Pourquoi le vote FN est-il plus fort chez les moins diplômés ?

D’après un sondage Ipsos 36 % des Français les moins diplômés affirment voter pour le FN. Après le succès du parti d’extrême droite au premier tour des régionales de dimanche, le politologue Joël Gambin analyse cette tendance pour France 24.

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Les Français les moins diplômés votent majoritairement pour le Front national. Selon le politologue Joël Gombin, interrogé par France 24, le lien entre diplôme et vote d’extrême droite est clair. Un sondage Ipsos / Sopra Steria sur la sociologie des votants effectué quelques jours avant le premier tour des régionales du 6 décembre vient appuyer ce constat. D’après l’enquête réalisée pour France Télévisions, Radio France et LCP/Public Sénat, 36 % des personnes interrogées possédant un niveau de diplôme « inférieur au Bac » affirment voter Front national.

L’UMP-UDI et le PS arrivent loin derrière avec 23 % et 20 % des intentions de vote. De son côté, le Front de gauche obtient de très mauvais résultats sur cette catégorie de la population française, ne rassemblant que 4 % des intentions de vote chez les Français les moins diplômés. Arrivé en tête dans six régions sur les 13 métropolitaines, le parti d’extrême droite est sorti grand vainqueur de ce scrutin dont le second tour se tiendra le 13 décembre.

Sentiment de rejet

Pour Joël Gombin, il ne faudrait pas tomber dans l’écueil qui consisterait à penser que « la cause de ce vote FN serait l’ignorance ». Le chercheur ajoute que le vote FN chez les moins
diplômés résulte d’un sentiment de rejet. « Sans diplôme suffisant, il est plus difficile de profiter des opportunités offertes par la mondialisation économique car le diplôme est un marqueur de la capacité à s’intégrer socio-économiquement dans un monde actuel fortement mondialisé ».

Pour autant, on ne peut pas non plus réduire l’analyse du suffrage Front national chez les moins diplômés à une lecture strictement économique, rappelle le politologue. Nicolas Lebourg, historien et auteur de « Les Droites extrêmes en Europe » (Seuil) appuie ce constat. « La crise économique n’explique rien à elle seule. En Espagne, 53 % des jeunes sont au chômage. Lors des dernières élections européennes, les listes d’extrême droite n’y ont même pas fait 1 % des voix, tandis qu’en France le FN arrivait en tête », indique-t-il dans les colonnes du journal « Libération ».

« Les candidats ressemblent aux électeurs »

La lecture économique faite par ces électeurs Front national peu diplômés est conditionnée par un certain nombre de « déterminants culturels », poursuit Joël Gombin. Le politologue parle d’un prisme culturel guidée par l’ »orientalisation, l’idée que la mondialisation se traduirait par une forme d’influence accrue de l’Orient au sens large dans nos sociétés occidentales », explique Joël Gombin.

« Les électeurs du FN vont chercher à expliquer la plupart des problèmes actuels par la présence des arabo-musulmans, ils craignent dans la même logique l’invasion sur le marché de produits chinois », détaille le politologue. Pas étonnant d’après lui que ces deux craintes se transforment dans le discours de Robert Ménard, le maire de Béziers en « lutte contre le kebab comme symbole de la mondialisation, alors qu’à l’extrême gauche, c’est plutôt le Mc Donald qui incarne cette mondialisation ! ».

La population la moins diplômée en France étant aussi celle la plus exposée au chômage, le parti d’extrême droite apparaît également pour cet électorat comme un instrument d’intégration sociale. Nicolas Lebourg le souligne : « C’est devenu une machine à redistribuer les postes ». « Alors que le PS est trusté par les CSP+ et les diplômés, le FN permet d’intégrer aux postes électifs des gens des classes moyennes et populaires. Les candidats ressemblent aux électeurs », conclut l’historien.

Source : France 24