des valeurs de notre République. Comment va t-elle réellement les contrôler? Cette mesure ne risque t-elle pas de favoriser la création d’écoles fondamentalistes contraire à notre démocratie et aux valeurs de notre école publique? Cela n’est-il pas équivoque quant à ses positions sur l’Islam?

Dimanche 7 mai 2017, je voterai une nouvelle fois pour Emmanuel Macron comme l’ensemble de ma famille enseignante.

A la différence de celui de Marine Le Pen, le projet d’Emmanuel Macron sur l’école au XXIème siècle ne va pas à l’encontre de notre démocratie. Il est ambitieux et à la hauteur pour relever les défis d’aujourd’hui et de demain. Son diagnostic s’est appuyé sur des experts sur le terrain et sur les études de l’OCDE et de PISA. La réforme de l’Education doit se faire par le « bas » et non par le « haut ». Son programme prévoit de redonner plus de confiance parmi les différentes parties prenantes, plus d’autonomie, plus de liberté pédagogique aux enseignants.

Dimanche 7 mai 2017, je voterai une nouvelle fois pour Emmanuel Macron comme l’ensemble de ma famille enseignante. Les idées de l’extrême droite sont pour moi incompatibles avec les valeurs éducatives et professionnelles que je défends.

« L’extrême droite au pouvoir, c’est l’interdiction des associations qui ne leur plaisent pas, la réorganisation des bibliothèques municipales afin d’y retirer les livres qui ne leur plaisent pas, la mise au pas graduelle de la presse » écrivait récemment Eric Rochant, réalisateur et scénariste (le bureau des légendes).

Le vote blanc n’est pas une solution non plus. Se taire, c’est favoriser l’ascension de ce parti extrémiste au pouvoir.

Source : huffingtonpost.fr