Une majorité d’anciens migrants Français hostile à l’accueil des migrants

Si 56% des Français se disent opposés à l’accueil des migrants, les personnes âgées et les classes aisées y sont plus favorables. Les ouvriers et les actifs résolument opposés. Pourquoi ? Décryptage.

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• Opposition droite/gauche.

Selon un sondage Elabe pour BFMTV publié mercredi, l’opinion publique française reste majoritairement (à 56 %) opposée à l’accueil de migrants et de réfugiés sur le territoire français. Le clivage droite-gauche est évidement très marqué sur cette question. Les sympathisants Europe Ecologie/Les Verts sont les plus favorables à un accueil (73 %), suivis des électeurs socialistes (68 %) et du Front de Gauche (56 %). L’opposition la plus marquée se trouve chez les électeurs Front national (91 %), suivis par les sympathisants UMP/Les Républicains (67 %).

• Hostilité persistante.

La poursuite des drames tout le long de l’été n’a pas changé l’opinion des Français quant à l’accueil des migrants sur leur territoire. En juillet en effet, un sondage IFOP pour Le Figaro donnait des chiffres similaires: 64 % des Français se disaient alors contre l’accueil d’une partie des migrants.

Cette hostilité est inédite, et n’avait pas de niveaux comparables lors de la crise des Boat people en 1979 (où 130.000 Vietnamiens fuyant le régime communiste avaient été accueillis), ou l’émigration des Kosovars à la fin des années 1990. Plusieurs raisons l’expliquent.

• Contexte économique.

La différence entre l’opinion publique française, très hostile à l’accueil des réfugiés, et l’opinion publique allemande, très favorable (69 % selon le sondage IFOP de juillet 2015) met en exergue la variable économique. «Les Français perçoivent la France comme un pays affaibli économiquement, au chômage élevé, aux ressources publiques rares, et à la population immigrée déjà relativement importante», explique Jérôme Fourquet, directeur du Département Opinion et Stratégies d’Entreprise de l’Ifop. «En revanche en Allemagne, où l’économie est florissante et la démographie en berne, les Allemands ont conscience qu’ils ont les moyens et besoin de ces immigrés.»

• Distance culturelle.

Ces chiffres sont particulièrement élevés si on les compare à l’accueil réservé aux chrétiens d’Orient à l’été 2014. Selon un sondage IFOP, 54 % des Français y étaient favorables.

En effet, la distance culturelle joue beaucoup. «La bienveillance envers les migrants dépend de l’idée qu’on se fait de leur capacité d’intégrer la société, explique Jérôme Fourquet. L’aspect confessionnel joue, ce qui explique que les chrétiens d’Orient soient mieux perçus.». L’appartenance supposée ou réelle des migrants à la religion musulmane expliquerait la moindre bienveillance des Français à leur égard.

De plus, l’opinion publique a du mal a faire la distinction entre réfugiés politiques et migrants économiques. L’image qui prédomine est celle du migrant venu d’Afrique subsaharienne pour fuir la misère, et pas celui de l’ingénieur syrien diplômé fuyant avec sa famille la guerre ou les persécutions.

• Clivage générationnel

D’après le sondage Elabe, l’opposition à l’accueil des migrants atteint son maximum chez les 35-49 ans (63 %) et les 50-64 ans (61 %). Seules les personnes âgées de 65 ans et plus se disent majoritairement favorables (à 62 %) à l’accueil de migrants et réfugiés. Pour Jérôme Fourquet, ce clivage est générationnel. «C’est chez les 35-49 ans que le vote
Front National est le plus élevé
. C’est une génération qui a vécu avec la crise, qui est actuellement active, et qui se débat dans un contexte économique difficile.».«Les personnages âgées, les retraités, ont un niveau de vie plus stable et élevé, et ont vécu et grandi dans les années 60 et 70 où l’immigration n’était pas un problème aussi important qu’aujourd’hui.» De plus, souligne Jérôme Fourquet, «C’est chez les personnes âgées qu’on trouve la part la plus importante de catholiques pratiquants, population qui a une attitude généralement plutôt bienveillante envers les migrants.

Les pauvres plus opposés que les riches.

Les cadres et professions intellectuelles supérieures, tout comme les retraités, sont à 57 % en faveur de l’accueil des migrants. Dans toutes les autres catégories socioprofessionnelles, le «non» l’emporte, avec un pic chez les ouvriers (71 %), les employés (65 %) et les autres inactifs (62 %). «Les catégories populaires sont victimes d’une triple insécurité, physique, économique et culturelle.» rappelle le sondeur. «L’immigration est perçue comme l’une des nombreuses facettes négatives d’une mondialisation porteuse de mille dangers.».

Source : Le Figaro