Vidéo: L’Etat islamique contrôle 24 banques et branches bancaires et jouit d’une impunité total

Mardi 10 février, Arte diffusait « Daech, naissance d’un État terroriste« , réalisé par Jérôme Fritel et Stéphan Villeneuve. Un documentaire qui a laissé Dom Bochel Guégan sans voix. Pourquoi les banques n’agissent-elles pas ? Pour notre chroniqueuse, l’argent est le meilleur moyen d’anéantir cette entreprise criminelle.

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J’aime ma banque. Moins que Gad c’est certain, mais j’aime à savoir mes maigres économies, mon découvert bien à l’abri, et mes futurs projets irréalisables financés à meilleur taux qu’avec des petits bonhommes en mousse verte, ces usuriers des temps modernes.
J’aime ma banque. Moins certains jours il est vrai, comme lorsque j’apprends qu’elle va bénéficier de 2.3 milliards d’euros dans le cadre du pacte de responsabilité tout en n’embauchant pas.

Moins aussi quand j’apprends, via le dernier scandale de fraude fiscale (fraude fiscale, série 3, épisode 42), qu’elle trempe elle aussi joyeusement dans le marigot de la fraude fiscale, oups, pardon, de « l’optimisation » comme on dit pour faire propre. De la même façon qu’on dira « escort » à Lille, et « pute » à Boulogne.

J’aime ma banque, mais après les documentaires consacrés ce mardi soir sur Arte sur « Daech, la naissance d’un État terroriste » et l’assise de celui-ci sur la véritable mine d’or que représentent le racket, les trafics en tout genre, le pétrole et leurs millions de dollars volés, je m’interroge, mais que fait donc ma banque ?

Daech a la main sur 15% du PIB irakien

Le documentaire « Daech, naissance d’un État terroriste », réalisé par Jérôme Fritel et Stéphan Villeneuve, revenait sur Arte ce mardi sur la naissance et le développement du califat de Daech en Irak et au levant (Rediffusion mardi 24.02 à 9h00, et replay ici).

« Daech, naissance d’un état islamique » sur Arte.

Démontrant outre ses atrocités et sa terreur, mais surtout son essor et son indépendance financière désormais acquise. Pétrole, récoltes, taxes chaque jour inventées, ce reportage donne au final l’image d’une véritable mafia, d’un cartel du crime qui prétexte la religion pour imposer sa dictature terroriste florissante et très très lucrative.

Une entreprise ayant mis la main sur 15% du PIB irakien soit 35 milliards d’euros, plus que le budget militaire français, plus que les budgets de Al Qaida.

Lutter en bloquant toute utilisation bancaire

Qui dit argent, dit banques. Surtout si on y ajoute les financements supposés de certains pays tel l’Arabie saoudite, le Koweït ou le Qatar, dit aussi accords, comptes et transferts bancaires.

Sans être spécialiste ni du Moyen-Orient, ni des finances internationales, il semble tout de même évident que tout cet argent ne peut circuler en cash en permanence et doit donc user des canaux bancaires internationaux traditionnels, ceux-là même que j’utilise avec mes toujours maigres économies.

Si les états voisins, notamment turc et jordanien, pourraient (et devraient) lutter contre le trafic et le commerce du pétrole volé à la Syrie et à l’Irak – et qui se retrouve ensuite sur les marchés traditionnels, intraçable une fois les premiers intermédiaires passés –, les autres états pourraient eux, lutter en bloquant toute utilisation bancaire (et en vidant leurs comptes). L’EIL visant à fonctionner comme un état « normal », ayant notamment l’obligation de faire perdurer les services sociaux, éducatifs, commerciaux, l’eau, l’électricité, et ne voulant pas voir toutes les populations fuir leur califat.

 Copie d’écran du reportage d’Arte.

Ce que confirme Jean-Charles Brisard, présenté par Arte comme « expert en financement du terrorisme » et auteur d’un rapport sur les ressources financières de Daech :

« En terme de structure, en terme d’infrastructures, on est face à quelque chose qui est effectivement hybride entre l’organisation terroriste et l’état à proprement parler. »

 

Pas de sanction ? C’est incompréhensible

Les reportages diffusés sur Arte ce mardi soulèvent autant de questions qu’ils offrent quelques réponses. Même si selon ces journalistes, Daech ne dépend plus aujourd’hui de financements extérieurs et est devenue totalement autonome, il n’en reste pas moins que par l’intermédiaire des établissements situés sur son territoire, l’organisation accède également aux réseaux bancaires internationaux.

Comment est-il donc possible que ces mêmes banques, nouvelles puissances mondiales qui semblent désormais prendre le pas sur le pouvoir politique, décidant même de nos réformes à mettre en place, n’aient pas encore fermé les robinets de l’EIL, et vidé les comptes de cette multinationale qu’est devenue Daech ?

Dans la mesure où cet état autoproclamé, qui n’est rien d’autre qu’une entreprise criminelle sous couvert de foi, n’a donc aucune légitimité il est incompréhensible qu’elle puisse jouir des réseaux bancaires internationaux et se donner ainsi une dimension étatique et une légitimité.

Sur ce point, la réponse comme le silence de Jean-Charles Brisard sont à la fois édifiants et inquiétants :

« – Ce qui est intéressant, c’est qu’ils ont maintenu l’architecture des banques. On estime qu’ils contrôlent à peu près 24 banques et branches bancaires à la fois en Irak et en Syrie. Et ce qui est étonnant est que ces banques fonctionnent toujours à l’heure où on parle, ces banques effectuent toujours des transactions internationales.

– Y a pas de sanction ?, demande le journaliste.

– Y a pas de sanction, pour l’instant », répond Jean-Charles Brisard.

Il faut taper là où ça fait mal

Et c’est bien cela qui surprend : que font donc les banques ? Ou plus exactement, que ne font-elles pas ? Quand Eliot Ness et ses « incorruptibles » ont pu arrêter Al Capone et le faire condamner à 17 ans pour fraude fiscale, quand Berlusconi dont les liens avec la mafia semblent établis est lui-même condamné à 4 ans de prison pour fraude fiscale, pourquoi les banques, le système bancaire laisse-t’il Daech prospérer en usant de leurs canaux ?

Taper là où ça fait mal : le pognon, cette vieille arme toujours aussi efficace, et à moins de penser avec mauvais esprit que les banques
elles-mêmes ont leurs propres intérêts à laisser utiliser leurs réseaux et services par un état terroriste, il est inconcevable qu’il n’y ait, à ce jour, aucune sanction financière, aucune interdiction contre l’EIL afin de leur interdire l’accès aux réseaux bancaires internationaux et de les priver de certaines de leurs ressources.

 

Source : Le Nouvel Observateur