Un agriculteur sur trois a gagné moins de 354 euros par mois en 2015

Appels au secours, explosion des demandes de primes d’activité: la sinistrose s’étend chaque semaine un peu plus dans le monde paysan français, selon la sécurité sociale des agriculteurs. Au premier semestre, la permanence de prévention du suicide a reçu 1700 appels.

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Quelques centaines d’euros. Selon la Mutualité sociale agricole (MSA), un agriculteur sur trois, soit 131 450 exploitants, gagne moins de 354 euros par mois en 2015. En 2014, ils n’étaient que 18% dans cette situation. Dans le cas des salariés, le nombre de contrats de travail en cours est lui aussi en recul de 1,6%. « Le régime agricole n’avait pas connu une telle baisse depuis 2010 », souligne la MSA.

Les explications? « Une conjonction de problèmes sanitaires (grippe aviaire, fièvre catarrhale ovine, pollutions chimiques), d’événements climatiques exceptionnels et de crises de marché », explique l’organisme de protection sociale. Effondrement des prix et chute de revenus sont les conséquences « graves, et parfois dramatiques », selon la MSA.

« Découragement, repli sur soi, dévalorisation »

L’explosion de la demande de primes d’activité, le nouveau dispositif pour les travailleurs à revenu modeste qui a remplacé le RSA activité, est un autre signe de la situation catastrophique dans laquelle se trouvent beaucoup d’agriculteurs. Alors que la MSA attendait 60 000 demandes pour l’ensemble de 2016, elle en compte déjà 200 000 depuis le début de l’année.

La MSA pointe la détresse psychologique du monde paysan. Dans les exploitations, cette situation entraîne « découragement, repli sur soi, sentiment de dévalorisation et culpabilité ». Le nombre d’appels au secours d’agriculteurs ou de leur entourage à la Agri’écoutes, la permanence de prévention des suicides, « a explosé en début d’année », selon Pascal Cormery, président de la MSA. « Il y a une interrogation dans les campagnes sur le sens de notre métier: on est là pour faire quoi? », ajoute-t-il.

Plus de 1700 appels reçus au premier semestre

Lors du premier semestre de cette année, Agri’écoutes a reçu trois fois plus d’appels qu’en 2015. Plus de 1700 ont été passés, soit près de 300 par mois.

La MSA note que ce sont désormais le plus souvent les épouses qui contactent Agri’écoutes, « par rapport au désarroi de leur mari ». « Les hommes ont sans doute plus de pudeur, ou de fierté. Il est très difficile de s’avouer qu’on est en échec professionnel », explique Michel Brault, directeur général de la MSA. « Lorsqu’il n’y a plus de revenus qui rentrent, un fort endettement, l’homme n’ose plus appeler. Il se réfugie dans le travail, ne s’occupe plus des papiers, des échéances. C’est le conjoint qui est confronté à cela », ajoute-t-il.

La gouvernement a annoncé des mesures de soutien pour les agriculteurs. Après des manifestations en 2015, les plus en difficulté ont bénéficié
de 140 millions d’euros d’allègement de cotisations sociales.

Source : lexpress.fr