Retraites : les pistes de réforme s’annoncent explosives

Le processus de réforme est à peine engagé que déjà les pistes envisagées promettent de faire des vagues. La Commission pour l’avenir des retraites va proposer dans un rapport remis la semaine prochaine de mettre à contribution les retraités, les actifs, les entreprises et les fonctionnaires, ont indiqué ce mardi des sources syndicales, confirmant des informations du Figaro.fr. «C’est la boîte à outils, mais le gouvernement devra choisir et prendre ses responsabilités (…). Cela va être chaud», a commenté un syndicaliste auprès de l’AFP.

Commandé par Jean-Marc Ayrault à l’ancienne présidente du Conseil d’orientation des retraites, Yannick Moreau, ce rapport détonne par ses prises de position qui n’épargnent personne pour remettre à flot le système à court terme. La haut-fonctionnaire a donné oralement quelques grandes lignes aux syndicats, qu’elle a reçus individuellement lundi. Revue de détail des propositions.

Les fonctionnaires. Les solutions avancées risquent de provoquer la colère des syndicats de la fonction publique. Le rapport préconise de toucher un acquis : changer les règles de calcul des retraites des fonctionnaires, qui ne seront plus basées sur les 6 derniers mois mais sur les 10 meilleures années. Les pensions des salariés du privé étant, elles, calculées sur les 25 meilleures années. En échange, les primes perçues dans une carrière seraient mieux intégrées dans le calcul.

Les retraités. L’ancienne génération de travailleurs devrait sortir le porte-monnaie et contribuer à la survie du système en renonçant à quelques avantages. Ils devraient notamment abandonner l’abattement fiscal de 10% pour frais professionnels et le bonus fiscal de 10% pour les ménages ayant eu trois enfants et plus. Mais la pilule la plus dure à faire passer serait sans doute l’alignement du taux de la contribution sociale généralisée (CSG) des retraités imposables sur celui des actifs.Sans pour autant que ces mesures soient cumulatives. Enfin, comme cela a déjà été décidé par les retraites complémentaires du privé (Agirc-Arrco), les pensions ne seraient pas directement indexées sur l’inflation.

Les salariés. En plus d’une légère hausse des cotisations, deux options sont sur la table pour combler le déficit du régime : reporter l’âge légal de départ à la retraite (à 62 ans aujourd’hui) ou allonger la durée de cotisation  – 41 ans et trois mois actuellement – afin de partir à taux plein. La commission Moreau ne tranche pas mais indique sa préférence pour le passage à 42 ans de cotisation comme l’avait laissé entendre le Premier ministre Jean-Marc Ayrault fin mars.

La commission propose également d’introduire une part de flexibilité dans le système. Une baisse des rendements des retraites du régime général serait mise en place en temps de crise économique. Ainsi les actifs cotisant 100 euros n’en verront que 95 pris en compte pour leur future pension. Ce mode de calcul pourrait être revu en période de plus grande prospérité économique.

Les entreprises. Le futur patron du Medef aurait un cheval de bataille déjà tout trouvé pour défendre la compétitivité. Une augmentation des charges patronales est envisagée. La cotisation patronale déplafonnée passerait de 1,6% à 1,9%.

Les emplois à forte pénibilité. Encore candidat, François Hollande avait promis qu’il s’attaquerait au chantier des retraites des travailleurs exerçant dans des conditions difficiles. Le rapport recommande de «mettre en place des congés de fin de carrière ou un système d’acquisition de suppléments de retraite» selon le Figaro. Mais uniquement deux types de travaux, le travail de nuit et l’exposition à des substances cancérigènes, bénéficieraient de ces avantages du fait de leur pénibilité.

Reste à savoir ce que le gouvernement va conserver de ces propositions. Jean-Marc Ayrault a assuré mardi à l’Assemblée nationale que la future réforme des retraites serait guidée par les mêmes principes de «justice» et de «solidarité» que celle de la politique familiale, présentée lundi.
Source : Leparisien.fr avec AFP