« On l’a bien niqué » : quand Sarkozy se lâche sur l’affaire des costumes de Fillon

Un portrait de Robert Bourgi, l’homme qui a offert les costumes controversés, révèle la jubilation de l’ex-chef de l’État devant les affaires qui ont plombé son ancien Premier ministre.

Sarkozy se lâche sur l’affaire des costumes
Ah la politique ! Ses grandes figures, ses discours historiques… et ses coups en dessous de la ceinture. Rappelez-vous : on est en mars 2017 et François Fillon commence à peine à sortir la tête de l’eau après le tsunami du Penelope Gate, ce scandale lié à des soupçons d’emplois fictifs d’à peu près tous les membres de sa famille. Le candidat à l’élection présidentielle rêve plus que jamais de prendre les rênes du pays, il commence à voir le bout. Et paf, une autre affaire lui tombe dessus : il a accepté pour 48 500 euros de costumes Arnys de la part de Robert Bourgi, un avocat sulfureux souvent considéré comme le « monsieur Françafrique » des précédents gouvernements. Le genre de type qui un jour peut vous faire profiter de son réseau monstrueux, et l’autre signer votre arrêt de mort d’un simple coup de téléphone. Fillon a depuis rendu les costumes, trop tard.

Dans son édition sortie le mercredi 21 juin, Vanity Fair livre un portrait de cet homme de l’ombre qui a bien failli faire tomber Jacques Chirac et Dominique de Villepin en dévoilant les circuits empruntés par de l’argent venu d’Afrique qui aurait servi à financer leurs campagnes. Un portrait dans lequel Robert Bourgi se lâche sur la classe politique et dévoile les coulisses de l’affaire des costumes. Il raconte ainsi comment, alors qu’il était très proche de Nicolas Sarkozy, il a fini par miser sur l’étalon Fillon, en mettant ses réseaux à sa disposition.

Le moment clef de l’affaire s’est noué en décembre 2014 : Fillon a un gros coup de blues, sa mère va mal. Bourgi décide alors de lui faire un « petit » cadeau pour lui remonter le moral et l’emmène chez Arnys au volant de sa Maserati. Bilan, Fillon s’en sort avec un premier costume à 5 180 euros. Sauf qu’à cette époque monsieur est député, et que les députés sont tenus de déclarer au déontologue de l’Assemblée nationale tout cadeau valant plus de 150 euros. Cette fois-ci, comme par la suite, il ne déclarera rien.

« J’ai appuyé sur la gâchette »

Deux ans plus tard, au lendemain de sa victoire à la primaire de la droite et du centre, Bourgi présente à sa manière ses félicitations au candidat des Républicains fraîchement élu : « Vous avez reçu en cadeau deux costumes », annonce ainsi la maison Arnys à François Fillon. Sauf que cette fois, contre son habitude, Robert Bourgi a payé en chèque. Il laisse volontairement une trace indélébile sur ce nouveau cadeau (illégal) de 13 000 euros. Une balle glissée dans son revolver.

Une balle qu’il n’hésite pas à tirer quand Fillon décide de prendre ses distances avec ce « type dangereux », comme l’alerte son entourage. « J’ai appuyé sur la gâchette », confie Robert Bourgi à Vanity Fair. La « gâchette », c’est une interview donnée au JDD, où il livre dans le détail toute l’affaire des costumes. Dans le clan Fillon, c’est la panique : « Est-ce qu’il y a quelqu’un qui t’a offert des costumes ? Un mec un peu bizarre paraît-il », s’alarme la conseillère en com’ du candidat, Anne Méaux. Après avoir géré tant bien que mal le Penelope Gate, elle doit à nouveau répondre aux coups de boutoir de la presse.

Bourgi, resté jusqu’alors à l’abri des caméras, sort de l’ombre lorsque Fillon le traite « d’homme âgé qui n’a plus aucune espèce de responsabilité ». Ça ne passe pas, l’homme d’affaires se lance alors dans une campagne de démolition massive et sillonne les plateaux télé et radio en racontant à qui veut l’entendre comment il a couvert Fillon de luxueux cadeaux. Nous sommes à quelques jours du premier tour de la présidentielle : le candidat ne s’en relèvera pas.

Robert Bourgi raconte à Vanity Fair une conversation qui s’est déroulée lors d’un déjeuner avec Nicolas Sarkozy, son ami de toujours, un « bandit comme [il] l’aime ». L’ex-président pète la forme, il vient de voir celui qu’il a toujours considéré comme un « sans couilles », un « loser », un « pauvre type », perdre l’élection imperdable. Ils mangent bien, tout en commentant l’actu chargée. À la fin, Sarkozy balance : « T’as vu Robert : on l’a bien niqué. »

Source : konbini