Paul François, le céréalier charentais, terrasse Monsanto

La cour d’appel de Lyon a confirmé la responsabilité de Monsanto dans l’intoxication aux pesticides de Paul François, céréalier de Bernac. C’est une première en France.

Paul François, le céréalier charentais, terrasse Monsanto

Il a gagné. Huit ans de combat. « De souffrance et de pression. » Mais hier, la cour d’appel de Lyon a remis tout le monde à sa place: oui, Paul François, le petit gars de Bernac, céréalier du Ruffécois, est une victime. Et oui, Monsanto, le géant américain de l’agrochimie, producteur du Lasso et du Roundup notamment, est responsable.

Responsable de l’intoxication de Paul François, de ses pertes de connaissance, de ses crachats de sang, de ses troubles de la mémoire, de la parole, de l’équilibre. La cour d’appel a dit ce que le TGI de Lyon avait déjà dit.

Fin du combat? Paul François n’y croit pas: « Vu leur comportement depuis huit ans, je pense qu’ils vont aller en cassation. Ils vont faire durer le plaisir car vu ce qu’ils m’ont fait endurer, ça a l’air d’être un plaisir pour eux de faire souffrir et de mettre la pression sur un petit citoyen comme moi. »

Paul François, épuisé par les procédures, les larmes aux yeux, dit: « Je suis content car on a montré, aussi, qu’on pouvait avoir confiance en la justice française. Que de grandes firmes aussi puissantes soient-elles ne pouvaient pas l’influencer, contrairement à ce qu’on me laissait entendre. »

Pour Marie-Monique Robin, auteur du film « Le Monde selon Monsanto », du livre-enquête « Notre poison quotidien », cette décision est « historique »: « C’est la première fois qu’un agriculteur fait condamner Monsanto. »

Le petit citoyen a gagné et c’est l’agrochimie triomphante qui est dans le viseur. Prochaine étape, outre la cassation: une procédure judiciaire pour faire évaluer le préjudice subi par Paul François. Un préjudice physique, moral, économique. « Car même si la société décide de se pourvoir en cassation pour contester sa condamnation, ça n’empêche pas le tribunal de se prononcer sur une indemnisation J’espère un résultat dans l’année« , a indiqué François Lafforgue, l’avocat de Paul François.

« Ce combat me dépasse »

La cour d’appel de Lyon a confirmé tous les attendus du premier jugement et reconnu la responsabilité pleine et entière de Monsanto dans l’intoxication de Paul François (lire ci-dessous). Désormais, les portes des tribunaux s’ouvrent pour toutes les victimes silencieuses des pesticides.

C’est le rêve, le sens de la lutte de l’agriculteur charentais, Petit Chose qui a fait trébucher l’ogre cynique. « Ce combat n’est pas que le mien. Il me dépasse désormais », reconnaît Paul François, prenant comme dernier baromètre le flot incessant d’appels reçus hier. « ça dépasse les frontières », dit-il avec le vertige. « Son parcours est emblématique », renchérit Marie-Monique Robin.

Emblématique au point de devenir un étendard. « Je voudrais vraiment que cette décision permette aux agriculteurs et j’ai été un agriculteur conventionnel qui utilise la chimie de sortir de l’omerta. » Il le répète, pour lui, ses collègues: « Les agriclulteurs doivent cesser de ce sentir
stigmatisés. Il n’y a pas de honte à avoir utilisé la chimie. Elle était là, elle s’offrait à nous, on l’utilisait. Ils ont été trahis, ils sont les premières victimes. »

Il a montré la voie, montré que c’était possible. « Le cabinet de mon avocat a au moins 30 dossiers en cours », décrit Paul François qui, pour structurer les actions et épauler les victimes, a créé l’association « Phyto’Victim ».

Monsanto : les produits à boycotter

« Il faudrait des class actions »

Marie-Monique Robin, experte du fonctionnement Monsanto, veut croire que cette victoire sur le terrain judiciaire permettra aux agriculteurs français de relever la tête, de ferrailler avec les firmes de la chimie. « Cette décision va faire jurisprudence. Mais le plus dur, c’est de sortir de l’anonymat pour se battre », souligne-elle. Elle se rappelle: « Quand j’ai rencontré Paul François pour la première fois, en 2007, il était seul, démoralisé. »

Elle croise les doigts pour une révolution culturelle dans le monde agricole, un éveil des consciences, une fin de la terreur chez les victimes. « J’espère que ça va donner à d’autres le courage de s’organiser et de lancer des procédures. » Elle plaide pour une évolution législative en France. « Il faudrait un outil comme les class actions (actions groupées, N.D.L.R.) qui permettent à plusieurs agriculteurs victimes de se fédérer et d’attaquer ensemble. Corinne Lepage avait tenté d’oeuvrer dans ce sens. ça permettrait aux victimes d’être plus fortes », explique-t-elle. Aux États-Unis, Monsanto a dû faire face à plusieurs procédures de ce genre.

Pour le céréalier de Bernac, en cours de conversion bio, il est temps de prendre l’air. « Je suis très fatigué, mais ça valait le coup. Je vais partir en vacances en famille d’ici 48 heures. J’ai besoin de repos. »

Source : charentelibre.fr