SYRIE. Comment aider Alep ? Chacun de nous peut faire quelque chose

Aider les hôpitaux, signer les pétitions, manifester… Voici quelques moyens d’action pour aider, à notre niveau, les habitants d’Alep.

Massacre, génocide, « crime de guerre »… La situation à Alep se dégrade d’heure en heure, au fil de l’avancée des forces gouvernementales soutenues par la Russie. Et des bombardements massifs, à l’artillerie lourde, qui l’accompagnent.

Selon l’ONU, « environ 100.000 » civils seraient encore bloqués dans les quartiers est de la ville, toujours contrôlés par les rebelles. Certains refusent de fuir, d’autres ont peur de ce qu’il pourrait leur arriver dans les mains du régime, d’autres enfin sont apparemment « bloqués » par des groupes rebelles, selon le porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Rupert Colville.

« Les civils sont utilisés comme des pions », estime-t-il, laissant entendre qu’il pourrait s’agir d’un « crime de guerre ».

Les images sont terribles.


Mais que faire ? Les politiques semblent diplomatiquement coincés, de nombreux médias se déclarent (« honteusement ») impuissants… Mais chacun de nous peut agir, à son échelle.

Aider les hôpitaux, signer les pétitions, manifester… voici quelques moyens d’action pour aider les habitants d’Alep.

Soutenir les médecins et les hôpitaux

La situation des personnels médicaux à Alep est catastrophique. La quasi-totalité des hôpitaux ont été détruits dans les bombardements du régime et de la Russie. Le dernier hôpital pédiatrique a été évacué fin novembre, après avoir été touché par des barils d’explosifs, selon l’ONG Association des docteurs indépendants (ADI), qui gérait l’établissement.

Fin novembre, l’Union des organisations de secours et soins médicaux (UOSSM), qui réunit une quinzaine d’associations américaines, canadiennes, anglaises, suisses, allemandes, turques et françaises, et s’appuie sur une équipe de plus de 600 personnes, a lancé « une campagne exceptionnelle de collecte de fonds », pour la ville d’Alep.

L’objectif était alors de fournir « des consommables médicaux, des médicaments d’urgence, des équipements pour remplacer ceux endommagés (moniteurs, appareils chirurgicaux, etc.), rééquiper les salles d’urgence et apporter un soutien financier aux médecins et personnels médicaux.

De nombreuses autres campagnes similaires ont été lancées notamment par Médecins du monde, Médecins sans frontières, Syria Relief ou Syria Charity. Mais sans cibler particulièrement la ville d’Alep.

Sur place, les secours se réduisent de jour en jour. Encore présents, les 3.000 bénévoles des Casques Blancs risquent leur vie au quotidien pour tenter de sauver les nombreux civils victimes des frappes et des combats.

Mais face à l’avancée des troupes du régime, la fuite devient la seule option. Dans un communiqué, ces Casques Blancs, qui figuraient parmi les possibles lauréats pour le prix Nobel de la Paix, ont estimé qu’il restait à leurs volontaires « moins de 48 heures », avant que les forces gouvernementales ne parviennent dans le reste des secteurs rebelles dans la partie orientale d’Alep, dans le nord syrien.

« S’ils ne sont pas évacués, nos volontaires risquent la torture ou l’exécution dans les centres de détention du régime. »

En « soutien à ceux qui soignent en Syrie », Médecins du monde a appelé à un rassemblement à Paris ce jeudi 8 décembre.

Participer aux collectes en nature

Outre les dons financiers, aux associations médicales et humanitaires, plusieurs associations continuent de récolter des dons en nature, comme l’ONG française Free Syria Lyon, citée par le site Konbini.

L’association accepte les dons alimentaires, mais également des dons de vêtements, de couverture et de matériel médical. En cas de doute, des listes entières d’aliments et de matériel sont disponibles sur le site internet. Y compris les listes de produits « à éviter ».

Les locaux de l’association sont basés à Vaulx-en-Velin, mais elle dispose de relais dans plusieurs villes de France.

« Ces biens sont ensuite directement envoyés par container vers les camps de réfugiés en Syrie et autour d’Alep, plus faciles d’accès que le cœur de la ville, et dans lesquels la situation humanitaire est tellement catastrophique que certains les quittent pour retourner vivre dans la ville », précise Konbini.

Signer des pétitions

On a parfois du mal à percevoir l’intérêt d’un geste qui peut paraître aussi anodin. Mais pourtant… « chaque voix compte », plaide Médecins du Monde sur la page de leur pétition pour « faire cesser le massacre d’Alep ».

« Nous sommes tous des Alépins, nous sommes tous témoins de leur massacre. C’est en leur nom que nous demandons à la communauté internationale de réagir immédiatement et vigoureusement face à cette urgence absolue […] Signez et faites signer cette pétition, le sort des Alépins en dépend. Que nos voix puissent faire basculer l’histoire en sortant les dirigeants du monde de leur honteuse indifférence. »

Plus de 36.000 personnes l’ont déjà signée.

Un « appel pour l’arrêt immédiat des bombardements en Syrie », a également été lancé sur change.org, par Dignité international et recueilli plus de 21.000 signatures. D’autres pétitions sont menées par Amnesty international ou sur Avaaz.org.

Manifester

Autre manière de faire pression sur les pouvoirs publics et sensibiliser l’opinion publique : manifester.

C’est ce qu’ont entrepris de faire une centaine de personnels de Médecins du monde (MDM) et de l’Union des organisations de secours et soins médicaux (UOSSM) jeudi après-midi sur l’esplanade du Trocadéro à Paris.

« Nous sommes là pour crier notre indignation par rapport à ce qui se passe maintenant depuis des mois, ce massacre qui se déroule sous nos yeux. Nous ne nous résignons pas ! », a tonné Françoise Sivignon, la présidente de MDM.

« Nous demandons que les populations civiles piégées dans Alep-Est puissent sortir. Nous demandons continuellement une évacuation des blessés, qui n’a pas été acceptée », s’écrie-t-elle.

« On a l’impression qu’il n’y a plus de limite aux violations du droit humanitaire international. »

Derrière la présidente de MDM, une centaine de personnels des deux ONG, tous vêtus d’une blouse blanche maculée d’une tâche rouge sang, étaient rassemblés sans bruit. Une banderole « Soutien à ceux qui soignent en Syrie » était tendue derrière eux sur l’esplanade des droits de l’Homme, qui fait face à la tour Eiffel.

« Cela fait six ans que les personnels de santé sont visés, ciblés. 750 personnels soignants ont trouvé la mort. Il n’y a plus aucun hôpital qui fonctionne dans la zone d’Alep depuis le mois d’août », se désole Raphaël Pietti, un responsable de l’UOSSM, de retour de son 17e voyage en Syrie.

D’autres rassemblements ont été organisés ce samedi 10 décembre : à 16 heures, place de l’Hôtel de ville, à Paris, à l’appel du Collectif avec la révolution syrienne (NPA, Forum Palestine Citoyenneté, …), et à 15 heures, place Graslin, à Nantes.

Un précédent rassemblement s’était déroulé en octobre, devant l’ambassade de Russie, pour dénoncer les bombardements russes et syriens sur la ville d’Alep.

Aider les réfugiés syriens en France et dans les pays frontaliers

Vos dons et soutiens matériels peuvent également cibler les réfugiés syriens qui ont dû quitter le pays. Bien sûr, on s’éloigne un peu d’Alep, mais la situation de ces réfugiés est souvent extrêmement précaire.

En France, de nombreuses associations ont lancé des appels aux dons, mais recherchent également des solutions d’hébergement et ont besoin de bénévoles. L’association Souria Houria en avait dressé une liste (sans doute non exhaustive) en 2015.

Après la mort du jeune Aylan Kurdi, Rue89 avait également mis en place un « petit guide pratique » pour venir en aide aux réfugiés, notamment syriens, en France.

Mais le nombre de réfugiés ayant fui la Syrie est bien plus important dans les pays frontaliers. Selon le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) 2,7 millions de Syriens seraient installés en Turquie dans des conditions très difficiles, un million au Liban, 600.000 en Jordanie, et 200.000 en Irak.

Le HCR a lui aussi lancé un appel au don sur son site internet, pour leur venir en aide.

 » Depuis 2011, plus de quatre millions de personnes ont fui la Syrie, trouvant refuge au Liban, en Jordanie, en Iraq et au-delà. Des millions d’autres sont déplacées au sein du pays et, alors que la guerre se poursuit en Syrie, l’espoir s’estompe à grands pas.

En dirigeant une action conjointe dans toute la région, le HCR travaille sans relâche pour leur venir en aide. Nous coopérons avec nos partenaires, les ONG et les gouvernements hôtes pour offrir une aide vitale à ceux qui en ont le plus besoin. »

Konbini rappelle par ailleurs qu’il est également possible (et parfois même préférable) de favoriser les « circuits courts » des petites ONG, comme ceux proposés par le Collectif de développement et de secours syrien (CODSSY), qui développe notamment des projets en Turquie, au Liban ou en Syrie, pour les déplacés intérieurs et les victimes du conflit.

Une pensée pour les animaux

C’est bien sûr anecdotique, face à l’horreur qui frappe des milliers de vies humaines. Mais la Fondation 30 Millions d’Amis s’est aussi mobilisée pour Alep. Elle est venue en aide à Mohammad Alaa Jaleel, un ambulancier de l’ONG Syria Charity, qui s’est mis en tête d’aider les chats et les chiens d’Alep, en plus des civils frappés par les bombardements.

Son refuge ayant été bombardé fin novembre, la Fondation, que vous pouvez évidemment soutenir, lui a débloqué un don de 3.500 euros, pour participer aux frais de « la nourriture quotidienne des animaux, du chauffage du hangar dans lequel ils ont été placés pour passer l’hiver et enfin de l’ambulance utilisée comme véhicule de transport des nouveaux chats errants et du matériel nécessaire au fonctionnement du nouveau refuge ».

Le double sauveteur a remercié l’association dans une vidéo.

Source : nouvelobs.com