Présidentielle 2017: comment Sarkozy a piégé Fillon

Le candidat de la droite n’a plus le choix: pour sauver sa candidature, François Fillon doit obtenir les bonnes grâces de Nicolas Sarkozy. Un piège à double tour… pour un père la Morale qui n’a plus les moyens de donner des leçons.

Sarkozy a piégé Fillon

François Fillon n’avait donc pas le choix: pour obtenir les bonnes grâces de Nicolas Sarkozy, pour s’assurer- mais est-ce seulement réaliste?- que son entourage cesse dans la coulisse de saper sa candidature déjà fort mal en point, François Fillon a donc été contraint d’aller baiser la babouche de l’ex-président de la République. Inutile de se laisser aller à la psychologie pour savoir à quel point Fillon a dû en souffrir. Les rapports entre les deux hommes ne sont certes pas exécrables, mais complexes, tordus, ambigus. Sarkozy avait décidé de se tenir en retrait, de prendre de longues vacances, de mettre en place son avenir professionnel tourné vers le business international, bref de se désintéresser d’une campagne dont les électeurs de droite l’avaient chassé. Changement de pied, changement de cap et, en fait, il est déjà de retour en politique. A la demande de François Fillon.

Et les Français, quelque peu ébahis, assistent à ce trouble spectacle.

Dans ce nouveau rapport de forces si déséquilibré en sa faveur, Nicolas Sarkozy a aussitôt imposé à Fillon des choix et une ligne à la fois identitaires et morales- retour à la déchéance de nationalité, abaissement à 16 ans de la majorité pénale. Rappelons au passage que le candidat de la droite était hostile à l’une et l’autre mesure. C’était autrefois, jadis, quand il se construisait en opposition à Sarkozy, un libéral-conservateur-modéré se détournant avec dédain de toutes formes de populisme. Répétons-le, c’était hier, avant que le scandale ne réduise en miettes cette construction politique minutieusement élaborée…

Sarkozy enferme Fillon dans un piège à double tour

Pourtant Nicolas Sarkozy -et il en est conscient, et il s’en repaît, et il en jouit- enferme François Fillon dans un piège à double tour: ce dernier n’est plus en mesure de tenir un discours moralo-répressif sans aussitôt provoquer des quolibets! Fillon le père la morale n’est plus en état de faire ladite morale à qui que ce soit, en quoi que ce soit. Certes, il pâtit ainsi de toutes les ambigüités de l’époque où la complexité n’est plus de mise: un présumé petit délinquant quel qu’il soit vaut bien un autre présumé petit délinquant quel qu’il soit: en quoi François Fillon est-il encore légitime pour s’en prendre à un petit dealer d’une cité? Question démoniaque, à coup sûr. Question perverse, bien entendu.

Or des millions de Français s’interrogent de la sorte. C’est cela le calvaire de François Fillon. C’est comme cela qu’il tient en otage le débat électoral parce que, en effet, le débat sur la majorité pénale vaudrait la peine d’être conduit. Pour de vrai et sans les troubles arrière-pensées de Nicolas Sarkozy.

Source : challenges.fr