Sarkozy et la passion du Golfe : dix ans déjà !

Les responsables UMP sont décidément surprenants. Les infidélités de leur président préférant aller fricoter à Abou Dhabi, plutôt que de s’intéresser à leur avenir, ne les choquent pas plus que ça. Aucune crise de jalousie. Sans doute se sont-ils habitués à cette « Golfe story » que Nicolas Sarkozy entretient depuis maintenant dix années…

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Sarkozy préfère s’envoler pour les Emirats arabes unis plutôt que de s’occuper du parti qu’il préside et qui, lui, se désunit ? Cela ne choque personne à l’UMP, du moins en on. Le principal intéressé a même choisi d’en plaisanter devant ses petits camarades réunis samedi à la Mutualité à Paris…

Déjà, la révélation de la tenue d’une conférence par Sarkozy, fin 2013 au Bahrein, devant des traders, alors même que ce pays venait de connaître des manifestations réprimées violemment, par Laureline Dupont et Philippe Cohen dans leur livre C’était pas le plan, n’avait pas ému plus que ça les caciques de l’UMP. Il faut croire que ces messieurs dames ne sont pas du genre émotif. Et puis, cette passion du Golfe est ancienne chez Sarkozy. Aussi troublante soit-elle, il semble donc que, dans les rangs de la droite, on ait fini par s’y habituer.

Tout a commencé il y a dix ans. Déjà. Fin 2005, Nicolas Sarkozy sympathise avec les « racailles » de la dalle d’Argenteuil et, pour la première fois, prend la pluie (de projectiles). Alors, au plus fort de l’hiver, le ministre de l’Intérieur déménage, quitte la grisaille, change de banlieue et atterrit dans le désert, sous le soleil de Doha. C’est sans doute le premier voyage au Qatar du futur président Sarkozy. Il y rencontre Hamad ben Jassem al-Thani et l’appelle vite « HBJ ». Le futur Premier ministre qatari et lui sont de la même génération, rapidement les deux hommes s’apprécient et entament une relation qui, jusqu’à aujourd’hui, ne s’est jamais démentie.

« Claude Guéant avait une liste de courses pour les Qataris »Une fois à l’Elysée, Nicolas Sarkozy le reçoit même tous les mois. Pour discuter du Golfe, et de ses intérêts en France. « Claude Guéant (alors secrétaire général du palais, ndlravait une liste de courses pour les Qataris. On avait l’impression que l’Elysée leur donnait à racheter la France », se souvient un dirigeant du CAC 40 interrogé en 2013 par Marianne. Et quand on aime, on ne compte pas. Armé de son fonds souverain, la Qatar Investment Authority (QIA), l’émirat rachète tout. Tout Paris. Et lance sa « soft diplomacy » : Total (5%), Lagardère (12,8%), Vinci (7%), LVMH (1%)… Pour presque 8 milliards d’euros, l’Etat de poche du Golfe s’offre un morceau des fleurons du CAC 40. Et comme il compte rester, il achète aussi de quoi dormir : le Royal Monceau et l’Hôtel du Louvre à Paris ; le Martinez et le Carlton à Cannes. Investissements totaux : plus de 10 milliards d’euros.

Enivré, Nicolas Sarkozy pique du nez. Et fait changer d’alliance à la France… Malgré les avertissements de son prédécesseur Jacques Chirac, le plus Qatari des Français se rapproche de la Syrie, expliquent Vanessa Ratignier et Pierre Péan dans le livre Une France sous influence. Le 14 juillet 2008, Nicolas Sarkozy invite alors un carré magique de chefs d’Etat — pas du tout controversés — à la tribune des Champs-Elysées : Bachar al-Assad (Syrie), Zine El-Abidine Ben Ali (Tunisie), Hosni Moubarak (Egypte) et, bien-sûr, pour le Qatar, Hamad ben Khalifa Al-Thani. Le seul qu’il soutient encore aujourd’hui…

« Cécilia lui demandait 3 millions d’euros pour divorcer. C’est moi qui ai payé »Mais le jeu en valait la chandelle : l’émir aurait, en effet, financé… son divorce d’avec Cécilia, en octobre 2007 ! Toujours d’après le duo Péan-Ratignier, l’opération se serait faite en marge de la libération des infirmières bulgares et de la rançon exagérément élevée versée, sur un compte suisse, par le Qatar à la Lybie : « Sarkozy pleurait presque, aurait confié l’émir. Il m’a raconté que sa femme Cécilia lui demandait 3 millions d’euros pour divorcer. C’est moi qui ai payé. »

Amour toujours, en remerciement, l’ancien président offre un bout de son cœur au Qatar : le PSG. En 2011, Nicolas Sarkozy fait en effet pression, directement, sur Sébastien Bazin, le président du club, pour qu’il brade son joyau à Doha. La première offre de 30 millions d’euros pour 30 % des parts du club n’atteint bientôt plus que 40 millions pour… 70% de ses parts, révèle l’enquête de Marianne signée Philippe Cohen et Marc Endeweld.

Le Parc des prices, le président de l’UMP y est niché tous les week-ends, juste à côté du président du club, Nasser al-Khelaïfi, ami d’enfance de l’actuel cheikh qatari. Ce même cheikh qu’il a reçu à sa table, dévoilera France Football, neuf jours avant l’attribution surprise du Mondial de football 2022 au Qatar, en compagnie du président de la Fédération européenne de football (UEFA), Michel Platini…

On comprend mieux pourquoi Nicolas Sarkozy donne des conférences dans le Golfe, même en pleine crise de l’UMP. Là-bas, au moins, aux Emirats, il est considéré comme fidèle. Dix ans donc : les noces d’étain d’une relation bien soudée.

 

Source : Marianne