Présidentielle 2017: les mensonges de Marine le Pen sur le projet de Macron

Pour apparaître comme la candidate du peuple face à celui de « l’oligarchie », Marine le Pen a multiplié les attaques contre le projet de Macron, lors de son meeting du 1er mai, à Villepinte. En multipliant les caricatures et les contre-vérités.

Hyper violentes. Les attaques de Marine le Pen adressées à Emmanuel Macron ont atteint une intensité sans précédent, lors du meeting de Villepinte, ce 1er mai. Avec le même angle:  » le banquier Macron « , le candidat de  » En Marche ou crève « , est le  » vrai visage  » de la finance qui pille nos richesses, bénéficiant du soutien massif des patrons et financiers -elle a cité Gattaz, Attali, Drahi, Bolloré ou Niel. Et le projet Macron, entièrement au service de ces capitalistes sans foi, ni loi, engendrerait   » des délocalisations massives  » mais aussi  » l’ubérisation et la dérèglementation de toutes les professions « . Pour elle, c’est le candidat du  » mondialisme et de la marchandisation du monde « , une  » idéologie totalitaire  » qu’elle met, de façon stupéfiante, sur le même plan que l’islamisme radical!

Pour mener son attaque, Marine le Pen s’est livrée à une vaste caricature du programme d’Emmanuel Macron, en multipliant approximations et contre-vérités. Dans le but de la présenter comme l’apôtre du libéralisme sauvage, partisan d’un libre échange absolu et d’un démantèlement du code du travail.  » Dans son modèle, les entreprises ne s’installeront en France, qu’en versant des salaires de 4 euros de l’heure, comme en Pologne « , a-t-elle lâché devant ses fans déchaînés. Ajoutant qu’il  » laisserait souffrir les petits sur le bord du chemin  »

Dans son viseur, sa  » conception extrémiste de l’Europe, qu’il veut livrer aux traités commerciaux  » et sa réforme du code du travail, qui ira plus loin que la loi El Khomri – » la politique du pire, la précarisation générale de tous les salariés « . Marine le Pen avait déjà accusé Emmanuel Macron de plomber le pouvoir d’achat des Français par l’augmentation de la CSG, notamment des plus modestes. Hier, elle l’a aussi soupçonné de mettre en place un système de  » santé à deux vitesses  » et de programmer le démantèlement des collectivités locales avec la  » disparition des communes, qui seront obligés de fusionner « .

Une vaste caricature du projet de Macron

Une vaste caricature. Comme  » Challenges  » le détaille dans son édition du 27 avril, le projet de Macron est certes radical mais n’a rien à voir avec le libéralisme sauvage, décrit par Marine le Pen. Des ouvriers payés à 4 euros? Faux car le candidat d’En marche ne touche pas au salaire minimum. Une déréglementation de toutes les professions  » en permettant à tout le monde de se déclarer notaire « , comme elle l’a prétendu dans son discours? Erroné car Macron ne prévoit pas de nouvelles réformes des professions réglementées. La fin des communes? Archi faux, le candidat d’En Marche préconisant, pour l’instant, de fusionner une vingtaine de départements avec les nouvelles métropoles.

Sa réforme du droit du travail est aussi caricaturée. Macron veut donner beaucoup plus de liberté aux négociations dans les branches et les entreprises, après avoir défini le socle -notamment le temps et les conditions de travail – auquel on ne peut pas déroger. C’est exactement ce qui se passe dans les pays d’Europe du Nord, notamment les scandinaves, où les inégalités sont bien plus faibles qu’en France…D’ailleurs, à côté du Medef ou de Croissance Plus, des figures de gauche comme Robert Badinter soutiennent ce projet, soulignant que notre droit actuel, rigide et complexe, n’est plus protecteur.

Par ailleurs, l’accusation de plomber le pouvoir d’achat des classes populaires ne tient pas. Macron a justement sorti une mesure de pouvoir d’achat pour les salariés, avec l’exonération des cotisations sociales compensée par une hausse de la CSG, payée par les retraités. Sauf pour les 40 % les plus modestes, qui en sont exonérés…Enfin, la prétendue  » santé à deux vitesses  » de Macron est une pure invention: l’ex conseiller de Hollande propose, au contraire, de rembourser à 100% les lunettes, les prothèses dentaires et auditives. Une mesure de plus de 4 milliards d’euros, dont le financement est encore flou, mais qui vise justement à réduire le reste à charge pour les patients.

Afin de présenter Macron comme un banquier vendu aux lobbies, Marine Le Pen ne fait pas que caricaturer, ou inventer ses réformes. Elle passe sous silence ses mesures sociales. Car dans son projet, Emmanuel Macron accorde de nouveaux droits aux chômeurs (pour les salariés démissionnaires et les indépendants) et aux peu qualifiés, ciblés par les 15 milliards de dépenses prévues pour la formation professionnelle. Et il veut focaliser les moyens de l’éducation nationale sur les  » écoles ghettos « , en divisant par deux les effectifs d’élèves en CP et CE1 dans les zones prioritaires…

Certes, dans une campagne présidentielle, à quelques jours du second tour, il n’est guère étonnant que les attaques s’intensifient. Mais pour apparaître comme la candidate du peuple contre le candidat du système, Marine le Pen a poussé le bouchon très loin. En abusant des caricatures et des mensonges.

Source : Challenges