Sarkozy a piétiné le vote des Français pour le référendum du 29 mai 2005

Nicolas Sarkozy a fait du recours au référendum sa nouvelle proposition phare. Mais Alexandre Devecchio rappelle, qu’avec le traité de Lisbonne, le même Nicolas Sarkozy avait contourné le «Non» à la constitution de 2005.

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«Il est fort tout de même! Pour un peu, on aurait presque envie de le croire …». Tout est dans le presque. Devant leur téléviseur ce dimanche sur France 2, les Français, légèrement étourdis par le «Sarko show», ont salué l’ «artiste». Mais au fond d’eux-mêmes, une petite voix, celle de la mémoire, leur rappelait que tout ceci était sans doute du cinéma. La vedette du film, elle-même, était consciente que ces cheveux désormais poivres et sels ne suffiraient pas à convaincre son public de le suivre. C’est pourquoi, Nicolas Sarkozy a sorti, à la fin de l’interview, sa botte secrète: le référendum.

Si on le prend au mot, comment ne partager son point de vue. Qui ne voit que la fracture entre les citoyens et leurs dirigeants se creuse de jour en jour, que les politiques, soumis aux contraintes européennes, ont une marge de manœuvre de plus en plus étroite, que la démocratie est fragmentée par la technostructure, les corps intermédiaires, les syndicats, si bien que plus personne ne sait qui gouverne? Pour s’en convaincre, il suffit de lire
le dernier livre de Maxime Tandonnet, Au coeur du volcan, carnets de pouvoirs, description implacable d’une machine étatique impuissante.

Dans un grand entretien accordé au FigaroVox, l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy reconnaissait: «J’ai été impressionné par la puissance des obstacles à l’action publique … Le sentiment de l’impuissance pèse en permanence sur les épaules d’un acteur du pouvoir politique. Il me semble que nous vivons dans des sociétés où les contre-pouvoirs, en particulier celui des grandes juridictions, les cours suprêmes, l’emportent globalement sur le pouvoir politique. Cela pose le problème dramatique de l’avenir de la démocratie, du pouvoir réel du Parlement élu au suffrage universel qui en est le coeur.». Pour briser ces contraintes, «trancher le nœud gordien» une seule solution: donner la parole aux Français.

Nicolas Sarkozy, longtemps rétif au référendum a l’air de s’y être converti. Mais au moins 55% des Français se souviennent qu’avec le traité de Lisbonne, en 2008, traité voté par le parlement, il avait rendu caduque le «Non» à la constitution de 2005. Une manœuvre qui a nourri la défiance d’une grande partie du corps électoral à l’égard des politiques.

Une autre question accompagne cette soudaine conversion: sur quelle sujets porteront les référendums? Laurent Delahousse en l’interrogeant sur l’opportunité de consulter les Français sur le mariage homosexuel pensait tenir un des thèmes. Le candidat à la présidence de l’UMP a préféré botter en touche: «Est-ce que vous croyez qu’avec le nombre de chômeurs c’est le problème essentiel?». Nul ne sait aujourd’hui sur quoi porterait la première de ces consultations.

Reste que l’intuition de départ garde toute sa force. Le pays est bloqué et pourquoi ne pas laisser les Français décider eux-mêmes des «problèmes» qui leur paraissent «essentiels»? En 2008, Nicolas Sarkozy avait voulu introduire dans la constitution un référendum d’initiative populaire. Mais le verrou parlementaire était tellement important et le dispositif tellement complexe qu’il n’a jamais réellement vu le jour. Les 700 000 signataires demandant l’avis du Cese (Conseil économique, social et environnemental) sur le mariage pour tous s’en souviennent. Leur pétition avait tout simplement été jugée irrecevable.

Référendum! le mot est lancé donc, mais il faudra en dire plus: quels sujets? quand? comment?, pour que les déçus de 2005, de 2007 et de 2012 y voient plus qu’un brillant habillage marketing, une méthode de gouvernement.

 

Source : lefigaro.fr