Quand Copé charge le bilan de la droite… et oublie qu’il en était

Décidé à taper sur les renoncements de Sarkozy, Fillon ou Juppé, Jean-François Copé a tendance à oublier qu’il fut lui-même aux manettes aux moments où certaines des décisions qu’il critique ont été prises.

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Jean-François Copé a décidé de cogner sur la droite molle. A l’en croire, il est le seul à être capable de mettre en œuvre la rupture que la droite a tant promise, sans jamais être capable de tenir la promesse. Depuis quelques jours, l’ex-président de l’UMP dénonce en boucle les divers renoncements de la bande des quatre (Sarkozy, Le Maire, Fillon et Juppé). «De fil en aiguille, les présidents de la République et les Premiers ministres de droite ont renoncé à honorer les rendez-vous promis. Pourquoi n’ont-ils jamais supprimé l’aide médicale d’Etat, les 35 heures ou l’ISF ? Pourquoi cette fausse réforme des régimes spéciaux concédée aux syndicats ? Pourquoi avoir supprimé la double peine ?» s’est-il ainsi indigné lors de son discours du week-end au Cannet.

DESINTOX. Si Copé se sent libre de donner des leçons de courage à ses concurrents de la primaire, c’est parce qu’il n’était pas au gouvernement, lui, quand la main de l’exécutif a molli. Mais ce n’est que partiellement vrai. Ainsi, quand il évoque la suppression de la double peine, il se livre à une double intox. Une première parce que rejoignant le FN sur le sujet, il affirme à tort (et pour mieux charger Nicolas Sarkozy) que la double peine, permettant d’expulser les étrangers condamnés, a été supprimée, alors qu’elle n’a été qu’aménagée…

Ensuite et surtout, parce qu’il oublie de dire que cette décision d’aménagement s’est nouée à un moment où il était lui-même au gouvernement. En 2002 et 2003, quand la réforme fut discutée puis votée par la droite, Jean-François Copé était sécrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement, mais aussi porte-parole du gouvernement. Et c’est ainsi en qualité de porte-parole du gouvernement qu’il répondait au Monde, le 29 novembre 2002, sur ce sujet précis de la double peine. Et qu’il justifiait la réforme.

Estimant que le dispositif d’alors ne donnait «pas satisfaction», il pointait notament le fait que la double peine «touche parfois des personnes n’ayant plus aucun lien avec leur pays d’origine et se trouvant de longue date en France où elles ont fondé une famille – ce qui crée des situations inextricables et humainement douloureuses». C’est précisément pour tenir compte de ces situations que la double peine sera réformée quelques mois plus tard. Interrogé sur cet intêret sur un sujet n’étant pas «culturellement de droite», Copé répondait : «Nous sommes animés d’un souci de pragmatisme. Il n’y a, ni dans notre réflexion ni dans notre action, le moindre a priori idéologique. Nous sommes avant tout concrets, et comme nous n’avons pas la vérité révélée, nous suscitons le travail de réflexion et le débat. C’est la seule méthode qui permette de réelles avancées.»

«Pourquoi avoir supprimé la double-peine ?», interroge aujourd’hui Copé ? Il faut qu’il demande au Copé de 2002, lui, il sait.

Source : liberation.fr