Le « risque Le Pen » nous fait payer plus cher la dette française

L’écart entre les obligations de l’Etat français et le Bund allemand est au plus haut depuis fin 2012. Les marchés réagissent au dernier sondage montrant la hausse des intentions de vote en faveur de la candidate du Front national. La dette allemande fait figure de refuge pour les investisseurs.

risque Le Pen

Telle une épée de Damoclès, le « risque Le Pen », selon l’expression employée par les investisseurs, plane sur les marchés obligataires depuis déjà plusieurs mois, mais la tension s’accroît à deux mois du premier tour de l’élection présidentielle. Le rendement des obligations françaises à 10 ans a grimpé de sept points de base à 1,14% ce lundi vers midi, un pic d’une semaine et demi. Dans le même temps, celui des obligations allemandes à deux ans s’est replié de 4 points de base à un record : -0,85%. Le spread, c’est-à-dire l’écart de rendement entre l’OAT (obligations assimilables du Trésor) et le « Bund » à 10 ans, s’est élargi à 84 points de base, à son plus haut niveau depuis la fin 2012.

[Coup de chaud sur le rendement de l’OAT à 10 ans. Crédit Bloomberg.]

« Si la probabilité d’une victoire de Le Pen à la présidentielle augmente, les primes de risque sur les actifs français vont probablement encore s’accroître. Toute inquiétude se verra dans les spreads des obligations souveraines de la France », prédisait Dean Turner, l’économiste d’UBS Wealth Management, dans une note de veille sur l’élection française il y a trois semaines.

Il évaluait à 40% la probabilité d’une victoire de Marine Le Pen le 30 janvier. Depuis, les Paris des bookmakers se sont envolés.

[La cote de Marine Le Pen chez les parieurs s’envole depuis début février. Crédit: Bloomberg]

L’Allemagne, valeur refuge face au risque de Frexit

Or un sondage OpinionWay pour Orpi, les Echos et Radio Classique publié ce lundi montre justement que Marine Le Pen comble son retard sur ses principaux concurrents, François Fillon et Emmanuel Macron, au second tour : la présidente du Front national perdrait face au candidat LR à 44% contre 56% et face au meneur d’En Marche! par 42% contre 58%. Par rapport au précédent sondage du 6 février, elle a progressé de 7 points et 5 points respectivement dans chaque hypothèse. Pour les investisseurs, cette progression représente un risque accru de « Frexit », de sortie de l’euro.

« Le marché obligataire devient clairement nerveux, avec le spread OAT-Bund augmentant à son plus haut niveau en quatre ans », font valoir les analystes actions de J.P.Morgan Cazenove dans leur note du 20 février graphique à l’appui.

[Ecart entre l’OAT et le Bund depuis 2014. Crédit Datastream/JPMorgan]

Cette crainte touche tous les types d’actifs, y compris les actions des entreprises françaises. Les investisseurs voient dans le marché allemand un refuge.

« Nous pensons que l’Allemagne est un bon moyen de se couvrir du risque politique français », conseillent ainsi les stratégistes Equity de J.P.Morgan.  « Dans le cas d’une victoire de Le Pen, l’indice DAX sera un relatif placement refuge dans l’Eurozone, comme cela fut le cas durant la crise de 2011-2012 ».

Ils n’hésitent pas à recommander de « shorter » le CAC 40, autrement dit être acheteur du DAX, le principal indice de la Bourse de Francfort, et « vendeur » du CAC, spéculer sur sa baisse. L’indice phare de la Bourse de Paris a d’ailleurs accusé le coup en milieu de séance ce lundi, avant de finir quasi inchangé.

Source : La Tribune