Quand les usines d’antibiotiques produisent aussi des superbactéries

On le sait, l’Inde est le plus grand producteur d’antibiotiques, mais il semblerait que ces usines de fabrication propagent dans les eaux proches de ces sites, des bactéries pathogènes résistantes aux antibiotiques.

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L’ONG Changing Markets a lancé une campagne, « la face cachée de l’antibiorésistance » qui lui a permis de dévoiler un rapport révélant la présence de bactéries résistantes aux antibiotiques à proximité de certains sites de fabrication en Inde. Des usines qui approvisionnent les systèmes de santé en Europe et aux États-Unis, dont des centres hospitaliers…

La production d’antibiotiques en Inde fait peser une menace humaine, sanitaire et environnementale sur le monde entier : les superbactéries

Il est prouvé dans ce rapport(1), que sur un total de 34 sites analysés, 16 se trouvent être des foyers de bactéries résistantes. Sur quatre de ces sites, la résistance s’est révélée concerner trois classes principales d’antibiotiques, dont ceux
de « dernier recours », généralement utilisés quand les infections ne peuvent plus être soignées par les autres traitements.

Les usines d’antibiotiques : un fléau pour les populations vivant aux abords des sites

La présence d’antibiotiques dispersés en grande quantité dans l’eau représente bien sûr une menace pour l’environnement, mais aussi pour les habitants qui la consomment (ainsi que les poissons des rivières et la viande du bétail qui s’y abreuve) et l’utilisent quotidiennement : pour preuve, le chiffre effrayant avancé par le rapport de « près de 60 000 nouveau-nés qui décèdent chaque année à cause de bactéries résistantes aux antibiotiques de première nécessité ».

La vidéo suivante (en anglais sous-titrée en français) montre bien l’impact de la production d’antibiotiques sur les populations locales en Inde, et la menace que l’industrie pharmaceutique fait peser sur la santé publique mondiale.

L’antibiorésistance : une menace qui nous concerne tous

Les eaux rejetées par les usines pharmaceutiques se transforment en véritables bouillons de cultures de résistance aux antibiotiques. En effet, les hautes concentrations de résidus médicamenteux tuent les bactéries sensibles, ne laissant que les plus fortes qui se multiplient alors. Ces superbactéries vont alors « transmettre leur résistance directement à leur progéniture mais, dans cet environnement, elles peuvent aussi le transmettre à d’autres souches qui peuvent être pathogènes pour les humains et les animaux. »

Le risque est que ces bactéries multi-résistantes infectent ou colonisent personnes et marchandises, et se propagent à travers le monde entier. Un voyageur dans une zone où le taux d’antibiorésistance est grand, peut rentrer contaminé par des bactéries susceptibles à leur tour, d’être transmises à son entourage. L’antibiorésistance ne concerne donc pas seulement les indiens ou les chinois vivant près des sites de production des médicaments, mais est un véritable problème collectif.  « Dans notre société d’échanges internationaux, une fois créés, les résistances peuvent s’étendre dans le monde entier ».

L’antibiorésistance est un phénomène complexe qui est considérée comme une cause sérieuse via sa pollution environnementale. Plusieurs sites de fabrication en Inde et en Chine, approvisionnement la plupart des antibiotiques dans le monde, mais ne traitent pas correctement leurs effluents industriels. Ces antibiotiques, rejetés en quantités non négligeables par ces usines, se mélangent avec les effluents agricoles et domestiques dans les cours d’eau mais aussi dans les infrastructures de traitement des eaux, ce qui offre les conditions optimales pour le développement de bactéries résistantes.

Selon les différentes sources de données publiques, il apparaît que ces antibiotiques fabriqués dans les différents sites sont exportés et vendus à l’étranger, chez les acteurs de la santé publique : le NHS au Royaume-Uni, des géants pharmaceutiques aux États-Unis et des hôpitaux en France.

Le rapport rappelle ainsi que « l’Inde, pays qui abrite des milliers d’unités de fabrication de produits pharmaceutiques, est un centre majeur de la production de médicaments. Elle approvisionne près de 20 % du marché mondial en médicaments génériques, dont les ventes ont rapporté 15 milliards de dollars à son industrie en 2014. Les anti-infectieux, parmi lesquels sont classés les antibiotiques, les antiviraux et les antifongiques, représentent une part non négligeable de ces revenus. »

Nos médicaments polluent et risquent de nous rendre plus malades : les autorités doivent réagir

Nous sommes nombreux à consommer des antibiotiques, pourtant cette résistance microbienne est inquiétante tant elle représente une grave menace sanitaire. Selon les prévisions, la mortalité mondiale due aux infections résistantes s’élèverait à 10 millions de personnes par an à l’horizon de 2050. Pour les professionnels de la santé, cette résistance aux antibiotiques pourrait à l’avenir donner un caractère plus risqué aux maladies courantes, aux opérations mineures ou aux interventions jusque là bénignes.

Pour Aurèle Clémencin, coordinateur de la campagne de Changing Markets en France, « ces déversements continus de résidus d’antibiotiques dans l’environnement représentent une grande menace pour la santé humaine si l’on considère leur contribution à la crise de l’antibiorésistance. Cette découverte auprès d’usines indiennes qui approvisionnent les marchés aux États-Unis et en Europe soulève de nombreuses questions sur la chaîne d’approvisionnement pharmaceutique ».En réaction à se rapport, l’European Public Health Alliance (EPHA) indique que « ce rapport est le dernier d’une série qui montre la contribution de l’industrie pharmaceutique à l’augmentation de l’antibiorésistance. En premier lieu, il faudrait rapidement dans le projet de plan d’action de la Commission Européenne, des mesures spécifiques pour gérer la pollution environnementale tout au long de la chaîne d’approvisionnement ».

Source : consoglobe.com

Références :