VIDÉO. Yann Barthès en sang: toute la violence du FN en une image

LE PLUS. Le bureau exécutif du FN a choisi de suspendre le statut d’adhérent de son fondateur, Jean-Marie Le Pen. Cette exécution n’est qu’une dimension révélatrice de la violence naturelle du parti mise en évidence par les reporters du « Petit Journal », agressés lors du rassemblement du 1er mai, pour notre chroniqueur politique Olivier Picard.

L’apparition de Yann Barthès, œil au beurre noir et nez en sang, pour ouvrir « Le Petit Journal » hier soir  à 20h25 sur Canal Plus n’a pas été seulement un gag de plus. C’était une métaphore de la réalité brutale d’un FN prétendument « dédiabolisé ». La caricature, au sens positif du terme, de la dangereuse bouffonnerie des discours sur la « normalisation » du parti d’extrême-droite.

La violence instinctive et spectaculaire du FN

L’exécution de Jean-Marie Le Pen par sa fille, lundi soir, au terme d’un bureau exécutif houleux, le tabassage des journalistes de Canal par des militants frontistes lors de la manifestation du 1er mai et l’irruption musclée des gros bras de « Marine » à l’intérieur même de l’hôtel Intercontinental pour neutraliser les Femen qui, du balcon, perturbaient le discours de la présidente du FN, ont un point commun : la violence instinctive et spectaculaire d’une organisation soumise à des règlements de comptes familiaux très crasses, qui a réussi à mettre au pas 70.000 adhérents et à mobiliser un quart des votants aux dernières départementales.

Si on y ajoute les menaces vengeresses proférées par Marion Maréchal-Le Pen, il y a quelques semaines, à l’encontre de l’ex-président de Public Sénat (« on va vous avoir ») il y aurait largement de quoi faire la démonstration que, décidément, le Front national est encore loin, très loin d’être un  parti comme les autres.

Une espèce de firme au sein d’un clan qui se déchire

« Je souhaite que la présidente du FN se marie au plus tôt pur qu’elle ne garde pas le même nom que moi. »

En accusant sa fille de « félonie » parce qu’elle a osé, sans le moindre état d’âme, le suspendre, lui, le fondateur, de son statut d’adhérent, Le Pen-père  a mis en évidence une situation malsaine dans une grande démocratie, dégradante, en tout cas pour son image. Le « premier mouvement de France » reste une espèce de firme entre les mains d’un clan qui se déchire régulièrement au gré des haines entre le patriarche facho, les filles qui tiennent les manettes, le gendre, la petite fille… Le tout sur fond de lingots d’or planqués en Suisse et d’un manoir de Montretout qui joue le rôle de phalanstère où cohabitent toutes les passions.

Quel beau tableau de la régénération de la politique !

Toutes les facettes d’un parti néo-fasciste caractéristique

Entre une militante qui vocifère, face caméra, contre « la guenon » (Christiane Taubira), une populace déchaînée traitant les Femen de « pute », de  « grognasse » ou de « négresse », des jeunes persuadés que Pétain « a sauvé la France » à côté d’autres qui ne jurent  que par… De Gaulle, un Bruno Gollnish les yeux fous, qui s’acharne sur les journalistes, et un si honorable Gilbert Collard, à deux pas, qui fait semblant de ne rien voir…, les reportages du « Petit Journal » ont montré toutes les facettes d’un parti néo-fasciste caractéristique.

Tout y était, jusqu’au service d’ordre qui tente de calmer le jeu pour préserver le vernis d’une force de gouvernement respectable, la propagande qui efface, sur les vidéos du site, les épisodes gênants du récit de la journée, et les retouches sur les photos de la patronne pour lui enlever dix bonnes années.

Ah, cette aptitude innée à réécrire l’histoire, pour magnifier le(la) chef(fe)… Un trait commun à tous les partis populistes.

Marine Le Pen est capable de tout

Mais tout cela ne suffira pas pour décourager les électeurs. Trop de journalistes préfèreront encore voir dans l’exclusion du vieux Le Pen une étape supplémentaire de l’hybride FN/Rassemblement Bleu Marine dans sa marche vers le pouvoir. Un gage donnée par la nouvelle idole pour solder le passé : ne vient-elle pas de sacrifier son propre père ?

La sauvagerie dont elle vient de faire preuve à l’égard de celui qui lui a légué son FN clé en mains devrait, au contraire, faire réfléchir. La femme conspuant les puissants, qui a trouvé très agréable, finalement, de faire partie de l’establishment célébré par « Time » à New York, est capable de tout.

Un petit tour sur le site de son parti suffit à se rendre compte que la présidente met son cynisme au service d’un logiciel politique inchangé : xénophobe, sectaire, égoïste, discriminant… Mais avec un redoutable sens de la com’, elle sait habiller ce programme de facilités aussi indignes qu’insensées d’une trompeuse impression de bon sens, et l’envelopper d’une musique sociale au service des plus pauvres des « Français » (parce que les autres, elle est prête à les renvoyer d’où ils viennent).

Il n’y avait que papy qui faisait encore tache sur la photo parce qu’à lui seul il parlait, révélant sporadiquement le côté sombre de l’imposture familiale : une firme dégénérée depuis longtemps. Il fallait l’éliminer. Le voilà gommé du cliché comme au bon vieux temps des purges du PC. Marine ne capture pas seulement les électeurs communistes. Elle copie aussi, et froidement, les vieilles méthodes des purges staliniennes qui n’épargnaient personne, ni famille, ni amis.

Source : leplus.nouvelobs.com

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