Pékin et New Delhi sont à deux doigts de l’affrontement armé

La Chine et l’Inde sont engagées dans un conflit de basse intensité depuis juin. Cette semaine, la tension est montée d’un cran avec un accrochage dans le Ladakh

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Le conflit a débuté mi-juin avec l’arrivée d’une troupe de militaires chinois sur le plateau de Doklam, une région reculée située aux confins du Bhoutan et de la Chine que les deux pays se disputent. Ils y étaient venus pour construire une route. L’armée indienne a aussitôt été déployée. «Le Bhoutan et l’Inde possèdent un accord de coopération militaire selon lequel New Delhi s’engage à défendre son voisin contre toute intrusion étrangère», souligne Rajeev Ranjan Chaturvedy, un chercheur de l’Université de Singapour.

Insultes et jets de pierres

Depuis, les soldats des deux puissances, qui se partagent encore 3500 kilomètres de frontière disputée le long de l’Himalaya, se regardent en chiens de faïence sur ce minuscule territoire et leurs gouvernements multiplient les déclarations incendiaires. Mardi, le conflit a gagné en intensité lorsqu’un escadron chinois a effectué une incursion au Ladakh, une autre zone que Pékin et New Delhi se disputent, près du lac de Pangong. Les militaires ont échangé des insultes et des jets de pierres durant une trentaine de minutes, avant de battre en retraite.

Ce genre d’altercation est extrêmement rare. Outre une brève guerre remportée par les Chinois en 1962, la frontière entre les deux pays a largement été épargnée par les accrochages depuis. «En 2012, Pékin et New Delhi ont établi un mécanisme de résolution des conflits qui les oblige à mener des consultations avant de procéder à toute modification du statu quo, indique Rajeev Ranjan Chaturvedy. En intervenant au Doklam, la Chine a violé cet accord.»

L’Inde vole au secours du Bhoutan

Si l’Inde a décidé de voler au secours du Bhoutan, c’est notamment parce que le plateau himalayen se trouve à proximité immédiate du «cou du poulet», un étroit corridor de moins de 27 kilomètres de large qui relie le sous-continent à ses huit Etats du nord-est, coincés entre le Bangladesh, la Birmanie et la Chine. «New Delhi craint en outre que cette présence militaire chinoise sur une zone disputée ne crée un précédent que Pékin pourrait exploiter pour s’emparer d’autres territoires contestés, situés cette fois le long de la frontière avec l’Inde», relève Rajeev Ranjan Chaturvedy.

La Chine y voit de son côté une façon d’affirmer sa puissance militaire sans prendre de risques indus. «Pékin sait que cette intervention dans une région reculée et inhabitée ne va pas se transformer en crise internationale et susciter l’ire des Etats-Unis, note Yvonne Chiu, une politologue de l’Université de Hongkong. Pour l’armée, il s’agit d’une façon de montrer au président Xi Jinping qu’elle est loyale et attachée à défendre les intérêts du pays en amont du grand congrès du parti communiste qui se tiendra cet automne.»

Signal à l’attention des Etats voisins

Le conflit qui oppose depuis deux mois la Chine et l’Inde reflète en outre la compétition que se livrent ces deux puissances pour attirer ou retenir dans leur giron les divers Etats d’Asie du Sud qui les bordent. «Pékin veut émettre un signal à l’intention de ces pays, leur montrer que rien ne sert de se tourner vers d’autres puissances, comme l’Inde, car il représente le partenaire dominant dans cette partie du monde», dit Yvonne Chiu. New Delhi cherche pour sa part à préserver le rapport de dépendance entretenu avec la plupart de ses voisins.

Nouvelle Route de la soie

Pékin a déjà initié plusieurs projets économiques, dans le cadre de son plan «One Belt, One Road», destinés à lui garantir la loyauté de ces Etats d’Asie du Sud. Au Pakistan, l’Empire du Milieu construit un couloir économique qui reliera la ville de Kashgar, au Xinjiang, avec le port de Gwadar, dans le golfe du Bengale. Bâti par la Chine, ce couloir sera également opéré par cette dernière jusqu’en 2050. Au total, elle va investir 60 milliards de dollars dans ce pays, qui est également un rival historique de l’Inde.

Pékin a également financé la construction de ports au Sri Lanka et au Myanmar, promis d’investir 8,3 milliards de dollars au Népal et concédé au Bangladesh 25 milliards de dollars en prêts à des taux réduits.

Source : Le Temps