Orange, FDJ, ADP… Ces bijoux de famille que veut céder Macron

Bruno Le Maire a promis des cessions d’actifs publics « dans quelques semaines ». Le groupe Aéroport de Paris, Orange et la Française des Jeux pourraient être les premiers visés.

francaise-des-jeux-fdj-a-augmente-ses-ventes-de-5-4 Les banquiers d’affaires se préparaient à interrompre d’un moment à l’autre leurs vacances, pour lancer les cessions d’actifs de l’Etat au cœur de l’été. Ce sera finalement pour la rentrée. Samedi 2 septembre,Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, a expliqué, depuis les bords du lac de Côme où il participait à un forum économique :  » Je vais annoncer dans quelques semaines que nous allons privatiser certaines entreprises pour avoir de l’argent afin de financer l’innovation.  »

Petit couac : le terme de privatisation, trop restrictif, a dû être rapidement corrigé, y compris par le premier ministre, Edouard Philippe. Il s’agira bien de cessions de participations de l’Etat, y compris lorsque ce dernier ne dispose que d’une position minoritaire. En clair, seraient potentiellement concernés aussi bien le groupe Aéroport de Paris (ADP), détenu à 50,63% par l’Etat qu’Orange, dont l’Etat et BPIFrance ne possèdent  » que  » 23%.

 » Si Bruno Le Maire a souhaité parler de privatisation, c’est parce qu’il se trouvait en Italie, où la récente nationalisation du chantier naval STX continue de faire des vagues, rattrape l’entourage du ministre. Il s’agissait de montrer que l’économie française reste bel et bien ouverte.  » Le groupe ADP et Orange figurent effectivement parmi les premières entreprises potentiellement concernées par les manœuvres qui s’engagent. Dès juillet, devant les rumeurs de privatisations, la Caisse des dépôts a même marqué son intérêt pour une reprise d’une partie des actions ADP.

Vif débat au sujet de la FDJ

Du côté d’Orange, c’est Stéphane Richard, lui-même, PDG du groupe, qui insiste pour une sortie de ses actionnaires étatiques… encombrants. En campagne pour décrocher un troisième mandat à la tête de l’opérateur l’an prochain, l’ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde a Bercy a peu apprécié l’attitude récente des administrateurs venus du public. Lorsque son grand projet, la création d’Orange Bank, est arrivé en conseil d’administration, les représentants de la puissance publique se sont abstenus. Motif : ne pas mécontenter les banquiers de la place parisienne en permettant la naissance d’un nouveau concurrent…

Autre cession régulièrement envisagée : celle d’une partie du capital de la Française des Jeux. L’ancien secrétaire d’Etat au Budget a contribué a consolidé cette hypothèse en révélant, sur son blog le 7 juillet, qu’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie, avait poussé il y a deux ans à la vente de la Française des Jeux (FDJ). Contre l’avis d’Eckert puisque, comme il le précise :  » Vendre la FDJ rapporterait une seule fois une recette exceptionnelle de quelques centaines de millions, mais priverait l’État de sa capacité à imposer toutes les règles de prévention à l’addiction, de lutte contre le blanchiment, d’interdiction de jeu pour les mineurs …  » Le débat pourrait donc rester vif sur ce sujet.

Enfin, une cession des titres Thales, dont l’Etat détient 26%, serait particulièrement intéressante d’un point de vue financier : le titre a triplé en cinq ans. Mais pour prendre ses bénéfices, l’Etat devra accepter de passer sous le niveau de participation de Dassault.

Pas question de boucler les fins de mois de l’Etat

La déclaration de Bruno Le Maire en Italie confirme un point : il ne sera pas question d’utiliser ces futures rentrées d’argent pour boucler les fins de mois de l’Etat. La crainte d’une telle vente des bijoux de famille avait surgit dès l’annonce des difficultés budgétaires rencontrées par le gouvernement, peu après sa formation en mai. Depuis, le premier minsitre et le président de la République ont tranché : les cessions abonderont un fonds destinées à l’innovation, conformément à une promesse électorale du candidat Emmanuel Macron. Ce véhicule financier devrait se monter à 10 milliards d’euros – sans que l’on sache encore si la somme proviendra uniquement de ventes de participations ou s’appuiera également sur les dividendes empochés par l’Etat actionnaire.

Dans tous les cas de figures, le portefeuille de l’Etat promet d’être profondément modifié dans les prochaines semaines. Et tant pis si la Bourse est moins vaillante qu’avant l’été…. Car au-delà de l’intérêt financier, Emmanuel Macron souhaite à cette occasion remettre de l’ordre dans les participations publiques. L’Agence des participations de l’Etat (APE), dirigé par Martin Vial, avait commencé à plancher à la rédaction d’une nouvelle doctrine, dans la foulée d’un sévère rapport de la Cour des comptes, publié en janvier. Ce dernier dénonçait un manque de lisibilité et de clair partage des rôles entre l’APE, BPIFrance et la Caisse des dépôts. L’un des rédacteurs du dossier, Marc Schwartz avait peu de temps après rejoint les équipes de campagne d’Emmanuel Macron, auprès duquel il a pu laisser infuser ses idées.

Source : Challenges