Salaire, retraite, épargne, logement : ce que les annonces du gouvernement vont changer à votre portefeuille

L’exécutif multiplie les déclarations avant la discussion budgétaire.

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Qui seront les gagnants et les perdants des réformes économiques du gouvernement ? Le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, a assuré, lundi 18 septembre, qu’elles allaient « rapporter un treizième mois » aux Français. Mais difficile de s’y retrouver tant l’exécutif multiplie les annonces. Logement, salaires, retraites, épargne… Vous n’y comprenez plus rien ? Tentons de démêler l’écheveau.

Si vous êtes salarié dans le privé

• Vous y perdez avec la hausse de la CSG. Emmanuel Macron l’avait promis durant sa campagne, et il compte tenir parole : la hausse de 1,7 point de la contribution sociale généralisée (CSG) s’appliquera à l’ensemble des revenus au 1er janvier 2018. Donc à votre salaire. Concrètement, si vous touchez le smic, cela représentera 24,50 euros de moins sur votre feuille de paie, estime Capital (sur la base de 1 466,62 euros brut par mois en 2016).

• Vous y gagnez avec la suppression des cotisations maladie et chômage. En revanche, vous bénéficiez de la suppression des cotisations salariales de l’assurance maladie (0,75% du salaire brut) et de l’assurance chômage (2,4%). Selon Capital, la première vous permettra, si vous êtes au smic, de gagner 11 euros supplémentaires par mois ; la seconde 35,20 euros. A l’arrivée, une fois ôtée la CSG, votre feuille de paie devrait afficher 21,70 euros de plus par mois, soit 260 euros par an. Disons 250, pour reprendre le chiffre de Gérald Darmanin.

Et plus votre salaire est élevé, plus vous y gagnerez. Le bénéfice se montera ainsi à 533 euros par an pour un salarié touchant 3 000 euros brut mensuels. Un bémol tout de même, relevé par Les Echos : alors que la hausse de la CSG prendra effet dès le début 2018, « les cotisations sociales devraient, elles, baisser en deux temps ». Il faudra donc attendre le dernier trimestre 2018 pour bénéficier à plein du surcroît salarial annoncé.

Si vous êtes fonctionnaire

• Vous y perdez avec le gel du point d’indice. Il n’y aura pas de hausse de la valeur du point d’indice – qui sert de calcul à la rémunération des agents publics – pour 2018. Donc pas d’augmentation générale des salaires en vue.

• Vous y perdez avec la hausse de la CSG. Vous subissez le même sort que les salariés du privé. Vos salaires seront davantage ponctionnés, avec l’augmentation de 1,7% de la contribution sociale généralisée.

• Et vous ne pouvez pas encore compter sur une compensation. Enfin, la suppression des cotisations chômage et maladie ne vous concerne pas, du fait de votre statut. En l’état, vous y perdez, mais le gouvernement a promis une compensation. La discussion est en cours quant à ses modalités. Dernière proposition en date côté gouvernement : supprimer la cotisation exceptionnelle de solidarité, qui se monte à 1%, et ajouter, dès janvier, une « indemnité compensatoire » dont le montant n’a pas encore été fixé. Pour les syndicats, le compte n’y est pas et la colère gronde au point que – fait inédit depuis dix ans – tous appellent à la grève le 10 octobre.

Si vous êtes retraité

• Vous y perdez avec la hausse de la CSG. Comme les autres, elle va vous frapper au portefeuille, sauf si vous touchez moins de 1 200 euros mensuels et que vous êtes exonéré de CSG ou soumis à son taux réduit. Mais si vous ne faites pas partie des 40% de retraités aux revenus les plus modestes, vous sentirez la ponction. En effet, sur une pension de 1 500 euros par mois, une hausse de 1,7 point de CSG représente près de 25 euros de prélèvement supplémentaire. A priori, vous êtes le ou la principal(e) perdant(e) de cette mesure.

• Vous y gagnez avec la hausse de votre pension de base. Bonne nouvelle pour les seniors : la pension de base des salariés du privé, des indépendants et des agriculteurs augmentera de 0,8% au 1er octobre 2017. Un coup de pouce après « trois années de vaches maigres », assurent Les Echos.

• Mais votre retraite complémentaire stagne. En revanche, si la base augmente, la retraite complémentaire, dont la revalorisation annuelle est le 1er novembre, devrait stagner en 2017, prévient L’Express. Et ce pour la quatrième année consécutive. En effet, depuis 2015, cette revalorisation est égale au niveau de l’inflation moins un point (sans pouvoir être négative), explique l’hebdomadaire.

Si vous êtes un petit épargnant

• Votre Livret A ne suivra pas l’inflation. En août, compte tenu de l’inflation, il aurait dû passer à un taux de 1% d’intérêts. Mais le gouvernement en a décidé autrement, en maintenant le taux du Livret A à 0,75%, son plus bas niveau historique. Résultat ? « Son taux de rémunération est clairement négatif puisque l’inflation se monte à 0,9% depuis le début de l’année », commente l’économiste Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne, joint par franceinfo.

• Votre nouveau PEL sera soumis à un impôt de 30%. Big bang fiscal au 1er janvier prochain : les intérêts des plans épargne-logement (PEL) ouverts en 2018 seront soumis à un impôt forfaitaire de 30% dès la première année, soit le taux de la « flat tax » (impôt unique) annoncé par le gouvernement sur les revenus du capital. « Il y a une volonté manifeste de pénaliser ce produit qui coûte cher aux banques », analyse Philippe Crevel. Mais il n’y aura pas d’effet rétroactif. Pour les plans ouverts avant le 1er janvier 2018, « les intérêts produits jusqu’à la veille du 12e anniversaire du PEL resteront exonérés d’impôt sur le revenu », a promis le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire.

Si vous avez un gros patrimoine

• Votre assurance-vie sera davantage taxée au-delà de 150 000 euros d’encours. Afin de limiter l’affection pour ce produit, le gouvernement a pris des mesures contre les « assurés haut de gamme », explique Philippe Crevel. A partir de 2018, l’imposition forfaitaire de 30% s’appliquera sur les revenus de l’assurance-vie, mais au-delà de « 150 000 euros d’encours net, tous contrats confondus, pour une personne seule et 300 000 euros pour un couple ». En-deçà de ces montants, « les détenteurs de contrats d’assurance-vie n’ont aucune raison de s’inquiéter. Rien ne change pour les revenus produits par les versements antérieurs à la réforme, quel que soit leur montant », garantit Bruno Le Maire.

• Votre épargne en actions est encouragée. Le gouvernement cherche clairement à orienter dans cette direction les plus fortunés car « l’effort d’épargne est concentré massivement sur les 20% les plus riches », synthétise Philippe Crevel. D’où la décision de maintenir la fiscalité très avantageuse des plans d’épargne en actions (PEA), qui, au-delà de la cinquième année, ne sont plus soumis qu’aux prélèvements sociaux. D’où, surtout, la décision de ramener au taux maximum unique de 30% l’imposition sur les revenus du capital.

Si vous touchez plus de 160 000 euros annuels et possédez un compte titres (panier d’actions ou d’obligations), vous êtes le grand gagnant de cette « flat tax ». Votre imposition va passer de « 60% de prélèvement maximum à 30 [le taux unique], soit une division par deux », analyse Philippe Crevel. Cerise supplémentaire sur le gâteau, si vous comptez parmi les 342 000 foyers les plus riches de France, vous pourrez déduire ces valeurs mobilières de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), voué à une mort prochaine. L’ISF sera remplacé par l’impôt sur la fortune immobilière, taxant les patrimoines immobiliers nets supérieurs à 1,3 million d’euros.

Si vous êtes locataire ou propriétaire

• Votre taxe d’habitation pourrait bien baisser. C’était une des mesures les plus populaires du candidat Macron : 80% des ménages n’auront plus à payer la taxe d’habitation d’ici trois ans, sachant que 12 millions de foyers en sont déjà exonérés en raison de leurs faibles revenus. Concrètement, selon l’entourage de Gérald Darmanin cité par Le Monde, un contribuable gagnant « jusqu’à environ 2 500 euros de revenu mensuel imposable » pourra être exonéré de la taxe d’habitation.

Les ménages concernés vont bénéficier progressivement de cette réforme. Leur taxe d’habitation sera 30% moins élevée dès 2018, puis baissera de nouveau d’un tiers en 2019, jusqu’à une exonération totale en 2020. « Quelqu’un qui paye 600 euros de taxe cette année payera 420 euros l’année prochaine, puis 200 euros, puis 0 euro », a détaillé Gérald Darmanin. Célibataire, en couple avec ou sans enfant ou parent isolé, franceinfo vous aide à savoir si vous allez être exonéré.

• Vos APL vont baisser et le calcul en sera modifié. Tollé en juin, lorsque le gouvernement a annoncé la baisse des aides personnelles au logement (APL) de 5 euros. Il a tenté de se rattraper en lançant (en vain) un appel aux propriétaires pour qu’ils baissent les loyers de 5 euros. Dans les HLM, pour que les locataires n’aient pas à payer la facture de la baisse des APL, le gouvernement a demandé aux bailleurs de diminuer les loyers.

Et il y a encore du changement en vue. A partir du 1er janvier 2019, les APL seront calculées sur la base du revenu de l’année en cours, a annoncé, dimanche 17 septembre, le secrétaire d’Etat à la Cohésion des territoires, Julien Denormandie. Jusque-là, le montant de cette prestation était calculé sur le revenu déclaré par le bénéficiaire deux ans plus tôt. Le gouvernement s’est engagé à ce qu’aucun allocataire ne perde un euro avec cette réforme.

Source : francetvinfo.fr