Nucléaire : 12 réacteurs à l’arrêt pour une anomalie de l’acier

L’Autorité de sûreté nucléaire vient d’exiger l’arrêt de 5 réacteurs nucléaires d’EDF pour effectuer des tests. Sept autres n’ont pas reçu l’autorisation de redémarrer. En cause : des anomalies dans l’acier enveloppant les générateurs de vapeur.

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L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a exigé, mardi 18 octobre, l’arrêt sous trois mois de cinq réacteurs nucléaires d’EDF pour mener des tests sur les fonds primaires, ces pièces hémisphériques qui « culottent » les générateurs de vapeur (voir image). Ils rejoignent 6 autres réacteurs déjà stoppés depuis plusieurs semaines, tous pour la même  raison : une anomalie sur l’acier utilisé pour réaliser ces pièces.  Si l’on compte la centrale Fessenheim 2, confrontée à des déboires sur une autre pièce enveloppante de son générateur – et qui fera l’objet d’un examen à part – ce sont au total 12 réacteurs du parc national d’EDF qui sont donc contraints à stopper en raison d’un problème de métal. Les tests exigés par l’ASN ne devraient prendre que quelques semaines à être réalisés selon EDF : il s’agit, via une spectrométrie d’étincelage (on provoque une étincelle sur la surface de la pièce et on analyse les gaz) de mesurer la teneur en carbone de leur acier. Mais seule l’ASN a le pouvoir d’autoriser ou non ces réacteurs à redémarrer, cet avis ne devant pas intervenir avant plusieurs mois.

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Un  générateur de vapeur est un échangeur thermique qui permet de refroidir le circuit primaire qui est porté à haute température (320 °C) dans le cœur du réacteur. Le fond primaire est un composant en acier qui a la forme d’une portion de sphère située à la base du générateur de vapeur. Il permet de confiner l’eau du circuit primaire.

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La question de la qualité de l’acier employé pour forger les pièces des réacteurs nucléaires tenaille l’ASN et EDF depuis la découverte, fin 2014, d’une anomalie sur la cuve de l’EPR, en construction à Flamanville (Manche) et dont le matériau a révélé une trop forte concentration en carbone. « Le risque est que cet acier résiste moins bien à des chocs thermiques, explique Rémy Catteau, directeur des équipements sous pression nucléaires à l’Autorité de sûreté nucléaire. Mais aussi à des séismes. L’enquête lancée en 2015 sur l’usine Creusot Forge d’Areva qui a fabriqué ces pièces a révélé au total 87 anomalies, dont la plus sérieuse concerne justement le réacteur 2 de Fessenheim, en Alsace . La virole basse de son générateur de vapeur, une pièce de 4m de haut, a été fabriquée avec un acier trop concentré en carbone et potentiellement saturé d’impuretés. Le réacteur, qui était à l’arrêt pour une opération de maintenance en juin, a vu son certificat d’épreuve suspendu et n’a pas été autorisé à redémarrer.  Avec sa nouvelle décision prise mardi 18 octobre, l’ASN exige désormais l’arrêt du réacteur 1 de la centrale, qui devrait par ailleurs être la première en France à fermer, selon le gouvernement.

Un acier plus concentré en carbone que celui de la cuve de l’EPR

Parallèlement à l’audit du Creusot, l’ASN a en effet demandé à EDF de vérifier par elle même si d’autres pièces étaient susceptibles de présenter le même problème. L’énergéticien a donc commencé à ausculter ses matériaux, ses cuves, couvercles ou générateurs de vapeur et à rouvrir leurs dossiers de fabrication ou d’essais. Résultat : Six fonds primaires de générateur de vapeur fabriqués par Creusot ont révélé une concentration trop forte en carbone (0,30% comme la cuve de l’EPR). Mais, pour ces pièces, EDF a réussi à convaincre l’ASN et son  l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) à autoriser les réacteurs concernés à redémarrer en fournissant des justificatifs et des tests complémentaires. Mais dans 12 autres réacteurs, 26 fonds primaires de générateur de vapeur fabriqués cette fois par l’usine de forge nipponne Japan Casting and Forging Corporation  il y a 20 ans sont également suspects et font donc toujours l’objet d’enquêtes complémentaires. EDF a déjà fini ses essais par spectrométrie d’étincelage sur quatre d’entre eux, en teste actuellement trois autres et prévoyait d’ausculter les cinq derniers à l’occasion des prochaines opérations de maintenance nécessitant l’arrêt des réacteurs. Malheureusement, les premiers résultats déjà obtenus sont si mauvais que l’ASN leur a demandé d’accélérer le processus et d’en finir d’ici à trois mois. En effet, trois des fonds primaires testés se sont révélés fabriqués avec un acier contenant 0,40% de carbone, soit une teneur plus élevée encore que celle de l’EPR (0,30%).  « On ne connait pas les propriétés mécaniques du matériau avec lequel ces fonds primaires ont été forgés, poursuit Rémy Catteau de l’ASN. Il faut notamment tester leur résistance à la traction et à la propagation d’une fissure. » EDF a déjà commencé ces essais – destructifs – sur des échantillons fabriqués avec un acier de qualité comparable. Pour l’énergéticien, pas de problème, la sûreté est maitrisée. C’est justement ce que l’ASN veut scrupuleusement vérifier.

Les réacteurs à l’arrêt : Centrale nucléaire de Fessenheim, réacteur 2. Centrale nucléaire du Tricastin, réacteurs 1 et 3. Centrale nucléaire du Bugey, réacteur 4. Centrale nucléaire de Dampierre, réacteur 3. Centrale nucléaire de Gravelines, réacteur 2. Centrale nucléaire de Civaux, réacteur 2
Les réacteurs qui vont devoir stopper : Centrale nucléaire de Civaux, réacteur 1 . Centrale nucléaire de Fessenheim, réacteur 1 .Centrale nucléaire de Gravelines, réacteur 4. Centrale nucléaire du Tricastin, réacteurs 2 et 4.

Source : sciencesetavenir.fr