La vie de bureau, plus jamais. "Je gagne 2500 € de chez moi ! "

Être libre de ses horaires, ne plus prendre le métro aux heures de pointe, pouvoir travailler partout, gagner en efficacité et donc en temps libre… C’est apparemment le rêve de 65% de Français qui travaillent dans un bureau. Graphiste, illustratrice et animatrice en freelance, Julie fait du télétravail et du « nomade-travail » et pour rien au monde, elle retournerait dans un bureau. Témoignage.

vie de bureau

Le « métro, boulot, dodo », je ne connais plus cette vie de bureau. Je peux travailler 15 heures par jour, comme pas une seule. Je peux gagner zéro euro pendant des mois, comme plusieurs milliers en un seul.

Je suis graphiste, illustratrice et animatrice en freelance et je fais principalement du télétravail, mais aussi du « nomade-travail » (je ne travaille pas uniquement depuis chez moi, mais partout où j’emmène mon ordinateur). Je prends plus souvent le train et l’avion que le métro, et je choisis mes horaires de « bureau ». Aujourd’hui, après six ans à mon compte, je m’en réjouis encore tous les jours.

Je ne fais jamais de présentéisme. S’il y a du travail, je le fais. S’il n’y en a pas, je prends du temps pour moi, avec des amis et j’apprends à profiter de la vie. Ce qui a désormais largement plus de sens pour moi, que de rester sagement derrière un ordinateur à traîner en attendant la sonnerie de 18 heures.

Le plus grand luxe que j’ai, c’est de disposer de mon temps. Fini cette vie de bureau classique.. Et pour rien au monde, je recommencerais à travailler dans un bureau à une tache assignée.

La vie de bureau, plus jamais

Graphiste et animatrice, j’ai travaillé en agence pendant sept ans.

Pendant des années, j’ai pris le RER aux heures de pointe pour aller au bureau tous les matins. J’avais des horaires qui m’étaient imposés, même quand la masse de travail aurait justifié qu’elles soient adaptées. J’étais contrainte de vivre dans la ville de l’entreprise qui m’embauchait, de me plier à son calendrier et à ses types de projets.

Durant ces années, j’ai donné toute mon énergie et quasiment tout mon temps de vie disponible, hormis les week-ends et jours fériés, à mon employeur. Quand j’y repense, je me dis « quel gâchis ». Même si l’on aime l’entreprise pour laquelle on travaille et les tâches qui nous sont imputées, donner autant à un projet qui n’est pas le nôtre entraîne des frustrations et n’aide pas à se développer. D’autant plus que le retour est rarement à la hauteur de l’investissement.

Après ces années de bons et loyaux services, j’en ai eu marre de travailler pour des projets qui n’étaient pas les miens et ne correspondaient ni à mon éthique – qui se développait en parallèle – ni à mon besoin de toucher à tout. Comme mon métier me le permettait, j’ai décidé de me mettre à mon compte, avec le statut d’artiste/auteur.

Depuis le début de cette expérience, j’ai totalement changé d’état d’esprit. Je peux le dire sans risquer de me faire mentir : plus jamais, je ne me tuerai à la tâche, le travail et la reconnaissance sociale qu’il apporte n’ont plus sur moi l’influence qu’il exerce encore malheureusement sur beaucoup de personnes.

Je vis et je vais où je veux

Aujourd’hui, je choisis mes projets, mes clients, mes horaires et surtout mon lieu de vie. Depuis que je fais du télétravail, j’ai déménagé dans trois pays différents. Après être passée par l’Italie et l’Allemagne, je vis aujourd’hui partiellement en Espagne, à Valence.

Ce déménagement n’a aucune autre raison d’être que mon envie. Je m’y suis installée parce que la vie y est plus douce, pas parce qu’un travail, ni même quelqu’un, m’y attendait. À Valence, j’aime le soleil, les fruits frais, la personnalité généreuse et détendue des habitants, le faible coût de la vie, la nature accessible et riche autour mais surtout le renouveau. Je voulais prendre un risque, être exposée à une nouvelle langue, me créer de nouveaux repères et tout reconstruire.

Non contente de déménager au gré du vent, je pars aussi en voyage environ deux à trois fois par mois. Je ne vais pas toujours très loin, il m’arrive de profiter simplement de longs week-ends que je me crée (du mardi au samedi par exemple) pour visiter un pays voisin, voir des amis ou faire une pause loin des villes. Si j’étais rattachée à une structure immobile, jamais je ne pourrais me le permettre.

Choisir des projets qui ont du sens

Par ailleurs, j’ai aussi des parts dans un restaurant vegan à Paris, que j’ai créé avec des associés il y a trois ans maintenant. J’y retourne donc régulièrement afin de développer ensemble notre société.

Pour le moment, je ne gagne quasiment rien du temps que j’ai investi pour la création de l’identité visuelle, la décoration et la communication. Mais j’en retire une réelle satisfaction de participer à un projet qui m’est cher éthiquement. Ce qui me comble dix fois plus que lorsque je travaillais pour le compte de banques ou d’assurances, même relativement bien payée.

Choisie à l’origine pour ce projet grâce à mes compétences en graphisme, je me suis finalement investie bien au-delà. Je touche un peu à tout, ce qui est un plaisir. Un peu comme avec le statut de freelance, qui force à être à la fois créateur, comptable, secrétaire et responsable client.

Je ne travaille jamais ?

J’ai toujours des projets, mais qui ils ne passent plus par une envie d’ascension sociale, à travers une carrière “dans les clous” et « rondement menée ». Ce qui peut parfois surprendre.

Le regard des autres sur ma situation professionnelle est d’ailleurs assez parlant. Beaucoup aimeraient avoir le même mode de vie, c’est du moins les retours que j’en ai, mais peu passent à l’acte. Ce qui explique sûrement que 65% des Français qui travaillent dans un bureau aimeraient faire du télétravail, mais n’en font pas pour autant. Il faut dire que ce n’est pas si simple.

J’estime que j’ai eu énormément de chance de pouvoir trouver rapidement des clients qui me permettent de gagner convenablement ma vie sans bureau . En ce moment, si je fais une moyenne sur l’année, je gagne environ 2.500 euros brut par mois. Ce qui me convient parfaitement. Je sais cependant que tout le monde ne parvient pas au même salaire en étant freelance.

Ce qui est amusant aussi, c’est la perception que certains ont de ma charge de travail. Comme je suis toujours en déplacement, en voyage ou même disponible pour une balade dans un parc en plein mardi après-midi, mes proches ont parfois le sentiment que je ne travaille jamais. Pourtant, en ce moment, je commence ma journée de boulot à 8 heures et je la finis à 22 heures…

Je pense que cette image m’est attribuée parce que je ne souffre pas au travail. À croire que ceux qui bossent sont uniquement ceux qui se tapent les embouteillages ou les métros bondés le matin, ceux qui se font gueuler dessus par un boss ingrat, ceux qui passent leurs journées dans des réunions stériles interminables… En France, nous associons le travail à la souffrance. En toute logique, si je ne souffre pas, je ne travaille pas. Ce qui est bien évidemment faux.

La rigueur, maître mot du télétravail

Je m’organise pour faire mon travail sérieusement, en me libérant le plus de temps possible pour moi. Sur l’année, je dirais que je fais l’équivalent d’un généreux mi-temps. Mais ce n’est jamais régulier. Je peux passer une semaine dans le rush total, et une autre beaucoup plus tranquille. Je tiens mon planning plus qu’à jour et je suis rigoureuse.

La rigueur est d’ailleurs la qualité la plus importante pour le télétravail. Un rendu en retard ne m’attire pas de mail désagréable de mon supérieur hiérarchique. Je n’en ai pas. En revanche, je perds un client. Un client qui me permet de manger et de me loger. L’enjeu n’est pas le même. Pareil si je fais une erreur, je n’ai personne derrière qui me cacher. La responsabilité dont est investi un freelance peut parfois être lourde à porter. Je peux imaginer que cela ne convienne pas à tout le monde. C’est la même chose pour le télétravail, puisque vous n’êtes pas payé à la présence (aux nombres d’heures passées derrière votre écran), vous êtes payé au résultat. Il faut donc que celui-là soit satisfaisant.

Outre cette légère pression qui ne me pèse pas réellement, le télétravail a tout de même effet négatif : l’absence de collègue. Les pauses café, les déjeuners et les apéros avec mes voisins d’open space me manquent. Échanger avec eux sur des projets professionnels en cours aussi. Comme les rapports humains sont fondamentaux pour moi, j’ai trouvé une alternative : j’organise de temps en temps des sessions de travail avec des amis dans la même situation que moi. C’est sympa, mais pas toujours faisable. Le télétravail communautaire peut être une réponse à la solitude.

Gagner moins pour vivre mieux

Le télétravail ne m’a pas simplement permis de devenir maître de mon temps. Il m’a aussi aidée à changer de priorité dans la vie. J’étais plutôt du genre carriériste, un peu comme tout le monde. Après tout, la carrière, c’est ce que l’on nous apprend à désirer dès l’école primaire. Aujourd’hui, ce n’est plus du tout le cas pour moi. Le travail n’est pas une fin en soi, mais simplement un moyen.

Pour moi, c’est devenu un moyen d’être libre, autonome et de réaliser mes envies dès maintenant, pas à l’âge de la retraite. Même si j’adore ce que je fais, que je choisis mes clients et les projets pour lesquels je travaille, mon boulot n’est plus au centre de ma vie. Je n’ai plus besoin de l’approbation de mes pairs ou du statut social qu’offre un emploi salarial ou entrepreneurial.

Ce n’est qu’en pratiquant le télétravail que j’ai pu me rendre compte de ce qui avait réellement de l’importance à mes yeux. Je préfère gagner moins, mais vivre mieux tout de suite.

Source : Le Plus